Sherlock : The Six Thatchers : le côté obscur

Sherlock : The Six Thatchers : le côté obscurScore 70% Score 70%

Enfin ! Enfin une nouvelle saison pour Sherlock, après 3 ans d’attente et un épisode spécial : c’est la quatrième saison, et tous les personnages sont de retour. Oui même Moriarty. Ou presque. Explications.

ATTENTION SPOILER TOTAL SUR LE PREMIER EPISODE DE LA SAISON 4 DE SHERLOCK, ET UN PEU SUR LE RESTE DE LA SERIE. LECTURE A VOS RISQUES ET PERILS. 

Rappelons-nous donc qu’à la fin de la saison 3, Sherlock dévoilait tout son côté « sociopathe hautement fonctionnel » et abattait Charles Augustus Magnussen d’une balle dans la tête. Initialement exilé sur intervention de Mycroft, Sherlock Holmes revient à la faveur d’une version, donnée au public, plus en sa faveur. Pourquoi ? Parce que Moriarty semble de retour, apparaissant sur tous les écrans londoniens avec un « Miss Me ? ». Alors que cela reste encore non-élucidé, quelqu’un de très fâché avec Margaret Thatcher explose tous les bustes en plâtre édition limitée (comme quoi tout est possible) de l’ex-Dame de Fer. Pour quelles raisons ? Là, un certain passé resurgit…

©BBC

Comment faire repartir une série aux allures iconoclastes (pas seulement le personnage, mais aussi écrire trois épisodes d’une heure trente), en reprenant tous les fils rouges, tout le sel des personnages, l’avancée de l’évolution de leurs personnalités, les menaces permanentes, alors que les acteurs sont devenus des superstars, les showrunners aussi, et que la fanbase est hystérique à l’idée de la suite tant le temps d’attente entre les saisons est long ? C’est le dilemme auquel Mark Gatiss et Steven Moffat ont dû faire face. Après avoir développé le personnage de Mary Morstan, la femme de Watson, qui a un passé d’agent du gouvernement, mais aussi avoir ramené Moriarty sur le devant de la scène, la série et ses showrunners se sont manifestement retrouvés coincés entre l’exploration du passé de Mary, à la fois épine dans le pied dans la relation entre les deux protagonistes principaux et atout de Sherlock ; et le mystère autour de la mort de Moriarty. Ce qui donne un épisode qui s’il fait clairement la part belle à la première, ne peut pas s’empêcher de mentionner le second, sous couvert de la paranoïa de Sherlock, que The Abominable Bride nous avait franchement exploré. Et nous, spectateurs, d’être satisfaits, mais pas assez. Comme si entre le Christmas Special et cet épisode, il y avait eu deux poids, deux mesures, en tout cas une volonté d’équilibre entre les intrigues.

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Ramener le passé de Mary a tout de l’histoire intéressante : cela apparaît alors que Sherlock compte de plus en plus sur elle, la met sur le terrain, au point même de prendre littéralement Watson pour une serpillière puisque quitte à appeler un Watson, il appelle la femme et non le mari, pourtant son vrai partenaire depuis 3 saisons (sacré trio amoureux, en effet). Mieux : la série l’a ramené en liant le tout à une enquête assez classique rythmant une première partie d’épisode punchy (avec un Benedict Cumberbatch toujours aussi brillant). La collusion entre passé et présent donne de fait une sorte de thriller sherlockien, gouverné par les déductions, les raisonnements, les complications et autres variables. L’une des forces (et trouvailles) de Sherlock est de réussir à réellement incarner tous les personnages qui gravitent autour du détective : Watson, par ses histoires, son passé guerrier, son sale caractère en contrepoids ; Mrs Hudson, par ses manières so british ; Moriarty, bien sûr, d’habitude souvent laissé à l’état d’élucubration sherlockienne (et c’est peut-être toujours le cas, vu qu’étant apparemment mort, il est de retour) ; et donc Mary, dont on n’entend jamais parler ou presque dans les romans et qui là se retrouve agent du gouvernement. Toute l’idée est que le fait qu’elle soit une Watson est une brèche, où Mark Gatiss et Steven Moffat ont pu s’engouffrer pour créer quelque chose qui va, là aussi, servir la relation bien plus que professionnelle ou amicale entre les deux héros. La saison 3 avait été l’occasion de véritablement tisser les liens de ce trio, avec un Holmes passant de la jalousie à l’effacement et même la protection, et Watson choisissant, comme sa femme, de vivre une vie normale, pensant échapper à toutes les épées de Damoclès suspendues au-dessus d’eux. Aussi, dans cette veine sherlockienne et même en obéissant aux codes du thriller contemporain, une fin aussi tragique que la mort de Mary (pourtant agente surentraînée capable de disparaître si elle le veut), prenant une balle destinée à Sherlock, provoquant la rage de Watson (Martin Freeman excellent, dans une scène intense réunissant tous les personnages), est somme toute assez logique, et efficace, bien que quelque peu cliché. Et du reste, c’est à l’honneur de la série d’assumer d’approfondir la veine humaine de Sherlock en montrant sa faille psychologique : l’attachement aux femmes, avec Irene Adler puis Mary Watson, pouvant expliquer son comportement sociopathe, destiné à le prémunir d’émotions aussi aveuglantes, aux conséquences potentiellement dramatiques pour la suite, sachant qu’il s’agit ici de la femme de son meilleur ami (il va tout de même voir un psy !).

