Après avoir révolutionné le cinéma de genre en proposant des coups gagnants systématiques (La Maison des 1000 Morts, Halloween I et II, The Devil’s Rejects et Lords of Salem), Rob Zombie est de retour pour poser la nouvelle pierre de son œuvre avec 31, survival complètement taré.

La nuit d’Halloween, un groupe de gens du voyage est enlevé par des maniaques. Ils se retrouvent enfermés dans une infrastructure, et forcés de jouer à 31, un jeu de survie macabre où ils vont être assaillis par des tueurs sans merci et hauts en couleur.

On avait cru Rob Zombie assagi pour toujours. Avec Lords of Salem, le métalleux que l’on connaissait avait proposé son premier film vraiment posé, peu violent graphiquement et faisant plus appel à Lynch et Kubrick qu’à Rodriguez ou Pekinpah. Le film était fascinant mais on ne pouvait s’empêcher de penser qu’il était un peu tôt pour que Zombie raccroche les gants et nous fasse une Cronenbergite (comprendre ici virage intellectuel après un cinéma organique). Quand le réalisateur a annoncé son grand retour avec un projet (qu’il a eu par aileurs beaucoup de mal à financer, la priorité en ce moment étant plutôt les remakes de slasher et les films d’épouvante bas budget) nommé 31, on ne pouvait qu’espèrer un retour aux sources du réalisateur. Pourtant, si Zombie est définitivement en terrain conquis avec ce 31, on ne peut s’empêcher de remarquer que le niveau de maturité du réalisateur n’en a pas baissé pour autant, bien au contraire.

L’équipe est la même. On ne travaille pas avec un monceau de célébrités chez Zombie, mais en famille. Sheri Moon et les autres sont là mais les rôles sont inversés et les seconds rôles habituels sont souvent au centre du tableau ici. Le style de mise en scène et l’univers choisi au début du film (une contrée aride aux péquenauds à l’accent prononcé et au vocabulaire fleuri) rappelle vraiment Devil’s Rejects, mais on quitte vite le désert ensolleillé pour une cave sombre et glauque. Le référencement du film est assez évident au premier abord avec la police des indicateurs temporels et donc les acteurs et l’univers spatial choisi mais tout est vu comme dans un miroir et biaisé par les actions qui suivent. Comme une manière pour Rob Zombie de prendre contact avec le spectateur, le prévenir de ce qu’il est devenu. Ce contact, c’est ce qui fait l’originalité de 31 dans la carrière du réalisateur.

31

La brochette de victimes.

Le contact avec le spectateur, le contrat passé avec lui était auparavant implicite. Il fallait saisir que les 1000 morts, Devil’s Rejects étaient écrits au second degré pour les comprendre. Il fallait connaître l’œuvre originale de Carpenter pour saisir l’hommage qu’en faisait Halloween et la destructuration et réinterprétation qu’en faisait Halloween II. Enfin, Lords of Salem semblait un contrat passé entre Zombie et sa femme et une plongé dans leur inconsient et leurs peurs à tous les deux. 31 passe avec le spectateur un contrat très explicite dès la première scène : un homme appelé Doom-Head, maquillé de manière épouvantable, prévient le spectateur en regardant directement la caméra qu’aucun échappatoire n’est possible à la violence qui va suivre, qu’il a été payé pour tuer et qu’il jusqu’au bout. Il parle en fait à une de ses victimes, qui supplie également face caméra qu’on l’épargne. Jusqu’ici, c’est le spectateur qui est sollicité, malgré le fait qu’ils semblent se parler entre eux, ils ne partagent jamais l’écran ni ne s’interrompent. En revanche, une fois que le contrat est passé, ils se mettent à vraiment interagir l’un avec l’autre et le spectateur revient à son rôle de … spectateur justement. 31 peut commencer.

On se demandait l’intérêt de ce rappel textuel de ce qu’est le cinéma de Rob Zombie en début de film, sachant que jusqu’ici il n’avait jamais été nécessaire. La réponse intervient au cours du film : malgré les repères dont on parlait, 31 se débarasse vite de son cadre référentiel pour révolutionner le fond et la forme du cinéma de Zombie. Sur la forme, on remarque une mise en scène moins démonstrative et graphique, plus nerveuse et moins fasciné par l’aspect spectaculaire de la violence montrée. La caméra n’est pas statique, l’action n’est pas toujours lisible. La violence des meutres montrés à l’écran est sublimée par la mise en scène, qui use d’outils graphiques renforcant leur aspect fictionnel (caméra mouvante, donc, mais aussi ralentis extrêmes, arrêts sur image mais ausis l’aspect grandiloquant des tueurs, nazis ou clowns). Le rappel textuel est essentiel parce que 31 n’est que peu représentatif du cinéma de Rob Zombie, le visuel est aussi plus travaillé qu’à l’ordinaire quand on montre par exemple la chambre des tortionnaires, donc l’esthétique rappelle Eyes Wide Shut.

31

Vous êtes prévenus.

Le rappel textuel est surtout rendu essentiel par le fond du film. 31 est la première création originale de Rob Zombie dont la violence physique n’est pas sublimée par du second degré. Le choix d’adopter le point de vue des victimes au lieu de celui des tueurs n’est pas anodin en ce sens, il ne souffre aucun humour. Le message de 31 est rendu claire par la première scène du film : le spectateur est complice de ce qu’il regarde, le film va même plus loin que ça en le personnifiant dans les organisateurs de ce jeu de massacre, qui font des paris sur les survivants et jugent ce qu’ils voient fonction de ce qu’ils ont déjà vu. Plus qu’une dénonciation de la société du spectacle, 31 en est le symbole même et c’est en ce sens que le premier degré et l’aspect dérangeant des crimes est essentiel dans ce film. 31, Funny Games hystérique du cinéma de genre.

Le nouveau cru de Rob Zombie se laisse donc suivre comme un survival horreur réussi, prenant et permet de mieux comprendre les évolutions textuelles du cinéma d’un des derniers grands du cinéma de genre. Parvenant sans peine à divertir, 31 va plus loin que ça et se fait l’apanage d’un cinéma fou et dénonciateur, une résurrection du Tobe Hooper des années 1970 dont il n’est d’ailleurs pas loin d’emprunter la dernière scène. Un film magistral et fascinant.

Edité par Seven7, le film sera disponible en DVD et Blu-Ray le 2 janvier 2017. En prime dans le boitier, un DVD du film précédent de Rob Zombie, Lords of Salem. Le tout pour la modique somme de 19.99 euros  (ou 14.99 si vous optez pour la version DVD).

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