Legends of Tomorrow se met elle aussi en pause pour les fêtes. L’occasion de revenir sur le spectacle de désolation qu’elle laisse derrière elle

Faisons le point, pour ceux qui suivent encore : Legends of Tomorrow a perdu son couple Hawk (Hawkman et Hawkgirl) mais a récupéré Nate Heywood, un autoproclamé « détective temporel » qui finit par se découvrir des pouvoirs et devenir celui que les comics connaissent comme Citizen Steel. Ils ont rencontré la Justice Society of America, et obtenu l’assistance de Vixen sur le vaisseau après la mort du leader de la JSA, Rex Tyler, assassiné par le Reverse-Flash, pendant que Damian Darkh continue de faire des siennes à différentes époques…

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Oui, en effet : on dirait bien un mix entre un épisode de Flash et un épisode d’Arrow, avec quelques ajouts plus ou moins grossiers pour tenter de donner un semblant d’originalité à la série. Sauf que plus c’est gros, moins ça passe, et plus on en rajoute, moins ça passe aussi. Le fait est que Legends of Tomorrow persévère dans ce qui fait (et c’est un euphémisme) toute son incongruité : avec un vague fil conducteur de « protection du temps » (sans que ce ne soit jamais plus fortement évoqué que la question d’une aberration temporelle), la série semble prendre un malin plaisir à se balader dans toutes les aires et ères du temps pour aller sauvagement rouler sur tout ce qui a fait la mythologie de l’Amérique, et de la société telle qu’on la connaît. Témoin le winter finale, qui se retrouve en plein milieu de la Prohibition, où la figure d’Al Capone est simplement là pour faire couleur locale et dire « eh regardez, on a fait notre version des Incorruptibles ! ». Si encore la série jouait sur les caractéristiques des époques qu’elle visite, passe, mais si c’est pour juste caser Damian Darkh, le Reverse Flash, Malcolm Merlyn face aux Legends, pas besoin d’aller dans une des périodes les plus denses et intenses de l’Histoire : Al Capone est ainsi un type pas du tout effrayant, avec un visage poupon (alors que c’est un parrain établi, au moment où Eliott Ness vient lui chercher des crosses), une vague cicatrice, et un accent plus forcé que le jeu d’acteur de Caity Lotz. Subordonné, le personnage ne montre jamais un relief quelconque, à part celui d’envoyer les gens couler dans les eaux du port. Si c’est là (en plus de 120839 références aux Incorruptibles) tout ce qu’on aura de lui, c’est au mieux embarrassant, au pire gênant. On ne peut pas simplement dire « non mais ils ont la technologie, et ils voyagent dans le temps » et donc ravager des époques sans que ca n’ait de véritables conséquences. Si Stein a une fille parce qu’il a juste dit à son double jeune qu’il devait penser à sa femme, alors quid du bordel causé dans toutes les époques ? Quid du Japon féodal qui a clairement vu qu’il n’était pas encore au maximum de son développement ? Quid de la Maison-Blanche qui en 1987 a vu apparaître et s’évanouir son conseiller spécial Damian Darkh ?

