Par cette question se pose finalement le débat du jugement pur et simple. Qui sommes-nous pour juger quelque chose ?

« Vous vous prenez pour un grand critique », « Vous ne connaissez rien », « Ne regardez pas si vous n’aimez pas », dans ces 3 phrases se résume à peu près le flot d’avis qui provoque ce marasme.
J’allais tout simplement dire flots de critiques car au final, ceux qui commentent nos critiques sont autant critiques que nous. Là où il faut impérativement provoquer la réflexion est dans le rapport, non pas de force, mais de position. SmallThings critique. Le lecteur commente. SmallThings est une plateforme d’opinions, un passeur de critiques. Le lecteur choisit ou non de suivre les écrits. Dans tous les cas, quand quelqu’un fait le geste d’aller vers une création, il s’opérera un jugement réceptif. Cette réception se trouve biaisée par deux choses : la création est-elle une proposition artistique libre ou une proposition subjective libre ? En somme, va-t-on vers une oeuvre ou l’oeuvre va-t-elle vers nous ?

jay_sherman_it_stinksEn regardant une série, nous ne savons pas si nous allons aimer ou détester. C’est là la grande force de l’Art évidemment. La réception est donc la finalité de l’oeuvre pour le public. En lisant une critique, nous savons que la proposition faite est négative ou positive. C’est l’identité de la critique qui va nous attirer et déjà opérer la transformation de la réception.
Tout simplement, en lisant une critique négative de quelque chose que l’on aime, il y a de fortes chances que la réception soit hautement explosive. Il est finalement rare de lire des réactions comme quoi une critique a fait changer d’avis un lecteur. C’est tout à fait louable. Nous ne sommes pas force de proposition !

Alors doit-on arrêter de regarder une série si on n’aime pas ? Là se pose la question du rôle de critique qu’un blogueur se donne. Nous sommes spectateurs également. Un spectateur qui n’aime plus, ne regarde plus. Un spectateur blogueur, un critique, un journaliste se donnent une mission : parler des oeuvres. Si notre rédacteur Léo critique Walking Dead et qu’il n’aime pas, il le fait aussi pour le droit à l’opinion. Le commentaire négatif est le mal du siècle. On ne parle pas des haters, non, on laisse ça pour les internautes bas du front. On parle de vrais commentaires négatifs. Mais attention, on ne parle pas de celui qui n’aime pas. On parle de celui qui n’aime pas que tu n’aimes pas ! Prenons un exemple tout à fait parlant. Postons un commentaire négatif sur une vidéo musicale YouTube. Nous avons 80% de chances pour que quelqu’un arrive et poste un « fais pareil et on verra ».

« Fais pareil et on verra »

Non, impossible de prendre ce commentaire au sérieux. Prenons le problème à l’envers. Si j’adore, est-ce que cela veut dire que je me dis : « je ne peux pas faire mieux alors je m’incline » ? Si je n’aime pas, cela veut dire que je n’aime pas. Point. Mon avis m’appartient. Un « je n’aime pas » n’a pas le même poids qu’un « j’aime ». Oui, le commentaire positif fait plaisir, est indispensable, n’est pas réprimandable. Le commentaire négatif est interdit, diffamatoire, rabaissant. Il est évident que rabaisser quelque chose est mal vu mais a totalement sa place. Faire l’action d’aller voir une oeuvre, de le juger et de laisser une impression, une critique, un commentaire est un acte qui sera jugé beaucoup plus sévèrement si c’est à l’encontre de l’oeuvre dite ! Comment osez-vous laisser un jugement ? Si vous n’avez pas aimé n’en dégoutez pas les autres, allons !

Doit-on privilégier la réception positive ?

Comprenons bien que nous ne sommes pas pour le bashing, qu’évidemment toute oeuvre bien accueillie est toujours plus agréable que le contraire. Le sentiment d’être jugé comme hater dès qu’un pouce rouge est cliqué ne fera jamais avancer la pensée critique. La pensée négative n’est pas un mal, n’est pas Le Mal. Elle est en tout point légitime dès lors qu’une réflexion est proposée. « Si vous n’aimez pas ne regardez pas » est aussi réducteur dans le sens commentaire de critique qu’un « c’est nul » dans le sens critique d’oeuvre.

Adressons-nous désormais à ceux qui n’aiment pas les critiques négatives. Pensez un instant que l’auteur des lignes de la dite-critique remettra toujours en cause son propre jugement. SmallThings n’a pas la prétention d’avoir les meilleurs goûts du monde, d’être une référence. Mais notre mission est de remettre dans le contexte chaque oeuvre. Cette contextualisation, je (moi, rédacteur en chef du chef) l’impose à mes rédacteurs pour avoir la meilleure base critique possible. Chaque oeuvre a une dimension géo-artistique, elle a sa place dans un genre dit, une époque dite. Et aucune époque ou aucun genre n’a de priorité sur autre chose. Oui Transformers n’est pas du Xavier Dolan mais cela voudrait dire que les blockbusters de Michael Bay sont inférieurs aux films de Xavier Dolan ? Sur un plan purement simpliste, la réponse sera oui pour bon nombre de journalistes. Pour nous, c’est moins clair. Transformers s’inscrit dans un genre. Un film de Xavier Dolan s’inscrit dans un autre. Et en appliquant la règle de la non-priorité du genre, on ne peut pas comparer. Dolan peut-il exceller dans le blockbuster à 200 millions ? Bay peut-il faire de l’intimiste ? Si Transformers a un 4/5 et un Dolan un 3/5, le 3 aura cinématographiquement plus de poids, évidemment. Dans son genre, Transformers est une réussite, il aura donc un 4/5. Oui la comparaison est extrême car les commentaires le sont également.

Des survivants de la subjectivité ?

Cette réflexion vient des commentaires laissés sur la critique de la saison 6 d’American Horror Story Roanoke. 4 personnes ne semblent pas du tout d’accord avec l’avis négatif laissé. On ne comprend pas la série, si on n’aime pas, on ne regarde pas et on n’a pas le droit de juger comme ça. La série, l’auteur de ces lignes l’adore depuis sa saison 1. La légitimité critique est tout à fait pertinente. Suivre la série depuis ses débuts, en aimer les qualités, en accepter les défauts sont le B.A. – ba du spectateur fan. Si on n’aime pas, c’est parce qu’on a osé continuer. Si seuls ceux qui aiment perdurent dans la sphère critique, alors comment identifier clairement la position d’une oeuvre ? Ne pas aimer ne veut pas dire rejeter l’oeuvre, cela signifie accepter de voir des défauts qui deviennent envahissants, proposer un avis et ne pas l’imposer. Evidemment, qu’il y aura toujours des gens qui vont aimer l’oeuvre critiquée, sont-ils plus légitimes de prêcher la bonne parole ? Au contraire. Ils devraient se demander s’ils ne sont pas des survivants de la subjectivité.
Une critique n’est jamais objective. Le site sur lequel vous êtes tente avec passion de croire que son objectivité vient de la contextualisation. Il arrive de ne pas aimer un chef d’oeuvre. En accepter les évidentes qualités est un grand pas vers l’objectivité, n’est pas contraire au travail critique. Et accepter les qualités ne signifie pas les aimer. Une critique est un début de réflexion et non une finalité.

Doit-on terminer par « si vous n’aimez pas, ne lisez pas » ?

 

Pour aller plus loin :

L’analyse poussée des 4 saisons d’American Horror Story par ses thématiques (et par l’auteur de ces lignes – page 22)