Plus grosse déception parmi les attentes de l’année dernière, Legends of Tomorrow, malgré des critiques plus que mitigées, a eu droit à une saison 2. Elle vient de commencer, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle reste droit dans ses bottes. Pour le meilleur, et surtout pour le pire. SPOILERS

Petit rappel : les Legends of Tomorrow, nom désormais pleinement assumé et revendiqué dès le début de ce season premiere, c’est le groupe formé par Firestorm (Jefferson Jackson et Martin Stein), Heat Wave (Mick Rory), Sara Lance, et Ray Palmer, le tout mené par le Maître du Temps Rip Hunter. Après 16 épisodes de déambulations temporelles, ils ont enfin, la saison dernière, anéanti Vandal Savage. Captain Cold (Leonard Snart), qui s’est sacrifié, est derrière eux et on ne l’évoque même pas au début (super les copains), tandis que le couple Hawk a quitté le vaisseau. Nos « Légendes » sont maintenant les garants du Temps, puisque les Maîtres du Temps (c’est vraiment difficile de ne pas dire Seigneurs) ont été anéantis et leur vortex temporel avec. On découvre un nouveau personnage, le Dr Heynwood, qui les retrouve et apprend qu’il s’est passé quelque chose de terrible en 1942…

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Par où commencer pour décrire le tourbillon d’émotions contradictoires par lequel nous fait passer Legends of Tomorrow ? A la fois profondément ridicule, et d’un nanardesque qui nous ferait porter presque de l’affection pour une série qui a touché le fond et plus encore, la série de la CW n’a pas changé d’un iota cet été. Plus que jamais libre dans ses conceptions, elle a aussi toujours plus d’énormes incongruités, telles un troupeau d’éléphants dans une fabrique de porcelaine, à nous proposer : Rip Hunter (Arthur Darvill à la dérive) le capitaine le moins persuasif du monde qui ne veut pas qu’on sorte la technologie dans le passé mais le fait quand même en exhibant le vaisseau, Rory (Dominic Purcell, toujours en surrégime) qui crache son venin façon gros beauf une bière à la main sur les nazis alors qu’il a une tête et un casier de skinhead, Ray Palmer (Brandon Routh, qui a oublié que Superman c’était fini) le boy-scout qui enfonce des portes ouvertes et toujours prêt à mettre les pieds dans le plat (et le pire c’est que Sara lui reproche, la série fait sa propre autocritique, quelque part !), le Pr Stein (oui, Victor Garber n’en a définitivement rien à faire des séries de super-héros) qui se définit plus par son espèce de fanboyisme scientifique plutôt que par une vraie compétence, ou encore Sara Lance (Caity Lotz à côté de la plaque) qu’on a cru bon de nous représenter lesbienne juste pour admirer ses lignes courbes et surtout lui donner l’occasion de rouler une pelle à chaque femme qui se présente… Bref, autant de choses prami beaucoup d’autres qui nous font nous demander si vraiment, les personnages et ce qui les entoure, soit le coeur de la série, a vraiment été écrit dans une veine sérieuse. Tout semble fait pour que ces personnages s’éclatent, sortent quelques punchlines, traversent un problème insoluble ou presque, et repartir l’air de rien en écrasant les fleurs du jardin du temps. Il semble vraiment difficile de justifier ces tribulations autrement que par cette veine profondément nanardesque, où la roue libre serait de mise. Mais connaissant les produits de la CW, où l’émotion facile (n’est-ce pas Flash) est de mise, cela est hautement improbable, et la série sera jugée en conséquence. En attendant, elle a au moins le mérite de nous faire rire…

