Après une première édition assez décriée l’année dernière, la Comic Con Paris, qui vient de fermer ses portes, avait fort à faire dans son optique de devenir la nouvelle place geek forte, cette année. Verdict.

Et le résultat est le suivant : cela n’a pas franchement changé depuis l’année dernière. Premier problème : la taille de la halle de la Villette. La grande force de la Comic Con Paris est sa capacité à optimiser un espace de prime abord assez restreint pour que l’on puisse y circuler sans avoir l’impression de jouer notre vie et la bonne tenue de nos poumons, contrairement à Paris Manga ou surtout à la Japan Expo. Il est très agréable de déambuler parmi les stands, tranquillement, gentiment… trop gentiment. Parce que cette qualité se transforme en défaut dès lors qu’on arrive au bout de la convention, si petite qu’on a l’impression d’avoir fait trois pas entre l’entrée et la sortie. En 15-20min, 30 en poussant le vice assez longuement, on arrive au bout. Les stands de comics sont sympathiques et propose aux novices comme aux initiés de se rattraper en faisant leur stock pour l’hiver, quelques échoppes de vêtements et cosplays permettent aussi de faire ce même stock, et une ou deux animations telle l’initiation au sabre laser permettent d’apprendre à faire face en toutes situations, et des funkos sont vendus à foison pour relooker notre étagère. Bref, ce n’est pas par là qu’il faut aller chercher quoi que ce soit de très excitant, bien qu’au demeurant sympathique.

Mike Colter en panel

Mike Colter en panel

Côté panels, LE gros truc qui doit justifier un prix assez élevé d’entrée (22 euros la journée tout de même, l’une des conventions les plus chères à notre connaissance) vu que la surface ne le fait pas, sont d’intérêts inégaux : quel intérêt de diffuser l’épisode pilote de Supergirl, alors que la saison 2 a déjà commencé et que globalement tout le monde dans cette convention doit avoir a priori vu l’épisode ? Et quel contenu doit ressortir du panel « les séries TV Warner Bros », qui se contente d’une demie-heure de bande-annonces des séries de la CW, avant la projection du season premiere de la saison 3 de Flash, que tout le monde doit probablement avoir déjà vu aussi, considérant qu’on en est au 3e épisode cette saison ? On est loin de la surprise du pilote de Jessica Jones l’an dernier… Donnons toutefois crédit aux organisateurs d’avoir tâché de faire un programme assez diversifié, entre comics (Valerian, l’univers Valiant) et pop culture/ciné-séries (les panels de Carice Van Houten, Mike Colter, la web-série Dead Landes, Eliza Dushku), même s’il a été fait en catastrophe vu l’annulation de Katie Cassidy pour le salon entier et de Dominic Purcell pour deux jours sur trois (mettant fin à cette tentative assez incongrue de « dîner », assez hors de prix, avec les stars). D’ailleurs, les programmes disponibles au Comic Con n’étaient même pas actualisés, alors qu’on a su pour Carice Van Houten et Mike Colter une semaine avant ! Comme l’an dernier avec l’annulation de Maisie Williams et la venue in extremis de Krysten Ritter et Carrie Ann Moss, la Comic Con Paris a dû faire dans l’urgence et ce sont les fans qui ont dû se réorganiser (on peut même se demander si le manque de notoriété du salon ne se fait pas sentir dans ces annulations…).

Concours de cosplay

Concours de cosplay

Quant au programme lui-même, malgré cela, il se tenait (même si on plaint Eliza Dushku qui a dû beaucoup se répéter au cours de trois panels similaires sur les trois jours). L’avant-première de Dr Strange sauve un dimanche d’ailleurs assez pauvre, tandis que le vendredi et le samedi sont relativement biens (même s’il faut parfois attendre des heures avant d’aller à un panel intéressant, et comme la halle se fait en quelques minutes…). C’est d’ailleurs bien le problème : vu que cette halle est toute petite, on ne peut pas faire grand-chose en attendant, et on ronge son frein. Clairement, le projet Comic Con est à un état embryonnaire, loin des clameurs et de l’agitation de ses grands frères américain et anglais. Le plus triste est sûrement la place donnée aux comics, car outre quelques panels et des stands de vente qui sont tout de même un minimum, et en plus de Comixology, l' »artist alley » n’en porte que le nom, vu que trois ou quatre dessinateurs disséminés sont là pour offrir quelques dessins, en marge de la convention elle-même, ce qui nous paraît bien peu et un comble pour une « Comic » Con… Si votre organisation n’est pas fonctionnelle et précise, et selon ce que vous voulez trouver à cette Comic Con, vous vous demanderez longtemps où sont passés vos 22 euros (voire plus selon les tarifs et les packs choisis) dépensés pour une convention encore relativement réduite : la journée sera à intensité variable.

Eliza Dushku en photo de famille

Eliza Dushku en photo de famille

Pour faire simple, cette Comic Con est bancale. Agréable à suivre, respectant les prix du marché (donnée importante quand on sait que d’autre événements parisiens font des tarifs prohibitifs), essayant de bien faire (les avant-premières de Dr Strange, Premier Contact et Sausage Party), elle n’en est pas moins encore jeune, et avec cela pleine de défauts, tant au niveau de l’intérêt soulevé (certes Carice Van Houten et Mike Colter sont deux bons invités, mais leurs carrières sont encore à leurs débuts, et leurs propos assez répétitifs, tandis qu’Eliza Dushku est coincée dans Buffy) que du prix d’entrée et de son projet, littéralement, essentiel (où sont véritablement les comics ? On comprend mieux maintenant pourquoi Urban Comics a décidé de boycotter, et la réputation de la Paris Comics Expo). Il manque quelque chose à cette Comic Con pour en faire un événement d’envergure, qui ferait de Paris une place forte de la pop culture européenne et internationale, et ce quelque chose pourrait être une organisation, qui serait revue à la hausse pour donner l’impression d’un contrôle total des événements, et non une urgence permanente pour essayer de sauver les meubles ; mais ce pourrait être aussi du contenu, lui aussi vu en amont et non en aval, pour que l’intérêt persiste et contribue à la réputation passée, présente, et future de l’événement. L’intention est là : il faut maintenant joindre la parole aux actes.

La Comic Con Paris s’est tenu les 21-22-23 octobre 2016. Rendez-vous l’an prochain !