Jeremy Saulnier, mémorisez ce nom. Après Murder Party et Blue Ruin, ce jeune prodige américain produit son coup de maître : Green Room. Une oeuvre âpre et viscérale – portée par le regretté Anton Yelchin – qui fascine, terrorise et nous fait aimer le cinéma encore un peu plus. Disponible en blu-ray, DVD et VOD. SPOILERS !

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. A la fin de leur set, témoins d’un meurtre, les membres du groupe se retrouvent coincés dans la Green Room à la merci du patron et de ses acolytes décidés à en finir rapidement…

Si son histoire est composée d’éléments très simples, Green Room n’en reste pas moins un film parfaitement ficelé. Basé sur un huis clos qui génère un suspens insoutenable, son scénario donne le sentiment que toutes les possibilités, pour la survie des personnages, ont été pensées et essayées. En effet, si cela demeure être l’un des aspects essentiels du thriller horrifique, dans les faits, cet aspect est peu souvent appliqué. Ici, nous avons affaire à des protagonistes intelligents, lucides sur leur situation qui tentent, échouent et réussissent et dont les réactions paraissent plausibles. Nous disons bien paraissent puisqu’il faudrait avoir vécu pareille situation pour pouvoir l’affirmer.

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Copyright Broad Green Pictures

Dans cette même lignée et à l’instar de son film précédent Blue Ruin dans lequel Saulnier avait déjà travaillé avec l’acteur Macon Blair, Green Room est fortement emprunt de réalisme et nous sert des images brutales et graphiques pour un public hautement averti. Coups de feu, coups de machettes, coups de crocs, à chacun son arme, à chacun sa mort. Le réalisateur ne nous épargne jamais et se permet une certaine violence psychologique propre au thriller. Il filme, caméra à l’épaule, de manière frontale les actions toujours dans un grand souci de mise-en-scène et nous conditionne dès le début pour mieux nous surprendre et nous faire frissonner.

Et par frissonner, nous n’entendons pas les jumpscares insupportables généralement présents dans de nombreuses productions horrifiques. Ici, vous n’en trouverez aucun. Le suspens et la tension qui pèsent sur nos épaules minute après minute proviennent du génie de sa réalisation, sublimée par une photographie sombre en accord avec la salle de concert macabre et délabrée, déclinée à toutes les teintes de vert. Nous retenons la longue séquence d’enfermement dans la « green room » – salle d’attente en backstage – entre le moment où le groupe est témoin du meurtre déclencheur et leur décision de contre-attaquer qui nous prend aux tripes et fait monter la pression de plusieurs crans.

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Copyright Broad Green Pictures

Comme mentionné auparavant, nous étions conditionnés depuis l’ouverture du film où notre attente monte crescendo fasse à une mise en place qui se veut concise, à coups de plans aériens sur des étendues vertes qui nous conduisent vers le squat, futur lieu du massacre. Une histoire prenante, donc, où notre empathie à l’égard de nos jeunes musiciens est forte – qu’y a-t-il de pire que le fameux dicton « au mauvais endroit, au mauvais moment » ? Dès lors, nous nous identifions à ces personnages et nous sommes embarqués dans leur mésaventure funèbre.

Malgré tout, nous regrettons que certains personnages manquent de présence à l’écran étant donné que tout s’enchaîne très vite, de même que le gérant de la salle Darcy, interprété par Patrick Stewart qui, si son charisme en impose, reste bien trop au second plan. Paradoxalement, c’est probablement son effacement, sa froideur et son manque d’empathie qui accroissent notre peur envers lui. Face à lui, deux personnages géniaux, Pat et Amber, interprétés respectivement par Anton Yelchin et Imogen Poots dont « l’alchimie combative » – si vous nous permettez l’expression – fait plaisir à voir. Un duo remarquable et inattendu.

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Copyright Broad Green Pictures

Green Room est une oeuvre à part entière, sans compromis, dont certaines images restent graver sur nos rétines longtemps après le visionnage. Une bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique actuel dans lequel le jeune cinéaste est en train de se créer une place de choix. Âmes sensibles, vous voilà prévenues. Disponible en blu-ray, DVD et VOD.