Dans une année où il ne fait pas bon être une série tirée d’un univers de super-héros, Agents of Shield, après un départ très moyen, a redressé la barre pour se stabiliser. Pas forcément très haut, au terme de 8 épisodes sur courant alternatif

Alors qu’on s’attendait, en début de saison, à un dernier tour de piste assez sombre et cynique dans Agents of Shield, il s’avère que non. Si Daisy “Quake” Johnson est à son compte, elle n’en collabore pas moins largement, plus ou moins clandestinement, avec le SHIELD. Le nouveau Directeur est un Inhumain, et c’est bien la seule chose qui le définit, Coulson, May, Fitz, Simmons et Mack jouent les vieux briscards, pendant que Robbie Reyes alias le Ghost Rider fait des siennes avant de rentrer un peu dans le rang.

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Oui, ce qui semble définir cette 4e saison d’Agents of SHIELD, c’est le flou artistique : tous ces 8 épisodes durant, on a eu l’impression d’une série en roue libre, qui ne sait pas vraiment où elle va nous mener. Il y a des intrigues, un peu de contenu, mais dans quelle finalité, on ne sait pas. On pensait que ce serait le Ghost Rider qui polariserait toute la première partie de saison : il n’en fut rien. Daisy se bat une fois avec lui, et après qu’on nous ait expliqué avec force violons qu’il a vendu son âme, qu’il fait ça pour son frère devenu handicapé par sa faute, le Rider devient encore plus docile et ce faisant désespérément vide. Pire, dans un final scénaristiquement bâclé, il disparaît on ne sait où (mais reviendra probablement) avec Eli Morrow (l’oncle de Robbie), tout en ayant refusé l’aide de Coulson qui souhaitait le tirer d’affaire, bref, la logique américaine à 100% qui veut que chacun, même une tête brûlée ait un petit coeur qui bat, l’écueil le plus éculé et le plus agaçant qui soit. Le fait que Mack soit devenu Rider pendant un épisode ? On s’en fout, on en parle à peine à l’épisode suivant, et puis tant qu’à faire, si ça peut bénéficier au ship ringard qui le met en couple avec YoYo… Quant à la relation du Rider avec Daisy ? Vite dégagée quand le SHIELD s’en mêle dès l’épisode 4 et qu’ils ne parlent plus, alors que semblait se développer une intéressante relation de paria à paria. Pour simplifier, la série a utilisé le Rider pour son intrigue, alors que ç’aurait dû être l’inverse : le Rider, entité indépendante qui ne réfléchit que par la vengeance, en aurait eu plus de force. Au lieu de cela, après avoir établi l’oncle de Robbie comme le méchant le moins charismatique de l’histoire de la télé, et visiblement à court d’idées dans le final, Agents of SHIELD opère une pirouette qui lui permet de mettre la poussière sous le tapis et de désigner l’autre inconnue, Aida. Un moyen de plus ou moins raccorder des ponts, espèce de compromis finalement peu satisfaisant du point de vue du personnage (et le fade Gabriel Luna n’aide pas) et de la série.

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Et puis autour, histoire de broder, quelques sous-intrigues : le directeur Mace (terne Jason O’Mara) et ses petites compromissions, qu’il cache à une équipe incroyablement forte en déduction mais nulle en tirage de vers du nez (“vous avez signé un compromis avec une sénatrice qui nous déteste, pourquoi ?” “Elle a des photos de toi, Daisy, avec Robbie” “Ah OK”, sans chercher à voir des photos, et même quand il réhabilite Daisy publiquement, la situation ne change pas). Ce Directeur qui était gardé dans le mystère se révèle être un Inhumain, et on nous en fait grand cas, puisque cette caractéristique est mentionnée à chaque épisode, sans que ca n’ait vraiment d’impact tant ce n’est pas exploité. Autrement, on a le cas Aida, designée par Radcliffe, le scientifique louche qui était ennemi y a quelques épisodes, mais qui réussit à mettre dans sa poche toute une équipe de chevronnés, dans des circonstances à tomber par terre, jusqu’à mettre en scène un mensonge de Simmons comme si c’était un nouveau Watergate. Aida qui devient EVIDEMMENT la nouvelle menace en cette fin de demi-saison, un peu par défaut (sinon il ne se passe pas grand-chose d’autre), et aussi parce qu’on n’a cessé de nous rabâcher le danger qu’elle représente, ce qui montre que la série préfère resucer les techniques Marvel (et c’est pas faute de nous rappeler Ultron toutes les 5 secondes). Voilà le coeur du problème : en plus de nous enfumer, Marvel’s Agents of SHIELD (le nom entier est important) préfère capitaliser sur du déjà-vu et ne jamais nous surprendre. Il suffit de voir ce final pauvre, aux dialogues de remplissage faits du pire de l’humour marvellien, où il ne se passe rien pendant plus de 30mn avant qu’Eli Morrow, qui n’a rien du nihilisme d’un Hive, du machiavélisme de Garrett, ne soit éliminé façon deus ex machina, et que l’on passe quasiment sans transition à autre chose.

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Dès que quelque chose est potentiellement intéressant, il est éconduit. Le cartésianisme à l’oeuvre sur Aida ? Ca se résume à “elle fait super humaine pour une androïde”. L’esprit de vengeance du Rider ? Réduit à peau de chagrin par ce background du frère handicapé. La question d’une dimension parallèle ? A peine abordée d’abord, puis vite expédiée à l’épisode 7 au retour de Coulson et Fitz. Tout le côté politique avec le retour au premier plan, public de surcroît, du SHIELD, l’ombre de Nick Fury, la jalousie de Coulson, les ingérences ? A peine évoqués, et tout polarisé dans la belle gueule de Jeffrey Mace, que personne n’écoute et qui finit par céder à tout tant le vrai patron est Coulson. Alors, manque de moyens ? Manque d’envie ? Fatigue/paresse intellectuelle ? Agents of SHIELD va mourir, c’est évident, dès la fin de la saison, vu les audiences. Mais on ne peut pas dire qu’elle mette du coeur à l’ouvrage pour un baroud d’honneur. Et de fait, l’enthousiasme qu’on avait s’en ressent. Si la série n’est pas exempte de qualités, avec ses personnages, son action, sa capacité de faire continuité et de bâtir un univers, entre autres, elle assure simplement le strict minimum. Et après s’être tant donnée pendant 3 saisons pour faire valoir ses droits, on a l’impression que maintenant qu’elle est condamnée, l’énergie en est partie. Et il est clair que pour une série qui nous a habitués à mieux, on ne peut pas se contenter d’esquisses (le Rider), de facilités vendues révolutionnaires (le couple Mack/Yoyo, symbole de la (sit)com’ à l’Américaine), des nouveautés qui n’en sont pas (un nouveau Directeur pas original, un robot humanoïde dangereux), des dialogues aussi vides (voire gênants), et des finals sans reliefs alors qu’on a été habitués à plus punchy. On aurait accepté le cynisme de début de saison, cet espèce de désabus d’une équipe fatiguée et qui en a vu de toutes les couleurs ; mais au lieu de cela, la série semble s’échiner à faire ses recettes habituelles pour ne surtout pas sortir des clous : et après 3 saisons et demi, les ficelles sont trop grosses. Un dernier baroud d’honneur ?

Réponse en janvier. Agents of Shield revient le 10 janvier 2017.