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Mais il manque quelque chose. Alors bien sûr, Sherlock a toujours eu trois épisodes formant trois histoires différentes en tant que telles, mais toujours reliées par la psychologie des personnages, l’évolution de leur relation qui varie à chaque affaire, chaque conséquence : Moriarty, la mort de Sherlock, Irene Adler… La mort de Mary va évidemment s’inscrire dans quelque chose de plus large : « sauve John Watson », mais de quoi, si ce n’est son chagrin ? Et d’ailleurs, pourquoi celui-ci est-il à ce point un paillasson (quasi-adultérin) dans cet épisode, alors qu’on l’a connu plus impliqué, si ce n’est pour être, une fois de plus, une incarnation des errements de Sherlock ? Le « miss me » sur le disque laissé à Sherlock par Mary n’était-il qu’un moyen d’attirer son attention ? Vivian Norbury n’est-elle que la partie immergée de l’iceberg ? Le gouvernement cache-t-il des choses ? Qui est cette femme qui fait de l’oeil à Watson ? Et surtout, bon Dieu, pourquoi Moriarty est-il à ce point délaissé ? Autant de choses parsemées, mais on en revient toujours à l’histoire monopolisante de Mary, à la psyché de Holmes, cause et conséquences de tous les soucis, avec Watson en victime collatérale. On a l’impression que, non content de laisser l’affaire du criminel consultant de côté, Moffat et Gatiss avaient absolument besoin d’en finir avec Mary d’abord, en laissant quelques indices, et de passer aux plus grosses affaires ensuite. L’épisode retombe quelque peu comme un soufflé : la mort de Mary a finalement quelque chose d’assez banal, voire prévisible vu que toute l’affaire tourne autour de ses agissements passés, et semble servir de béquille scénaristique pour introduire autre chose par la suite, en redonnant un coup de pompe aux tensions inhérentes à la relation entre Sherlock Holmes et John Watson. Nul doute que tout ce que l’on a vu est un prologue pour tout ce qui va suivre ; mais on aurait aimé un épisode aux intentions plus claires. On a l’impression ici d’avoir affaire à un épisode dans la continuité de la saison 3 (Sherlock de retour, ayant fait voeu de protéger les Watson, voeu brisé avec la mort de Mary), mais au prix d’un dérapage relativement contrôlé (sans compter des schémas narratifs assez classiques) au vu de ce que la fin de saison 3 (Sherlock qui tue quand même Magnussen) et l’épisode spécial (l’obsession pour Moriarty, ici réduite au côté geek du détective) nous avaient promis.

En fin de compte, cet épisode de Sherlock est dans le fond véritablement bon : toutes les recettes de la série gardent une efficacité intacte et plaisante. Mais après 3 saisons et 3 ans d’attente, on est en droit d’attendre un petit peu plus pour une série de 3 épisodes d’1h30 (ce qui se ressent à la mort de Mary, inévitable, mais pas aussi bouleversante que celle de Moriarty), et on espère que cet épisode n’est qu’un tremplin vers quelque chose de plus ambitieux. Mais après tout, on parle de Steven Moffat… Réponse dans quelques jours !

Review

70%

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About The Author

Leo Corcos

Critique du peuple, par le peuple, pour le peuple. 1er admirateur de David Cronenberg, fanboy assumé de Doctor Who, stalker attitré de David Tennant.

1 Comment

  1. J’ai adoré cette épisodes…et je pense que ca sera lier a la fin.

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