Lethal Weapon est le remake en série de la cultissime saga filmique du même nom, statut qu’elle partage avec L’Exorciste, aussi sur la FOX. Damon Wayans et Clayne Crawford remplacent Danny Glover et Mel Gibson dans les rôles principaux, pour un résultat aussi évident qu’attendu.

Pour les deux du fond qui ne suivent pas, Lethal Weapon , c’est la rencontre entre Roger Murtaugh, père de famille respectable de 50 ans qui sent la vieillesse lui tomber dessus après de nombreuses années de service à la police de Los Angeles, et Martin Riggs, un ex-flic devenu suicidaire après la mort accidentelle de sa femme. Associés un peu contre leur gré, ils font avec leurs divergences de points de vue pour conserver une digne image de policiers au service de la loi.

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A quoi fallait-il s’attendre pour le projet casse-gueule d’un remake pareil d’une saga qui a vu son quatrième volet achevé il y a près de vingt ans, le tout produit par une firme (la FOX) qui adore prendre des risques (Gotham et donc L’Exorciste) sans oublier de mettre les mains dans le cambouis pour s’assurer un intérêt financier (Fantastic Four, X-Men…) ? A rien, sûrement ; mais à de la déception, oui, et cela n’a pas loupé, car il n’y a rien qui soit enthousiasmant dans ce pilote d’une platitude absolue. Comme attendu, la FOX a capitalisé sur le succès de la saga, son statut d’incontournable, les bons souvenirs nostalgiques, et la capacité des Américains à aimer des séries procédurales dopées à l’action pour vendre son dernier produit usinier, sans même faire appel aux historiques des films (comme Shane Black, scénariste des deux premiers films, pas impliqué, et qui jugeait cette adaptation saugrenue, mais dont on reprend l’histoire), pour plutôt se reposer sur un réalisateur/producteur plus connu pour ses échecs critiques du côté des films d’action sans âme (McG, l’homme derrière Terminator Renaissance, Target, ou la série à l’unique saison Fastlane) que pour ses réussites cinématographiques. Pour un résultat qui, si l’on enlève les personnages, le nom, l’humour, n’est qu’une série policière sans grand relief, grossière dans sa manière de mener l’enquête, et qui ne propose rien, mais alors rien de nouveau.

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Quelle est la justification de tirer sur l’ambulance de cette manière ? Eh bien celle de dénoncer d’une part le cynisme total des studios de faire de la marchandisation de bons souvenirs nostalgeeks, mais aussi de signifier la non-propension monumentale à dépasser ce cynisme financier pour proposer enfin quelque chose de véritablement percutant. Dans ce pilote de Lethal Weapon, on retrouve absolument tous les ingrédients ultra-classiques des projets cinématographiques à l’américaine : l’humour bas de plafond (et grivois) typé des films d’action (le fameux coup du suspect imprudent renversé par un camion, ca marcherait éventuellement si ca n’avait pas été fait 20mn avant au début de l’épisode), l’obsession pour le sexe (sérieusement, Murtaugh n’a qu’une envie c’est de faire l’amour à sa femme sous tous les prétextes possibles ? C’est non seulement ridicule mais aussi dégradant pour Keesha Sharp objectifiée à mort), les discussions pseudo-profondes sur la condition humaine (« t’as envie de te flinguer mais ne me juge pas parce que j’ai envie de rester en vie », si c’est tout ce qui a été retenu de la relation entre Murtaugh et Riggs, c’est inquiétant), et bien sûr l’enquête classique sur un mec qu’on croit suicidaire mais en fait non parce qu’il s’est flingué de la main gauche (ou quand l’Amérique se croit encore subtile). Ce qui fait que même si l’on réussissait un tant soit peu à dissocier Lethal Weapon de sa mère matricielle filmique, on n’arriverait pas franchement à en apprécier la couleur parce que la série ne sait pas et manifestement ne veut pas nous surprendre. Au moins ne cite-t-elle qu’une fois la fameuse phrase fétiche de Murtaugh (et dans la bouche de Riggs), « Je suis trop vieux pour ces conneries »…

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Et en parlant de dissociation, elle est presque impossible à faire, tant la série veut absolument recaser tout ce qui faisait le sel de la saga. Si on peut au moins accorder à Lethal Weapon de n’avoir gardé de la saga qu’un squelette scénaristique rattaché aux personnages et de ne pas avoir fait de ce pilot une resucée du premier film, elle a récupéré tous les éléments qui font que malgré tout, elle sera à ranger dans le patrimoine de la saga : le mélange humour/action, la relation tendue puis apaisée entre Riggs (Clyne Crawford en roue libre) et Murtaugh (Damon Wayans en plein forcing et très moyen pour jouer le tragique), quelques tonneaux de voitures… Le problème, c’est que Lethal Weapon, les films, avaient institutionnalisé ces éléments, élevant l’incongruité et le décalage actanciel au rang de culte, et qui avait un côté nouveau et frais à l’époque du premier film, il y a trente ans (1987), de sorte que ledit décalage participait d’une spontanéité et d’une sincérité du film. Ici, on sent bien que la FOX a surtout voulu ramener ce mix déjanté à tout prix, histoire de rapatrier les fans de la première heure et les curieux de la dernière, réduisant ainsi à néant toute la fraîcheur que le buddy movie pouvait apporter à son époque des eighties. Comme si la série n’avait gardé que la forme, et pas le fond de ce qui devait en faire l’intérêt. De sorte que le côté suicidaire de Riggs est forcé (puisqu’il est à deux doigts de mourir d’une balle dans la tête à chaque scène), que les blagues tombent à plat (« je me demande comment j’ai fait pour ne pas te tirer dessus avant »), que la profondeur des personnages est risible (quelle femme enceinte part elle-même en voiture à l’hôpital alors qu’elle va accoucher ??? Et Murtaugh a vraiment fait une crise cardiaque en salle d’accouchement quand son dernier bébé est né au cours d’un rapport non protégé ? C’est vraiment cela la justification du « trop vieux pour ces conneries » ? C’est très préoccupant). Même l’action ne dépasse pas le stade du simple divertissement de seconde zone. C’est triste à dire, mais Lethal Weapon est donc bien tombée dans absolument tous les panneaux qu’on lui prédisait, et n’échappe pas à son côté mercantile ultra-visible (« On aurait vraiment fait une équipe de merde, Murtaugh », sans rire ?).

Pas de surprise, donc, pour ce pilote de Lethal Weapon vraiment moyen. La suite parviendra peut-être à redresser la barre, mais il est évident que le scepticisme quant à ces risques pris par la FOX de remettre au goût du jour des films très ancrés dans leur époque est toujours de mise, et ne plaide pas en la faveur des projets américains actuels, en pleine crise de remakite et de rebootite aigüe depuis maintenant quelques années.