Après une adaptation filmique sans aucun intérêt en 2004, Les Orphelins Baudelaire de Lemony Snicket ressuscitent le 13 janvier sur Netflix, pour une première saison de 10 épisodes. Le titre ? Simple et clair, c’est le titre VO : A Series of Unfortunate Events.

La version avec Jim Carrey était embarrassante. Personne dans le projet n’avait l’air de savoir où il allait, entre la réalisation hystérique aux fraises, l’interprétation insupportable d’un Jim Carrey certes peu aidé par l’écriture catastrophique et à côté de la plaque de son personnage, la tentative absurde de muer trois épisodes indépendants en un seul film : tout etait raté et l’échec avait mis, comme pour Eragon, fin à toute espoir des fans de voir leur histoire favorite devenir une grande saga comme Harry Potter. Après Daredevil, Netflix continue à jouer les fossoyeurs des causes perdues et offre à A Series of Unfortunate Events un premier épisode efficace, très fidèle à l’œuvre originale. Presque trop. 
orphelins baudelaire

Malina Weissman (la jeune Kara dans Supergirl) est la nouvelle Violette, parfaite.

Mis à part quelques éléments (l’immense plot-twist final), A Series of Unfortunate Events adapte quasi textuellement l’œuvre de Snicket. Les dialogues, l’ambiance, tout est similaire sans que cela ne soit vraiment handicapant pour celui qui sait déjà tout. On aurait pu faire le choix d’abandonner un narrateur omniscient, détail finalement assez peu cinématographique, mais pas question pour la série de faire le choix de la facilité : c’est face caméra qu’un dépressif plus vrai que nature nous prévient de l’horreur à laquelle on va assister. Le procédé a le mérite d’être original, d’offrir à la série une atmosphère littéraire extrêmement rare dans l’univers audiovisuel (on peut penser à Rohmer). On est en droit de se demander la légitimité d’une adaptation si fidèle et avec tant de texte, pourquoi ne pas lire directement le livre ? On aura tendance à imaginer que la série s’adresse avant tout aux fans de la saga littéraire, qui priaient depuis longtemps pour une adaptation décente. Voir ce qu’on a aimé transposé si fidèlement a quelque chose de jouissif.
Autre écueil que la série évite avec brio : elle prend son temps, n’essaie pas comme le film de couvrir tout d’un coup. On se demande comment sera rythmée la suite des événements au vu de la bande-annonce qui semble adapter au moins 8 tomes de la saga alors que ce premier épisode, long d’un peu moins d’une heure, a à peine effleuré la moitié du premier tome, qui est pourtant le moins dense en récit. On sussure que deux épisodes couvriront un livre. Les enfants ont perdu leurs parents, ont emménagé chez Olaf et versé leurs premières larmes à la découverte de la cruauté du comte. Il n’en veut qu’à leur héritage, leur fait faire ses quatre volontés : pour la première fois, ils découvrent que la vie est dure. La morale de l’épisode, qui suivra A Series of Unfortunate Events longtemps si elle poursuit son œuvre : faire preuve d’abnégation. Les enfants sont parfaits dans leur rôle, très jeunes et très innocents : les émotions ne semblent pas simulées et on s’attache très vite à ces délicieux bambins à qui il va arriver les pires horreurs. L’ADN des personnages (l’inventivité de Violette, les connaissances de Klaus, les dents tranchantes de Prunille) est respecté et douce de beaucoup de gags réussis pour la petite fille. Obligation après obligation, la série coche toutes les cases de son cahier des charges de manière assumée et ludique. 
Orphelins Baudelaire

Neil Patrick Harris, impérial en Olaf.

La case la plus importante, c’était le comte Olaf, némésis ultime des enfants, odieux personnage retors et intelligent avec un profond appât du gain. C’était le plus grand échec du film, et ici Neil Patrick Harris lui offre sur un plateau d’argent une interprétation parfaite. Il n’est jamais bouffon, jamais caricatural, et troublant de méchanceté. À chaque apparition, le personnage bouffe l’écran tel l’acteur raté qu’il est, l’épisode prend son temps aussi pour apporter au personnage toute son ampleur démoniaque avant de commencer à dévoiler ses plans diaboliques. Le pessimisme, marque de la saga originale, est présent de manière outrancière dans A Series of Unfortunate Events et symbolisé par cet homme immonde, qui l’habite jusqu’à en chanter la chanson du générique (go away, go away, sussure-t-il au spectateur). La pierre la plus importante de l’édifice est brillamment posée, pour faire de ce premier épisode une entrée efficace dans l’univers. Tout est théâtral dans cette adaptation, du visuel assez démentiel et gothique aux dialogues ciselés, on le répète mais l’aspect littéraire si essentiel à l’univers est ici parfaitement reproduit, quitte à laisser des spectateurs sur le carreau.
Le premier épisode de A Series of Infortunate Events est donc une réussite. On a encore le droit de se demander l’intérêt de cette adaptation trop fidèle, mais au vu du final surprenant, tout est encore possible pour que Netflix prenne le contrepied des attentes du lecteur. On l’espère pour elle. Pour l’instant, la série a tout compris à l’univers, aux personnages, au fond de la saga. C’est déjà énorme.
AMD