Après avoir proposé une avant-première de Grimsby l’an dernier, le Showeb de rentrée à transformé l’essai cette année en proposant une avant-première de Sausage Party. Avec ce nouveau délire comico-trash de Seth Rogen et comparses, était il possible d’aller plus loin que Nos Pires Voisins ? Oui, et même bien au delà.

L’animation ne possède pas de limites techniques. On trouvera peut-être une telle conception un peu réductrice au vu les avancées techniques des effets spéciaux numériques permettant aujourd’hui de faire apparaître n’importe quoi face à des acteurs de chair, mais le domaine de l’animation n’a pas de limite dans le sens où il repose sur de la création pure. De la modélisation des protagonistes à leur incrustation a l’image, la liberté est totale, et un délire est facilement (pour peu que l’on s’y connaisse un peu) traduisible en images sans se soucier du réalisme précis, par exemple, des proportions. Terrain de jeu parfait pour les créateurs de Sausage Party qui, visiblement, n’ont pour seule envie que de mettre leur délires psychotiques et hallucinatoires à l’image : pour peu qu’on adhère au concept et à toutes les caractéristiques que celui-ci peut signifier, le spectateur passera un moment d’ahurissement total dès les premières et jusqu’à la dernière minute du film. L’idée est donc de raconter l’histoire de la nourriture que l’on mange qui, vivant dans le supermarché, croit en un Au-Delà céleste quand un client l’achète.

Caractéristiques du concept ou contraintes ? On aura tendance à dire les deux. Sausage Party a un aspect absurde et jouissif indéniable pour peu que l’on se prête au jeu. Les aliments chantent leur amour aux dieux (nous, donc), se mouvent et jurent comme des charretiers. La vulgarité est un des critères inévitables devant les films récents de l’équipe du film et ce dernier atteint ici l’apothéose très rapidement pour ne jamais la quitter. Sensibles aux jurons, fuyez la salle, les protagonistes du film prononcent des horreurs absolues et redoublent en ce sens d’inventivité, mêlant avec délices les « humanités » (fuck, shit, bitch et tout ce qui s’ensuit) et les caractéristiques alimentaires, pour peu qu’elles soient assez amusantes pour en faire des vannes (il est évident en ce sens que prendre une saucisse comme personnage principal est loin d’être anodin).
Le choc des mots est présent partout dans cette fresque épuisante mais hyper efficace d’1h30, et la bienséance n’est clairement pas la priorité des compères. Gratuité de la vulgarité ? Sans doute mais reprocher une telle chose à l’équipe de Sausage Party revient à reprocher à Freddy Krueger d’utiliser ses griffes : quand on voit un Seth Rogen, on a signé le pacte avant même d’entrer dans la salle.

Sausage Party

Les aliments ne se doutent pas du sort odieux qui les attend.

Pourtant, on pourrait continuer dans cette voie en estimant que le pacte, ici, n’est qu’à moitié respecté. Le film a en effet une teneur sexuelle qui, si on se doutait bien de sa présence au vu du visuel délicieux des aliments (entre la saucisse et la brioche en forme de vagin, tout était dans la bande annonce pour présager ce genre de farces grotesques), est en fait vraiment trop présente face au concept du film. Parfois, elle est assez essentielle au propos qui souligne par son allégorie l’obsession du peuple américain (plus encore après coup, quand on découvre certains « propos de vestiaires » d’un candidat à la présidentielle) pour la question, mais la question était aussi elle de la relation des aliments avec les humains et donc des horreurs que nous leur faisons subir, en bref un outil comique indéniable et d’une folle originalité qui n’est que trop peu utilisé dans le film qui préfère nous gratifier de certaines scènes que l’on pourra trouver gênantes, comme celles concernant la poire à lavement (et la scène de cunnilingus…)

On est pourtant loin de bouder son plaisir, le film étant très souvent d’une créativité et d’une irrévérence folles. Aucune limite technique, donc, ce qui permet notamment à Sausage Party de nous offrir une scène d’orgie sexuelle entre aliments longue et mémorable, scène qui personnellement figurera dans mon top de l’année a coup sûr tant elle est habilement montée et surtout imaginative. Mais les limites n’existent pas non plus dans le propos, au delà des vannes sexuelles le film s’offre un véritable vestiaire d’humour archi noir et subversif, n’hésitant pas à mettre dans la bouche de ses personnages toutes les blagues sexistes, homophobes, racistes et irrespectueuses. En ce que le film ne glorifie jamais personne, toutes ces piques passent comme une lettre à la poste, qu’il s’agisse d’une référence brillante et hilarante à la persécution des juifs par les nazis ou des différents univers culturels emplis de clichés dans lesquels les personnages évoluent (le quartier des ramen chinoises, celui des tacos…). A noter ici un doublage hyper motivé et efficace composé des compères habituels de Rogen : Jonah Hill, James Franco mais aussi Michael Cera, Kristen Wiig ou encore Edward Norton. Difficile d’en dire plus sur les gags en eux mêmes tant l’effet de surprise est essentiel pour en apprécier les 3/4, mais on peut estimer que le film est ici assez proche dans sa teneur d’une version de South Park en 3D, plus proche des premières saisons de la série de Parker et Stone que des dernières, en cela que le message global du film est assez inexistant.

Sausage Party

Personnage trop imposant dans l’intrigue que ce… Truc.

Sausage Party n’est pas exempt de certains raccourcis ou facilités que l’on dira quasi-inévitables au vu du trop-plein que constitue le film, incapable de s’arrêter pour souffler deux minutes de sorte que le film paraît plus long parfois qu’1h30. On retiendra à ce titre quelques invraisemblances, comme le fait que certains objets bougent et pas d’autres, ou le fait qu’une simple knacki parvienne à verrouiller une porte en usant de son simple poids (oui, j’ai pesé une knacki pour vérifier et c’est trop léger). Quelques emprunts également de part et d’autres (mais des références au Soldat Ryan, à Terminator mais aussi celle, parfaite, de Meat Loaf pour les connaisseurs), on cite ici une fin un peu trop proche d’un passage de Lego Movie, quand la réalité s’entremêle à la fiction. Pourtant, l’impression de sortie de Sausage Party est celle d’un film réussi, qui malgré ses lourdeurs parfois hors-sujet parvient à être étourdissant de créativité et d’efficacité. C’est bien, et sur beaucoup d’aspects, le film attendu.

En salles le 30 novembre. N’amenez pas vos enfants et pensez bien à ne pas faire trop durer la torture quand vous éplucherez vos patates. Et, par pitié, allez y en VO, je n’ose imaginer la teneur de ce film ce VF quand j’observe celle des blockbusters récents.

AMD