« Encore un type qui va se plaindre de la bouffe, c’est bon on a compris passez à autre chose ! » Non, même pas, je vais essayer de passer vite là dessus.

L’idée c’est de brosser un portrait simple que j’espère efficace sur les sentiments paradoxaux que je ressens après ce week-end de Marathon Harry Potter que j’ai trouvé formidable mais qui a pourtant abouti à ma décision de ne plus revenir, en y payant ou pas, au Grand Rex.

Je ne suis pas un « habitué » du Grand Rex, mais ce n’est pas ma première fois. J’y avais passé un bon moment à l’avant-première d’Independance Day Resurgence, un assez réjouissant pour l’événement Retour Vers le Futur et enfin un très mauvais pour Conjuring 2. Un sentiment ressort systématiquement d’un cinéma très bruyant, grand large ou pas, découverte ou pas. C’est pour moi le principal souci du Grand Rex et aussi le problème de ce marathon : le bruit. C’était réjouissant de voir toute cette salle réagir aux mêmes moments durant les films et lever à l’unisson leurs lumières pour les morts importantes, mais c’est moins agréable de subir les gloussements incompréhensibles de certains durant toutes les scènes un peu suggestives (ils ont poursuivi le phénomène quand Harry se déshabille pour plonger dans l’eau glacée, c’est dire le niveau …). Le problème surtout, au delà des insultes à Ombrage à chaque apparition (Harry Potter 5 étant sans aucun doute la pire projection de ce marathon et sans doute la pire de ma vie, revanche malsaine au deuxième jour de ceux qui s’étaient plaints du bruit au premier), les clappings intempestifs. Ils ruinaient tous les moments de tension, au second jour la salle était obligé de se rebiffer en imposant un « non » claire et sonore dès le premier « clap » pour éviter qu’il ne se propage. D’autant que, souvent, il suffisait qu’une seule personne hurle ou tape dans ses mains pour que beaucoup suivent, de manière inexplicable si ce n’est la peur de ne « pas en être ».

La faute à qui ? Aux concernés y ayant pris goût, bien sûr. Mais aussi au présentateur, un certain Esteban. Ne nous voilons pas la face : le staff du Grand Rex sait qui sont ceux qui reviendront ou pas, et favorise les premiers. Ainsi, c’est au début du deuxième jour que le présentateur a encouragé les gens bruyants à faire plus de bruit durant les projections, renvoyant explicitement les autres à « rester dans leur salon et regarder leurs DVD ». Communication parfaitement maîtrisée, la politique du Rex revient à diviser pour mieux régner et cela fonctionne si parfaitement que les silences complets ont été rares au deuxième jour. Les toussotements du public durant tous les films, dus à la maladie et à la clim ? Certains, oui, peut être, mais à l’oreille d’autres se forçaient clairement pour entretenir l’effet comique et c’était franchement gênant. La faute à certains membres du public mais aussi au staff, donc.

Grand Rex

L’image qui nous accompagnait entre les films, faute de vraies animations le premier jour.

Parlons de la nourriture. Oui, je sais, vous avez sans doute cliqué pour ça à la base et je ne vous décevrai pas. Dans les faits (je ne donne ici que ce que j’ai vu, on ne peut pas dire amen à tous les témoignages), le Grand Rex a prévenu deux jours avant l’événement que toute nourriture extérieure était interdite durant le marathon, après avoir passé deux mois à nous dire le contraire. Le prétexte, le salissement de la salle. On ne reviendra pas sur cette « raison » fallacieuse, rien n’étant plus salissant que le pop-corn vendu sur place. La technique était clairement commerciale et du plus mauvais effet sur le public. Les nourritures amenées ont été jetées sur place à la poubelle, certaines récupérées par des associations après l’appel salvateur de certains participants. Pratique honteuse, fouille des sacs abusive ? Sans doute. Mais la faute en revient aussi au public, pour la simple et bonne raison que, tard ou pas, il était prévenu. Au premier jour du marathon, l’indignation quand au gaspillage alimentaire était encore légitime. Au second ? Non. Au second jour, les gens savaient ce qu’il se passerait pour l’avoir vécu, et on fait le choix délibéré d’amener quand même la nourriture, après que certains se soient vantés la veille sur Facebook d’avoir réussi à en passer en douce, et donc renforçant forcément les contrôles.

La faute à qui ? Au Rex, qui a prévenu tard et s’est mal comporté dans les faits. Mais aussi aux participants, ceux qui se sont vantés d’avoir fait passé de la nourriture et ont fait ainsi payer tout le monde. Et, pour le gaspillage, aussi à ceux qui en ont amené le deuxième jour, ceux qui ne pouvaient pas décemment dire qu’ils ne savaient pas.

Passons sur le manque d’animation dramatique alors que de nombreuses surprises étaient prévues. Quelques stands hors de prix et pauvrement remplis (même avec de l’argent je pense personnellement que je n’aurais rien acheté), deux comédiens de doublage français talentueux et intéressants mais hors sujet vu que les films étaient projetés en VO, un concours de cosplay où certains étaient clairement favorisés par le staff (c’est déjà humiliant de juger à l’applaudimètre, mais c’est aussi agaçant de voir que celui-ci n’est pas toujours respecté par les intervenants), quelques prix remis arbitrairement en fonction de la date de naissance de certains participants (!) et enfin un concours passé sous silence dont beaucoup des participants n’ont pas encore vu la couleur. [EDIT : une communication avec un des organisateurs du concours, indépendant au Rex, m’a indiqué que les gagnants ont été contactés, dans l’ignorance certes des autres participants suite notamment aux difficultés de communication ayant eu lieu durant ce week-end. Mes plates excuses aux organisateurs du concours !]. Ajoutons à ça un CM irrespectueux comme à son habitude sur la page Facebook du cinéma, se permettant de parler très familièrement aux clients et de les mépriser, et vous aurez la raison de la baisse des notes du cinéma sur la page.

Grand Rex

Votre serviteur (troisième de la rangée du haut) entouré de la fine équipe Serpentard. Merci à Alexia Carratala pour la super idée de la photo !

Si j’ai passé un bon moment, voir excellent, durant ce marathon, à quoi est-ce dù ? À l’écran, superbe mais je l’aurais sacrifié sans aucun regret pour une salle plus petite mais plus bienveillante. Aux gens que j’ai rencontré, qui m’ont accueilli dans leur groupe et avec qui j’ai beaucoup partagé. Triste à dire, mais ce sont des rencontres que j’aurais aussi pu faire sans le Rex. À la redécouverte des films sur grand écran. Encore une fois, le Grand Rex n’y est pour rien. Ressort donc du plus grand cinéma d’Europe un aspect technique irréprochable, mais une institution de cinéma sacrifiée au profit, au désagrément, au manque de respect, à l’infantilisation des spectateurs. Le Marathon Harry Potter était une expérience formidable mais le Marathon Harry Potter au Grand Rex était une expérience bancale et insatisfaisante. C’était ma dernière fois au Grand Rex : je ne pense pas être le seul.

AMD