1997 est une année charnière pour l’industrie audiovisuelle. Il y a quasiment 20 ans, Internet en était à ses débuts, Alyssa Milano était devenue un fantasme et la France n’avait pas gagné la Coupe Du Monde. Le monde ne savait pas encore qu’une série et 2 films allaient bouleverser les tendances.

Ce dossier sera divisé en trois parties : le néo-slasher, le teen-movie et le teen-show ; et se basera sur ce qu’on peut appeler les pionniers : Scream, American Pie et Buffy.

Partie 1 : Scream et le néo-slasher

Partie 2 : American Pie et le teen-movie

buffy american pie Scream

Vous achetiez Arkanium ou Arthélius, Buffy squattait les murs de votre chambre et M6 était votre chaine phare ? Alors vous avez vu Scream au cinéma, regardez Dawson sur Tf1 le samedi après-midi et vous n’aviez d’yeux que pour Freddie Prinze Junior. Voici un petit voyage dans le temps.

BUFFY CONTRE LES TEEN SHOWS

FAIT : En 1997, Buffy permet à une jeune chaîne de se développer en mettant en avant des productions teens. Leurs destins sont intimement liés faisant de The WB, la chaîne des ados.

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CONTEXTE : Beverly Hills reste la production la plus à même de parler aux adolescents. La FOX, jeune chaîné également, cartonne avec X-Files et les Simpson. Et si Angela 15 ans n’a pas le succès escompté, les ados vont se détourner des jeunes des quartiers uppés.

 

HISTOIRE : 1995, The WB débarque sur les écrans américains. Jeune chaîne toute fragile, elle propose quelques séries récupérées de chez NBC ou ABC mais aussi des séries communautaires où les afro américains ont la vedette comme The Jaimie Foxx show ou The Steve Harvey Show. Elle tente de proposer des séries familiales limite soaps avec 7 à la maison ou Savannah en 1996. 1997 marque un tournant, la plupart de ses séries sont annulées et la chaîne propose un teen show au titre de série B : Buffy The Vampire Slayer.

Désireuse de ramener un public plus jeune que ses vieilles confrères comme CBS ou ABC, The WB achète le projet de la Fox et de Joss Whedon. En mars 1997, Buffy arrive à la télévision et les rolling-stone_august2000critiques adorent. Le public arrive en masse (à l’échelle de la WB). Inspiré par le succès critique et public, The WB se concentre sur des programmes à destination des ados.

L’année d’après, la chaîne propose ni plus ni moins que Dawson’s Creek, un teen show sans surnaturel, une sorte de Buffy sans vampires, en bref une série sur la vie d’adolescents dans une petite ville. C’est Kevin Williamson qui est derrière le projet, tout auréolé du succès de Scream en 1996. En janvier 1998, Dawson bat des records d’audience et de popularité. Buffy et Dawson sont programmés la même soirée et les deux séries s’aident mutuellement. La soirée devient la soirée à ne pas manquer quand on a 15 ans. Katie Holmes devient la nouvelle idole des jeunes.

 

J.J. Abrams et Matt Reeves créent Felicity à la rentrée de la même année. On passe des années lycée aux années fac avec Keri Russell et un énième triangle amoureux.

Placant les héroïnes comme porte étendard d’une génération, The WB continue sur sa lignée et diffuse Charmed et son trio de sorcières qui remet Shannen Doherty et Alyssa Milano sous les feux des projecteurs des années après Beverly HIlls et Madame est Servie.

Atteignant 7 millions de spectateurs, Charmed est la série la plus regardée de la chaîne. Si la série n’est pas portée par des personnages teens, la production est clairement ciblée.

Popular, Angel et Roswell confirment en 1999 la position voire la suprématie de la chaîne sur la cible.

Mais hors The WB, que se passe t-il ?

Les séries ados ne sont pas l’apanage de la WB. Fox qui garde encore les traces d’un jeunisme intéressant propose en 2000 Dark Angel produit par James Cameron (Titanic, Avatar). Max est une jeune fille à l’ADN modifiée. Jouée par Jessica Alba, Dark Angel rejoint les rangs des séries ados SF / fantastique et la Trilogie du samedi de M6.

Freaks and Geeks débarque sur NBC mais la sauce ne prend pas. 12 épisodes sont diffusés et la série sera annulée. Leur case jeunesse du samedi matin accueille Just Deal (Juste entre nous en France), très honnête série ado qui sera diffusée dans KD2A chez nous.

Du côté de CBS? Il faudra du temps pour que la chaine développe Joan of Arcadia (2003—2005), l’histoire version ado d’une Jeanne d’Arc moderne qui entend Dieu.

Two guys, a girl and a pizza place (3 saisons) sur ABC en 1998 et Zoe, Duncan, Jack and Jane (2 saisons) sur la WB en 1999 sont les rares sitcoms à tendance ado, jeune adulte sur les écrans laissant le genre à Disney Channel par exemple.

The WB devient la CW en fusionnant avec UPN en 2006. Les séries sont toujours orientées teen mais les projets durent de plus en plus, preuve que la recette est là, et les ados font place à des jeunes adultes. La chaîne glisse doucement vers une cible plus mature. Si le coming of age n’est plus trop d’actualité dans les séries, elle n’est plus non plus le sous texte même de la gestion de la chaîne. The WB mûrit avec son public et ses séries. On oublie le drama et on pense plutôt high concept avec Supernatural, Smallville, Vampire Diaries et désormais The 100. Du cocon ado on passe à la cellule familial qui permet de brosser un large spectre générationel. 7 à a maison a ouvert la voie à la trop courte et excellente série Get Real (La Famille Green) avec Jesse Eisenberg et Anne Hathaway ou même à Brothers and Sisters ou Parenthood. ABC tenta l’expérience de Life as we know it (La Vie comme elle est) en 2004 sans succès. Le teen show est retombé dans l’anonymat.

Buffy est donc la digne mère de toutes les séries de la CW actuelle alors que Dawson a ouvert le spectre des séries dramatiques à la famille avec toujours une ado sur le devant de la scène. ABC Family et MTV ont pris le relais de feu The WB avec The Fosters, Switched at birth ou Faking It.

Au cinéma ou à la télévision, l’adolescent spectateur voulait voir de l’adolescent personnage. Si la génération MTV voulait de la décadence, du concret, la génération WB veut du sentiment et de l’abstrait. Le second degré a parcouru les plus grandes oeuvres teen de ces 25 ans dernières années. Horreur ou comédie, l’ado est en proie à ses démons intérieurs : la peur de grandir et d’affronter le monde, la volonté de s’ouvrir aux autres et d’être quelqu’un.


Ce rajeunissement des oeuvres modernes provient aussi d’un genre qui regroupe les frustrations d’une société qui s’écoute : un genre qui s’appelle.. Le genre. Film de genre ou séries de genre, le folklore fantastico-SF et le bestiaire horrifique ont réussi le tour de force de devenir moins ringard. Buffy, American Pie ou Scream ne sont que les enfants légitimes d’une série qui a fait explosé les codes et les genres : X-Files. Sans elle, le genre n’aurait pas explosé dans les années 90 et la cible commerciale que sont les jeunes n’aurait pas eu l’opportunité de voir leurs démons se matérialiser dans des oeuvres transversales, limite épiphénoménales.
Une série qui regroupait tout a explosé pour transmettre un héritage multifacette. Dans leur genre, dans leur catégorie, Dawson et Buffy sont celles qui ont fait grandir la génération qui vous parle, moi, les blogueurs et même ceux qui écrivent les séries d’aujourd’hui. La société évolue, les oeuvres aussi.