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Parce qu’il n’a fallu que douze minutes à Legends of Tomorrow pour piétiner tout ce qu’Alexandre Dumas a pu bâtir sur la mythologie de Louis XIII et Louis XIV. Se croyant visiblement tout permis du point de vue de l’histoire, elle ne trouve rien de mieux à faire que de donner à Anne d’Autriche des tendances lesbiennes (après Randall Wallace qui lui avait prêté une liaison certes déjà plus probable avec D’Artagnan dans L’Homme au masque de fer, cette pauvre reine doit se retourner dans sa tombe) et donc la faire batifoler avec Sara (comme quoi la vision de l’homosexualité est plus que réductrice à la télévision américaine, ce qui, même dans le cadre d’un tel divertissement, est pour le moins assez inquiétant). Mais quitte à s’amuser, autant donner des relents gays à Louis XIII bien sûr, façon Renly Baratheon ! Tordre l’Histoire c’est une chose ; se couvrir de ridicule en est une autre : l’Amérique a toujours adoré faire joujou avec la grande ligne du temps, mais l’excès dans lequel baigne Legends of Tomorrow reste proprement édifiant. Elle ne retient pas la leçon des précédents cinématographiques et télévisuels (L’Homme au masque de fer au premier rang) ; pis, elle s’enfonce en sortant de sa manche une relecture du Maître du Haut-Château, de Philip K Dick (déjà adaptée il y a peu en série). Parce que quand l’Amérique n’a pas d’idées, on en revient toujours à l’ennemi originel, popularisé par les productions Spielberg dont Legends of Tomorrow n’est pas forcément loin : la bataille contre le nazisme, la catharsis consistant à faire revivre une triste époque pour mieux l’écraser métaphoriquement. C’aurait été bien si cette logique n’était pas éculée depuis des lustres et si la série comme le livre dickiens n’étaient pas un peu plus subtils sur la question, sur le rapport à l’impossibilité, au fantasme chaotique et négatif pénétrant les voies de l’imagination.

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Parce que Legends of Tomorrow ne s’arrête pas en si bon chemin : après HG Wells en saison 1, la nouvelle victime, dans ce season premiere, n’est autre qu’Albert Einstein, personnage totalement vidé de toute sa substance tant il est là pour servir une intrigue vue et revue (en gros, kidnapper Einstein pour empêcher les nazis de le forcer à faire la bombe), dont on ne voit jamais l’intelligence, remplacée par une lubricité complètement hallucinante envers les femmes (décidément, cet épisode ne s’est pas fait que des amis en ces temps trumpiens…). Et tout ca pour quoi ? Pour voir une alliance de méchants entre Damian Dahrk et le Reverse-Flash, soit deux ennemis déjà bien explorés dans Arrow et Flash (à noter la présence d’Oliver Queen, aussi utile à cet épisode que Felicity à l’épisode 2 de la saison 3 de Flash), et la présence de la Justice Society of America qui arrive limite in medias res. Tout dans ce season premiere de Legends of Tomorrow respire le réchauffé, le manque d’idées concrètes, et surtout la facilité, puisque toute l’équipe et ses actions à venir reposent en grande partie sur un autre sacrifice, celui de Rip Hunter (qui reviendra, il ne faut pas se leurrer), qui a voulu couler avec son navire bizarrement ressorti indemne d’un contact avec une bombe A alors que lui a disparu. En roue libre par rapport à la saison 1, ce début de saison 2 est véritablement préoccupant dans le sens où désormais, les déjà gros défauts deviennent de plus en plus énormes. Et ce n’est pas l’arrivée du docteur Heynwood, espèce de fanboy auto-défini « détective temporel », qui va arranger cela… L’espèce d’inconscience qui semble animer Legends of Tomorrow, où tout est bon pour mener à du sang et des larmes, quitte à resservir et éviscérer de vieilles formules, est préoccupante dans le sens où désormais, plus rien ne peut avoir de sens, tant il est sacrifié sur l’autel du divertissement et où on peut clairement délaisser le qualificatif de « contenu » pour celui de « produit », sans aucun état d’âme : on reste sidéré devant tant d’absurdité cinématographique.

Legends of Tomorrow est diffusée sur la CW.