La saison 2 de Ballers vient de s’achever. Avec toujours Dwayne Johnson pour la mener, la série de la HBO assure en termes de visibilité et de rente, mais pas franchement en termes de qualité sériestique et cinématographique. Explications.

Ballers, cette saison, ne change pas fondamentalement : la première saison avait montré les difficultés rencontrées par Joe et Spencer pour faire exister Anderson Sports Management (ASM), la seconde saison les accentue ; au contrat de Vernon parasité par son pote Reggie en saison 1 se substitue, en saison 2, celui de Ricky puis celui de Travis Mack ; le background de Spencer est (un petit peu) plus fouillé avec notamment la r(é)irruption d’Andre Alan, son ex-conseiller financier, dans sa vie. Autant de choses que Ballers perpétue, donc.

©HBO

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Si les problèmes, questionnements, événements rencontrés par Spencer Strasmore et le monde footballistique qui lui gravite autour peuvent être nombreux, ce qui est somme toute normal vu qu’on veut nous plonger dans les gloires et déboires du foot US, on peut toujours attendre que Ballers nous sorte une vraie trame générale qui se dégagerait de toute cette belle nasse. Mais non : capitalisant sur le physique et le côté bankable de l’acteur, rappelons-le, le mieux payé du monde, Ballers s’échine à tout ramener à son personnage principal, coûte que coûte, le faire passer par hauts et bas quoi qu’il advienne, le connecter à toutes les intrigues vaille que vaille, et surtout le faire passer un maximum de temps à l’écran pour y soumettre tous les personnages. Si encore Ballers jouait de ce côté hybride, on pourrait l’accepter, cela mettrait en valeur tout le casting : le fait que Spencer Strasmore serait de l’autre côté de la barrière, aurait de l’expérience sur le terrain mais continuerait de ne pas voir venir les complications en dehors, que cela se répercute sur les autres joueurs, que Spencer ne sache pas forcément quoi faire pour aider un joueur en conflit avec son club alors qu’il pensait pouvoir ; ou même, faire une série sur le football universitaire et s’inspirer de la faible carrière de Dwayne Johnson pour en faire une histoire autour. En un mot, pousser un peu plus le vice de l’autofiction (car il est clair que Ballers en est une sur The Rock), sans forcément trahir l’esprit. Il n’en est rien.

Et ce n’est pourtant pas faute d’essayer : à la fin de l’épisode 7, donc après quand même 17 épisodes, c’est dire si Mr Anderson (Richard Schiff toujours dans le cabotinage) est tolérant, Spencer est tout bonnement viré (seul, puisque Joe ne l’est pas, surtout que celui-ci ne bouge pas le petit doigt pour lécher les bottes d’Anderson pour qu’il rappelle Spencer alors qu’en fin de saison dernière Spencer avait demandé le retour de Joe viré par Anderson, allez comprendre la logique). Ses clients l’apprennent lors d’une fête et… rien ne semble vraiment se passer. Là pourraient commencer les vraies difficultés, surtout qu’on a déjà entrevu des tensions avec Joe, mais non : nonobstant le fait qu’ils se rabibochent en un clin d’oeil (la spécialité de Spencer, n’est-ce pas Sizzle, Joe donc, et Eddie George), rien n’est dit sur les clients de Spencer (qu’on nous présente pourtant avec insistance comme le pilier de certains accords) et leur relation à un mec sans emploi, qui comble des combles, vient même leur demander des millions de dollars ! Et si encore par cela on nous présentait un Spencer self-made man, pourquoi pas, même si cela ferait très américain, mais non ! Spencer amène 12 millions et est… réembauché (mais quel genre de boss est Anderson ?) !

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Jamais Ballers ne met vraiment en danger ses personnages. Jamais elle ne met vraiment en péril un Spencer pourtant handicapé à la hanche (il peut avaler trois boîtes d’analgésiques, jamais un évanouissement), quasiment fauché, sans influence, et même sans licence (donc en fait depuis des mois il bosse quasiment au noir, sans que personne ne lui cherche vraiment des noises, c’est à se demander ce que fait la NFL qui a pourtant une réputation de grande exigeance)… Spencer est quasiment un joueur de football, sauf qu’il ne joue pas, et comme on passe 5% du temps de saison sur un terrain, il est quasiment au même niveau que les vrais joueurs ! La logique de Ballers demeure un mystère. Comme si la masse imposante de Dwayne Johnson à l’écran signifiait une protection absolue contre les emmerdes, emmerdes qu’il repousse à chaque fois d’un revers de main, à l’image d’Andre Alan, le personnage typiquement « j’ai un acteur connu (Andy Garcia à la dérive) et je lui fais faire de la figuration » qui n’a jamais une influence décisive sur Spencer alors qu’on nous le présente comme un requin sans scrupules. La seule chose intéressante qui en ressort, c’est la lutte interne en Spencer, son rapport à son corps et à son passé, qu’on nous rappelle relativement ponctuellement mais qui est tellement superficielle qu’elle en perd une partie de son intérêt voire est décrédibilisée quand on voit qu’il faut une soirée arrosée à Spencer pour se rendre compte de ses problèmes, le bon poncif américain énervant et frustrant au possible, insuffisant pour tenir toute une série.

