Avec le remplacement de Steven Moffat par Chris Chibnall au poste de showrunner, c’était à prévoir : la face du Docteur va encore changer. Peter Capaldi raccrochera à l’issue de la saison 10.

Peter Capaldi, acteur accompli et avec déjà deux saisons derrière lui, a néanmoins précisé que la saison 10 allait être « épique », et qu’il n’en avait pas encore fini avec le personnage. Il quittera la série à l’issue de l’épisode de Noël 2017, suivant la saison 10, comme ses prédécesseurs avant lui (sauf Christopher Eccleston). On peut penser que comme pour Matt Smith et David Tennant, la saison 10 aura un fil rouge lié à, sinon une déréliction, du moins à une certaine descente aux Enfers et à un jugement dernier, pour le Seigneur du Temps le plus cool de la galaxie. Peut-être sur sa vieillesse ? Ou un ultime retour des Seigneurs du Temps ? Ou encore un coup vache de Missy, de Davros ? La réponse bientôt. Cela signifie en tout cas que Bill (jouée par Pearl Mackie), la nouvelle compagnonne du Docteur, qui arrivera en saison 10, va très vite devoir encaisser un choc émotionnel, comme Clara (à moins qu’elle ne reste qu’une saison, comme Martha). Tout cela promet en tout cas un compte à rebours à la fois excitant mais aussi angoissant, dans la mesure où on saura le Docteur Capaldi condamné à terme.

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Acteur le plus âgé à reprendre le rôle depuis William Hartnell, le Premier Docteur, en 1963, premier Ecossais depuis David Tennant, Peter Capaldi ne partait pas gagnant en arrivant dans les pas des adorés David Tennant et Matt Smith. Mais l’âge étant aussi gage d’expérience, et Peter Capaldi ayant un passif cinématographique et théâtral aussi riche que qualitatif (Les Liaisons Dangereuses, The Thick of It…), il a vite fait taire les sceptiques. Là où le Docteur entretenait une relation ambigument amoureuse avec sa compagnonne, il a fait changer cela en une relation père/fille assez paradoxale, puisque c’est le père qui faisait toutes les bêtises et la fille qui, un temps, a voulu s’en éloigner (Clara, avec son petit ami Danny). Mieux, à la place s’est introduite une sorte de mère un peu folle, en la personne de Missy, formant un duo aussi jouissif que rocambolesque. Mais il figurait aussi un père très protecteur, et très humain, et ayant surtout intérêt dans la préservation de l’humanité : en témoigne les moyens qu’il mit en oeuvre pour sauver Clara de sa mort.

Doctor Who

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Délaissant un costume particulier (soit une tenue noire, soit une tenue carrément désintéressée, avec un hoodie et parfois un pantalon à motifs écossais), troquant temporairement le tournevis sonique pour des lunettes soniques, sortant des punchlines bien plus référencées (Alien, Pokemon Go), Capaldi a paradoxalement apporté un coup de jeune en personnage en le laissant jouer avec les codes, et dans sa façon de jouer, tout en conservant son côté grincheux écossais, a perpétué la tradition de cet être atypique, bizarre mais brillant, qu’est le Docteur. Capaldi, c’était aussi le retour à une tradition plus shakespearienne de Doctor Who, une manière d’offrir aussi une performance théâtrale : le tragique se mêlait au comique, avec des représentations de la fatalité (le Corbeau), mais aussi les visions du passé (Gallifrey). A ce propos, il est le Docteur qui a retrouvé Gallifrey, dont il s’est vite emparé et a même vite soldé les comptes avec une planète qu’il a finalement été déçu de retrouver ; mais il est aussi celui qui a définitivement clos l’histoire de River Song, éparpillée dans la série et auquel il eu le courage de mettre fin. Docteur qui a dû faire face au départ plus ou moins définitif de trois compagnons (Clara, Danny, River Song), il a donc, par ricochets, dû reprendre les casseroles allant de pair avec son job de protecteur de la Terre : la mort, donc, mais aussi l’immortalité, relative à son nombre de régénérations bien sûr, mais, pour une fois, franchement défiée par des gens sans scrupules, de Me/Ashildr (jouée par Maisie Williams) à Davros, en passant par les Seigneurs du Temps qui le coincèrent dans son propre journal intime. In fine, choisir un acteur plus vieux, aux traits tirés, prit donc tout son sens : physiquement humain à l’extérieur, humain à l’intérieur ; caractéristiquement alien à l’extérieur, mais humain à l’intérieur. N’est-ce pas ce qu’est, au fond, le Docteur ?

Entre rupture et perpétuation, entre vieillesse extrinsèque et jeunesse intrinsèque, fan sincère et acteur dévoué, Peter Capaldi aura offert un vrai spectacle durant trois saisons de Doctor Who. Il convient maintenant d’attendre la saison 10, qui arrivera courant 2017, et bien sûr, le nom de son successeur, qui pourrait n’être annoncé que fin 2017, après la fin de la saison 10 et avant le Christmas Special, comme à la fin de l’ère Matt Smith. Histoire que Peter Capaldi, comme Steven Moffat, préparent bien leur feu d’artifice whovian final. Rendez-vous dans quelques semaines pour le retour de la série !