Longtemps menacée d’annulation au vu de ses audiences désastreuses, Agents of Shield a réussi à obtenir une saison 4, aux dépens, notamment, de son spin-off Agent Carter et de son projet avorté Most Wanted. Une dernière occasion de représenter la menace inhumaine à la télévision…

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL SUR LA FIN DE LA SAISON 3 DE AGENTS OF SHIELD. LECTURE A VOS RISQUES ET PÉRILS. 

A la fin de la saison 3, là où reprend cette saison 4 d’Agents of Shield, Daisy n’est plus membre du SHIELD. Profondément traumatisée par le contrôle que Hive a exercé sur elle, et ayant vu Lincoln se sacrifier en détournant Hive et une bombe nucléaire dans l’espace, celle que l’on appelle désormais Quake agit à son propre compte, et pas franchement dans les clous, ce qui mène May, Fitz, Simmons, Mack et Coulson à la traquer. Le SHIELD a changé, la petite bande a éclaté, le nouveau Directeur, encore inconnu, semble maintenir une certaine poigne sur le SHIELD, et le Ghost Rider commence à faire des siennes en ville…

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Le début de la fin, oui, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il est très probable que ce soit la dernière saison d’Agents of Shield, dont les spectateurs se sont manifestement désintéressé malgré toute sa bonne volonté d’établir un univers télévisuel marvellien, en plus de celui cinématographique. Mais aussi parce que, à l’image de ce pilote, les idées sont moins convaincantes, alors que sur les dernières saisons, chaque intrigue pouvait tout emporter sur son passage, les personnages, l’environnement… Le manque de surprise après 4 saisons de ce genre, sous une firme qui ne s’embête jamais vraiment d’autre chose que de l’efficacité ? Certainement. Dans ce pilote où tous les protagonistes sont éloignés les uns des autres, le cheminement a du mal à démarrer : une introduction somme toute classique et surtout violente du Ghost Rider (ce qui peut se comprendre compte-tenu du personnage), l’énième recherche de soi par Daisy (si recherche de soi veut dire se saper plus « dark et sexy » et mettre trois couches de fard à paupières, Chloe Bennet pêche par manque de relief), le sous-love interest de Mack et Yo-Yo qui continue sans concrétisation et créant plus de gêne qu’autre chose, et surtout l’irruption de la nouvelle idée du Dr Radcliffe (que le SHIELD a cru bon de « juste » surveiller et pas d’emprisonner alors qu’il peut créer le mal avec ses mains), à savoir une intelligence artificielle destinée à jouer les boucliers, en un mot une variante d’Ultron (assumée dans l’épisode). On sent dans ce pilote des idées sans génie, où Agents of Shield se repose sur ses acquis, et en laissant bien (trop) gentiment la tension monter, avec des scènes d’action à la limite de l’illisible et laissant floues les motivations des personnages, défaut léger en début de saison 3, trop voyant en ce début de saison 4

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Ce qui sauve ce season premiere et lui donne sa valeur, ce sont lesdits personnages. Atout numéro un de la série, leur substance et leur épaisseur acquises durant trois saisons leur permet de faire exister cet épisode. Si cela peut coûter de l’intérêt aux intrigues, la dispersion entre tous ces agents qui ont eu l’habitude de se côtoyer trois saisons dans les pires et les meilleurs moments, laisse exprimer une nouvelle forme de relationnel appréciable pour mettre à l’épreuve leurs fondamentaux et leurs sentiments profonds, et offre des interactions bienvenues entre plusieurs personnages d’habitude jamais ensemble. C’est le cas de Jemma Simmons, qui fait filer doux Melinda May, d’habitude tête pensante et active et bras droit de Coulson, désormais reléguée derrière la scientifique hiérarchiquement. Ce choix scénaristique concernant Simmons se révèle très intéressant connaissant la psyché du personnage (expérience traumatisante sur la lune déserte, de longs non-dits avec Fitz jusqu’à leur mise ensemble, infiltration de l’HYDRA…) et ajoute une nouvelle ficelle somme toute bienvenue pour la rendre plus complète, mais aussi pour faire évoluer la relation avec Fitz, une des grandes réussites de la série. Elle est en ce sens l’opposée de Daisy, l’un des fils majeurs de la série, en tant que personnage identificateur bien plus électron libre et hors-limites, en témoigne cet épisode où elle n’a pas peur de tout casser pour obtenir ce qu’elle veut, laissant l’ambiguïté sur son nouveau statut d’Inhumain/arme. Le succès de la caractérisation des personnages de la bande à Coulson tient dans la perpétuation du combat pour la spontanéité, pro-active, dût-elle être clandestine, contre les restrictions barbantes et ralentissantes du cadre administrative ; il sera dès lors intéressant de voir cette bande mise à mal à l’intérieur même du SHIELD, en particulier au vu du mystère qui plane sur l’identité du nouveau Directeur du SHIELD…

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L’autre réussite de ce season premiere d’Agents of Shield est le Ghost Rider. Gabriel Luna, sans être transcendant (mais il portait quand même le lourd héritage de Nicolas Cage), offre une interprétation juste, efficace, qui dévoile ce qu’il faut savoir sur le nouveau anti-héros (car il est certain qu’il ne sera pas bad guy très longtemps) et respecte à la lettre les origines de ce Rider en voiture, incarnant bien cette nouvelle forme de justice qui va nécessairement confronter celle du SHIELD et son système huilé. On espère que le déferlement de violence dont il fait preuve dans le traitement de ses ennemis et les traits du Ghost Rider (bien fichus visuellement) continueront à être aussi efficaces : quitte à ce que ce soit le début de la fin, autant que le Rider et son regard d’expiation, observant une justice brutale et expéditive, contribuent à être une dernière solide mise à l’épreuve d’une équipe désormais rodée à toute éventualité, ayant affronté les Inhumains, Malick, l’HYDRA, une multitude de trahisons, et désormais devant le fait accompli… La crainte avec un personnage comme celui-ci, dont les pouvoirs sont surtout le fruit d’une contrainte plus que d’un choix, est de verser dans un mielleux peu exigeant, qui perle déjà dans ce season premiere, dont le mantra rabâché est « on s’attache tous à quelque chose ». Une façon de dire que c’est une fois de plus la raison d’être profonde, l’intime des personnages, tiraillés entre intérêts et convictions (à l’image encore de Daisy), qui va être l’enjeu décisif, pour cette saison et pour la fin de la série ?

Réponse dans quelques épisodes. En attendant, on espère un vrai coup de boost de la part d’Agents of Shield pour cette saison 4 pour laquelle on souhaite une dernière danse juste et en apothéose.