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Legends of Tomorrow semble ainsi clairement avoir misé sur le fun, en établissant que puisque c’est le voyage dans le temps qui prévaut, eh bien on peut faire absolument ce qu’on veut et transformer l’Histoire en terrain de jeu pour Damian Darkh. Le fun, pourquoi pas, mais il faudrait proposer une jouissance, continuer sur les vannes, envoyer sur l’action, voire faire une sorte de parodie de team héroïque, et non pas tâcher de se prendre au maximum au sérieux, car les ficelles et le décalage n’en sont que plus gros et ridicules. Il n’y a pas de tension liés aux événements, les personnages déambulent sans trop de problèmes… La série n’est même pas didactique ! Son épisode au Japon évacueabsolument toute la beauté de l’époque pour faire de Nate Heywood le mec sympa qui devient un héros, sous les yeux d’autochtones qui n’ont pas l’air de faire grand cas de gens qui clairement ne sont pas comme eux. Plutôt que de sacraliser les figures des époques visitées, Legends of Tomorrow s’emploie à tordre lesdites époques pour sacraliser toujours plus ses personnages, qui n’en ont pas besoin et qui sont tous agaçants au possible ! Une fois c’est Martin Stein, dont on nous ressert l’histoire de l’ado turbulent, jusqu’à faire causer à Martin Stein âgé une aberration temporelle qui lui crée une fille et par cela même l’événement le plus cliché du monde, à savoir une prise d’affection pour une fille qu’il n’a pas connue, avec force violons. L’autre fois, c’est donc Heywood, qui était déjà énervant à rouler des mécaniques avec des répliques qui se ressemblent toutes, mais qui devient plus que détestable quand il se met à se pavaner à cause de son pouvoir et pire, à devenir l’espèce de miroir déformant de Ray Palmer sur les références geeks, les blagues, et la bogossitude. On a aussi bien sûr Sara, qui ne se définit définitivement que par sa haine envers Damian Darkh, et qui sinon ne gagne pas en maturité puisqu’elle effectue tout ce que faisait Rip, à la plantade près. Rory est le personnage le plus sous-traité, puisque par on ne sait quelle incohérence, on en fait un type qui veut rester en dehors de l’action alors que ce qu’il aime le plus au monde c’est brûler quelque chose. Pire, on oublie l’introspection par rapport à la mort de son partenaire (sauf une hallucination de Snart à l’épisode 8, deus ex machina) et une espèce de love interest avec Vixen parce que visiblement, c’était quelque chose de très important à refaire après la brillante love story entre Kendra et Ray en saison 1. Misère…

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Vraiment, on ne sait pas où Legends of Tomorrow veut en venir. Ses scènes d’action sont parfois illisibles et se ressemblent toutes, ses acteurs sont en roue libre totale, ses dialogues sont plus vides que la boîte crânienne de Rory… Quand on voit que Sara Lance, qui est censée être la tête dure et la leader, sort un « je dois protéger cette famille car je n’ai pas su protéger ma soeur », on se dit que clairement il y a une non-volonté de proposer quelque chose de vraiment réflexif, voire même une envie de rester sur ses bases, puisqu’encore une fois, tous ces personnages n’arrivent pas à créer quelque chose qui dépasse vraiment Arrow et Flash. Ils semblent condamnés à errer dans l’espace-temps, avec des personnages comme Merlyn ou Thawne, déjà bien connus, pour leur donner un but, et ce faisant, ils bordélisent des époques, remplissent avec des références à tous les étages, et suivent perpétuellement le même chemin narratif (aberration temporelle – tentative de la corriger – ça tourne mal car Darkh ou Thawne sont là – opération de sauvetage qui réussit miraculeusement après une séquence de combat – les méchants s’enfuient – on « rétablit l’ordre » de l’époque – mini-révélation et fin de l’épisode). Et parfois un personnage traverse une petite crise existentielle histoire de faire croire au spectateur que la série se prend au sérieux et traite de vrais problèmes et sait se démarquer. En témoigne l’épisode pendant la guerre de Sécession, où on met Jax et Vixen en première ligne parce qu’ils sont Noirs, et profiter de leurs capacités pour faire un remake de Django Unchained sans le sang. De la même manière que l’on rencontre Einstein ou Al Capone, les voies du temps ne peuvent demeurer des espèces de figurantes de luxe au service d’un déluge d’effets spéciaux. La série s’est tellement « culturepopularisée » qu’elle se retrouve comme prisonnière de son concept de voyage dans le temps, condamnée à une logique toujours plus éculée où tout tournerait à vide : le contexte de l’époque mais pas traité, des personnages qui veulent se démarquer mais n’ont rien d’original car déjà connus, des scénarios vus et revus qui obligent à emprunter à la culture populaire pour combler les lacunes, le tout mélangé en espérant que ça passe. On en rit donc encore et toujours plus devant tant de prévisibilité, d’immobilisme de la pensée, de rétrogradation de qualité, tel un poisson qui se débattrait hors de l’eau.

Legends of Tomorrow revient le 24 janvier 2017.