Gotham est de retour ! Déjà la saison 3 pour un projet dont peu pariaient sur une telle survie, mais qui continue de manier sa barque crânement, et avec ambition, puisque cette saison 3 doit marquer l’arrivée de la célébrissime Cour des Hiboux…

ATTENTION, SPOILER TRANSITIONNEL SUR LA SAISON 2 DE GOTHAM. LECTURE A VOS RISQUES ET PÉRILS.

Gotham reprend 6 mois après le démantèlement des activités occultes d‘Hugo Strange, qui se faisait un plaisir de ramener à la vie d’illustres morts (Theo Galavan, Fish Mooney) pour embêter la ville, et plus particulièrement Bruce Wayne. Car en effet, on apprend qu’Hugo Strange n’est pas le grand patron, mais qu’une société secrète, qui aurait pris par ailleurs le contrôle de Wayne Enterprises, est à l’origine de ces agissements… Bruce lance d’ailleurs un avertissement au « board » de Wayne Enterprises pour leur dire qu’il sait ce qui se trame. Gordon, lui, désabusé après avoir constaté que Lee avait refait sa vie avec un autre, est devenu chasseur de primes à son compte. Le Pingouin tente lui de garder la main sur le crime, tandis que Fish Mooney sème la terreur, à la tête de tous les ex-cobayes de Strange relâchés sur la ville, avec, parmi eux, un étrange sosie de Bruce Wayne…

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Oui, cela fait beaucoup d’informations, mais nous sommes dans l’univers de Batman, qui n’a pas son pareil pour dérouter le lecteur-spectateur. La Cour des Hiboux en est un exemple frappant, puisque le comics décrit la descente aux enfers physique et mentale du justicier, qui se retrouvait pour la première fois confronté à une chose, sinon moins forte que lui, du moins dont il ne comprenait pas tous les rouages. Gotham n’a pas la prétention de restituer entièrement cet arc marquant : même si l’ombre de la Cour des Hiboux ne va cesser de planer sur cette troisième saison, tirant les ficelles de ce qui pourrait être l’un des plus gros défis criminels de la ville, elle représente surtout l’étape décisive vers la plongée dans les ténèbres des personnages, amorcée avec la mort de Thomas et Martha Wayne (toujours non-résolue) et qui n’a de cesse de concerner le jeune Bruce Wayne, malgré son importance relative dans la série, montrant bien que la série est aussi, dans sa volonté de réadaptation de la mythologie, une préparation du terrain (littéralement) pour le Chevalier noir. Bruce Wayne (David Mazouz convaincant) assume de plus en plus ce côté adulte qui s’ouvre à lui, et il est très signifiant de voir comment Alfred s’efface devant l’assurance de son jeune protégé ; comme si s’était enclenché, pour de bon, la marche de Bruce vers son destin

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Cette représentation de l’enfer se voit de plus en plus visuellement, au travers d’une imagerie toujours plus grise et sombre, mais aussi dans l’exploration psychologique de personnages de moins en moins concernés par l’éthique et la morale et de plus en plus dévoués à la fameuse punchline US « get the job done » (juste faire le boulot). Lucius Fox, devenu l’expert scientifique, informatique et criminel de la police, le décrit bien : hormis le fait qu’il se trouve dans un endroit « fascisant » et « violent », il « adore ca », soutenu tout en ironie par un Bullock qui avait déjà compris depuis longtemps ce qu’il en était dans cette ville. Même Jim Gordon est décrit comme l’ancien « chevalier blanc », définitivement passé du côté obscur après avoir passé un peu de temps à Blackgate. De la à dire, dans ce season premiere, que Gotham a gagné, il n’y a qu’un pas : Gordon souffre, Barbara Kean et Tigra en profitent pour gérer leur night-club, le Pingouin (le toujours délicieux Robin Lord Taylor) est quasi-impuissant et doit offrir de l’argent pour la capture d’une Fish Mooney trouble-fête… Mais on en revient, dès lors, à ce que le comics de la Cour des Hiboux disait, une philosophie qui semble-t-il va concerner tous les personnages et va imposer un nouveau niveau de lecture : la Gotham que l’on connaît n’est pas exclusivement la nôtre, celle que l’on croit et que l’on voit ; elle est trouble, ses fondations sont floues, et chacun peut se l’approprier comme il l’entend, pour peu qu’il connaisse bien les rouages du chaos. C’est en substance ce qu’Edward Nygma dit au Pingouin, après avoir résolu un puzzle réputé insoluble : faire valoir son instinct de prédateur et sa culture du chaos, car après tout, « penguins eat fish » (les pingouins mangent les poissons).

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C’est donc bien une perpétuation du chaos qu’encourage ce début de saison 3 de Gotham. Les personnages ont définitivement embrassé un côté obscur, et la police, toujours sous le joug de l’increvable commissaire Barnes, fait illusion. Mais le symbole reste Jim Gordon (Ben McKenzie toujours impeccable) : Gotham offre à son personnage principal une véritable expérience du côté non-justicier de la barrière (il est chasseur de primes, ce qu’il définit comme étant la police sans être la police, comme conscient que les cadres ne marchent pas à Gotham) ; des acquis qui ne feront que mieux définir ce que le personnage apporte, dans les comics et même dans les films, à savoir du vécu, de la bouteille, une bonne connaissance de la loi et de la police, une propension à recourir à tous les moyens possibles… Plutôt que de le bichonner, Gotham n’hésite absolument pas à faire passer toutes les pires épreuves à Gordon pour sinon justifier, du moins incarner ce que sera cet homme désabusé, croyant profondément en la justice et la loi, qui fera confiance à Batman et Harvey Dent, et qui n’hésitera pas, même au péril de sa vie, à jouer une partie qu’il a à 90% perdue en commençant ; car avant Jim Gordon l’icône, il y a surtout Jim Gordon l’homme, et cela s’applique à tous les personnages. Cela s’intègre parfaitement dans l’aspect comic-book que cultive la série : comme si, tel Batman dans ces romans graphiques, un nouvel arc de Jim Gordon commençait, après la guerre des gangs (saison 1), Indian Hill et Galavan (saison 2) et maintenant la Cour des Hiboux. Pis, Gotham en rajoute une couche avec l’arrivée, nouvelle création de la série, de Valerie Vale, la tante de la célèbre Vicki Vale, future love interest de Batman. Fouineuse invétérée, elle devrait apporter ce dont la série manque compte-tenu de son inscription dans la modernité : l’intérêt de la place et l’image des médias par rapport à ces nouvelles menaces et à ceux qui s’y attaquent.

Gotham est donc reparti sur les chapeaux de roue, et on n’en attendait pas moins.