On ne l’attendait pas et pourtant la petite nouvelle de MTV a très vite réussi à s’imposer dans les conversations comme dans les cœurs. Mais là où on l’attend le plus, là où elle devrait vraiment faire la différence, c’est dans les mentalités qu’elle s’est donnée pour ambition de modifier pour de bon.

Ne tournons pas autour du pot, Sweet/Vicious porte sur ses frêles épaules de Teen Show acidulé un sujet lourd et longtemps maltraité par la fiction, le viol. Or, prendre à bras le corps cette thématique et l’imposer au centre d’un divertissement populaire, voilà déjà de quoi changer la donne. Non, ce n’est pas honteux, non on ne préfèrera pas détourner pudiquement le regard sur la souffrance de victimes toujours un peu suspectes de vouloir nous culpabiliser de refuser de voir ce qui s’étale devant nos yeux, non ça n’est pas le problème de quelques pervers tapis dans les ruelles sombres la bave aux lèvres.

sweet vicious

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Sweet/Vicious ce sont avant tout deux héroïnes charmantes et pétillantes que rien ne permet de réduire à des caricatures. Ni fragiles, ni aigries, ni viriles, ni coincées, Jules et Ophélia ne sont pas là pour inspirer pitié ou admiration face à un courage exceptionnel. Et il en est de même pour leur action, leur décision de prendre le masque et de s’instituer en justicières, qui n’est exempte ni de doute, ni d’erreur, ni de réels problèmes desquels on ne s’échappe pas d’une pirouette.

La série, au contraire, prend son temps pour nous montrer la pluralité d’émotions et de rationalisations que traverse une victime de viol, ainsi que son entourage. Elle dénonce, bien sûr, l’attitude longtemps très attentiste des universités, comme des autorités judiciaires, face à un crime quasiment ramené au rang de mœurs, tant il semble toléré comme un risque communément connu et admis de la vie étudiante. Mais elle n’en oublie pas non plus de lever le voile sur la banalité de ce mal dont les coupables ne ressentent quasiment pas le besoin de se justifier tant ils sont persuadés d’être dans leur droit, tant la rhétorique de négation est connue et intégrée, tant aussi ils savent pouvoir compter sur le soutien aveugle de leurs semblables.

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Face à ce système ronronnant dont le silence constitue la meilleure garantie de perpétuation, Sweet/Vicious frappe un grand coup et retourne le poids de la honte et de la peur chez tous ceux qui s’étaient si longtemps sentis protégés par lui qu’ils avaient pu en oublier la souffrance causée. Et s’il s’agit d’une fiction, si c’est un fantasme parfois un peu rapide, si la violence n’a évidemment jamais représenté une solution, admettons que le simple fait de voir ce renversement mis en scène pour nous a un effet cathartique que l’on n’aurait pu imaginer.

On pourrait être chez Tarantino, dans la jouissance du spectacle de la revanche des victimes sur leurs bourreaux, sauf qu’on ne réécrit pas l’histoire ici, on la rend possible. Car on se surprend non seulement à rêver la fin de ce système mais à y croire vraiment. On dépasse le symbolique pour du performatif. C’est pourquoi nous sommes constamment invités à dépasser une vision binaire du problème. Il n’y a ni méchant, ni gentil, ni bourreau, ni victime dans Sweet/Vicious au final, seulement une souffrance qui doit pouvoir trouver à s’exprimer, quoi qu’il en coûte de tranquillité d’esprit à ceux que ça dérange ou met dans une position inconfortable.

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Imaginez à présent qu’un propos aussi riche et vital ait pu trouver à s’incarner dans un récit et des personnages drôles, attachants, passionnants et surprenants et vous aurez peut-être un début d’idée de ce que peut être Sweet/Vicious.