Avec une saga littéraire efficace, deux films japonais et une réadaptation américaine qui reste un classique indémodable du genre, The Ring reste une institution dans le cinéma horrifique. En 2017, la saga revient avec une suite qui intervient 15 ans après le dernier opus, avec de nouveaux personnages. Le nom ? Rings.

La saga justifie rien que par son concept un retour à l’ère du tout numérique. L’esprit de Samara se déplace d’écran en écran et apparaît 7 jours après la diffusion d’une certaine video. Quand on voit la vidéo, on est condamné une semaine plus tard, à moins d’ici là d’avoir fait visionner une copie de cette video à quelqu’un d’autre. Faire suivre l’histoire de l’esprit pour s’en débarrasser et, paradoxalement, infecter une autre personne. En 2017, la diffusion des images n’a jamais été aussi rapide et c’est donc tout naturel que Samara revienne pour ce Rings. Vue par plus de personnes, plus vite, de manière globale et exponentielle, la video en question laissera forcément quelques victimes derrière elle. À moins que le démon ne soit à la recherche un tout autre but, cette fois ?

Rings

Samara est revenue.

Étonnant de voir que, malgré cette porte grande ouverte, Rings ne parvienne à justifier le retour de Samara que très difficilement et in extremis. Le film de Javier Guttieres commence par la fin et montre donc l’esprit démoniaque prendre possession de tout un avion, sur chaque écran de divertissement et de contrôle. Puis, le spectateur est propulsé deux ans en arrière avec ce qui a causé cette nouvelle infection. Alors que Rings aurait pu être la nouvelle perle horrifique moderne et audacieuse après Unfriended, il n’en est rien et le film devient immédiatement classique et balisé. On revoit des choses connues, un tombeau pour Samara, les origines de l’esprit à peine développées (on sait désormais qui l’a tuée et pour quelle raison, sans que cela n’explique au final grand chose)… Rings retombe dans les travers de La Dame en Noir 2 avec un film efficace dans l’écriture de son contexte et de certains de ses personnages mais sans aucun intérêt mythologique.

Au fond, on parvient à croire assez facilement au retour de Samara. C’est la grande force du film, qui lui sort parfois la tête hors de l’eau nauséabonde et empoisonnée du cliché (les voix qui sortent de la tombe, la vielle maison délabrée, le prêtre pédophile … faites un effort !) : il sait parfaitement prouver qu’il a une raison d’exister. L’intrigue parvient à faire ce que Resident Evil : Chapitre Final manquait, c’est à dire garder une cohérence intelligente avec les films originaux tout en racontant une nouvelle histoire, tenant presque du reboot avec un personnage féminin affrontent Samara, qui tend malheureusement parfois vers une certaine répétition du propos. Étonnant de voir une telle dichotomie, quand la justification habile se mêle au classicisme morbide.

 

Rings

Elle sort des télés…

 

D’un point de vue horrifique, le film fonctionne très mal. C’est ce qui fait au final baisser sérieusement son intérêt : rien ne fait jamais peur. Quelques jumpscares putassiers (ils nous font même le coup du changement de plan qui fait sursauter, quelle honte), quelques apparitions de Samara certes assez bien faites et iconiques mais finalement peu effrayantes car très prévisibles… Aucune tension dramatique n’est palpable pour la simple et bonne raison qu’aucun des personnages stéréotypés (une jeune brune effrayée mais courageuse, un jeune en poupée gonflable vivante, un méchant diabolique …) ne donne envie de s’y attacher, et donc de s’y identifier (d’avoir peur pour lui non plus)… véritable régression après le remake de Verbinski, aucun réflexe humain, aucune logique dans les actions, les personnages font ce que le script a besoin qu’ils fassent, sans aucune priorité pour la vraisemblance.

Rings

… et du corps des gens !

Le grand final, lui, est assez attendu. On se doute bien que, malgré que les personnages aient fait tout ce qu’il faut pour cela, Samara n’est pas morte. La scène qui clôt le film est attendue parce que dite dès le départ et on se demande bien l’intérêt d’une résurrection physique du spectre comme le dernier plan a l’air de le suggérer. Pour le frisson (inopérant), Rings fait le choix d’un climax stupide et sans relief.

Au fond, Rings ne vaut pas le coup. Pour les producteurs, peut être ? Les spectateurs, eux, se sentiront au mieux déçus, au pire floués par un film sans intérêt horrifique. L’essai était audacieux, mais le traitement gâche tout. Quel dommage.

AMD