Dwayne Johnson, acteur-producteur-inspirateur de la série, The Rock devant l’éternel, se retrouve à être son propre parasite, un joueur-bloqueur et qui ensuite n’a pas de stratégie de relance. Et dès lors, son équipe est désorganisée : Ricky passe chaque épisode à nous dire qu’il réfléchit (mais quel joueur ne choisit pas son équipe en quoi, 15 jours, 3 semaines ? Et quelle équipe attend aussi longtemps pour signer un type de 30 ans dont on nous dit au crépuscule de sa carrière, capable de 3-4 saisons de plus ? C’est ca le monde du foot US ?) avant de choisir presque au pif les New England… La désorganisation se voit dans le fond et dans la forme : vendue comme une comédie, plutôt une dramédie, elle prend au drame deux-trois embûches rencontrées (la hanche de Spencer, la licence, Andre), mais sans jamais vraiment être inquiétante puisque jamais risquée ; et à la comédie, elle emprunte le bon humour gras à l’américaine qu’un Rob Coddry de toute façon incapable de jouer le tragique se charge de porter, entre humour gras à base de blagues de cul et soirées dénudées (t’as pas eu ta licence parce qu’on t’a dit non ? Viens au bar à putes vider ton compte en banque et pisser sur ton téléphone !). Bref, pour Ballers, dramédie signifie osciller entre les deux ; sauf que jamais Ballers n’amène une véritable collision entre un train de vie de footballeur effréné et la dure réalité de la vie.

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Si la saison 1, malgré son happy ending agaçant, avait pu montrer quelques signes encourageants au travers des personnages de Ricky ou Vernon, il n’en est rien cette saison : Vernon se blesse d’ailleurs en jouant au paintball, affaire classée le soir même à la télévision après appel de Spencer à deux-trois copains, et Vernon ne fait ensuite rien d’autre que se soigner 10 épisodes durant dans ses 300m2 avant de se dire « et si je rejouais en risquant de me blesser ? », Ballers offrant plus de place au déjà agaçant Reggie. Quant à Charles, il est balladé par son patron Siefert et a une dispute ridicule avec Ricky. Pire, Ballers semble même valider tout ce pourquoi l’Amérique déplaît, ce qui est peut-être paradoxalement sa plus grande qualité et la laisse regardable : elle montre un monde où la médiatisation et l’image publique sont très importantes, qui peut nous réhabiliter comme nous enfoncer, et où, sans réseaux, on s’en tire moins bien (d’où la déception d’une non-confrontation avec Andre Alan). En témoigne le seul fil intéressant de la saison, celui de Travis Mack, tête brûlée rentrée dans le droit chemin ; ou, plus énervant, le pathétique discours « j’ai merdé je ne suis pas un héros pardonnez-moi » de Spencer face à des « rookies » avant d’aller à l’hôpital se faire opérer de la hanche, qui pourrait presque se voir comme un happy ending à peine obscurci (oui, parce que se faire opérer la hanche quand on a une masse noire dessus, c’est du bon sens, pas une tragédie). De son leader, elle montre une tête de cochon, de ses footballeurs des gamins indécis, de la NFL quasiment rien. Si tout n’est pas faux, on se demande si parfois Ballers ne se paie pas notre tête, faisant faire à ses personnages des choses contre la raison même pour inventer du drama à bas prix et toujours plus favoriser son « héros », avec en fil rouge sa souffrance personnelle. Mais la série ne s’y perd que plus : pour ce qu’on nous propose et avance, on est en droit d’attendre quelque chose de cohérent ; sinon, pas besoin de mettre autant de moyens pour un plafond d’exigence aussi bas…

Tout cela est bien dommageable, compte-tenu du fait que Ballers ne se regarde pas sans déplaisir, mais elle semble simplement se reposer sur des acquis bien faibles et sans chercher à faire plus, loin des autres séries de HBO, sacrifiant notamment ses personnages secondaires et sa ligne de conduite à sa star. Elle a été tout de même renouvelée pour une troisième saison.