Quand on se donne les moyens suffisants, le film de requins peut devenir hype et Instinct de survie est la solution.

Le film de requins a connu une carrière étrange. Coincé entre le film parodique et le film à suspens, le genre n’a jamais vraiment trouvé son style. Depuis Les Dents de la Mer, il n’y a bien que Sharknado qui semble rester dans les mémoires…

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Instinct de survie est un peu un film miraculé puisqu’il aurait pu terminer (ou commencer) sa carrière en digital ou en DVD comme tous les films de requins. Mais c’était mal connaitre Jaume Collet-Serra et Sony qui ont flairé la bonne idée. Le réalisateur de La Maison de cire et de Sans Identité avec Liam Neeson a su mettre en image un thriller plus qu’honnête : c’est une vraie réussite.

On aurait pu rajouter aux termes “dans le genre” mais non, le film réussit à se démarquer du film de requins pour partir sur un vrai thriller, un survival à la tension palpable.

instinct de survie

Les premières minutes inquiètent un tout petit peu. Malgré des images flamboyantes de couleurs chaudes; nous avons un trauma pour l’héroïne qui sentait mauvais tellement il était impensable de ne pas surjouer dessus pendant le film. Le pari était risqué mais réussi. On se sent de suite happés par l’atmosphère général du film qui, par petites doses et par une mise en scène inspirée, joue sur nos nerfs. Le public croira rapidement que la menace viendra à tel moment clé alors que Collet-Serra imposera sa loi et son rythme. Et c’est à travers un peu trop de ralentis qu’il arrivera à ses fins. On regrettera ce choix mais il sera vite dissipé par une réalisation innovante. L’écran de téléphone ou la montre seront autant d’éléments ennuyants à filmer que Serra détourne en prenant le pari de jouer sur la superposition. Les champs-contre champs des appels vidéo ou les plans de coupe sur la montre sont évités en jouant à merveille sur le montage de ses éléments sur un même cadre. Le gimmick donne une certaine fraîcheur au projet, une modernité bienvenue pour un film qui a une identité forte.

Squattant l’écran la totalité du métrage, Blake Lively trouve ici un rôle formidable. Combative, son personnage est suffisamment fort pour tenir 1h30. On est de suite dans l’empathie et on ne la lâchera pas d’une semelle de tout le film. Elle crève l’écran et partagera la vedette avec une mouette (réelle, pas de CGI) qui poussera le vice jusqu’à devenir un personnage à part entière. Même avec cette mouette, le script arrive à déjouer les attentes. Il n’y a donc plus que le requin, la menace, pour que le film soit réussi. Et ce redoutable animal ne déçoit pas. Robuste, imposant, le requin est une menace simple. L’environnement est l’élément moteur de Instinct de Survie. La caméra de Serra alterne plan serré et plan large et virevolte pour offrir ce que le cinéma doit offrir : une immersion totale.

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Dosant très bien le suspens, Serra parvient à offrir une belle vitrine au genre. Le film de requins retrouve une troisième jeunesse. Et malgré un peu de longueurs, Instinct de Survie reste un film aux images vraiment splendides, au montage pertinent (la musique s’arrête quand la caméra s’immerge) et au script très efficace. On regrette juste que ce fameux trauma se retrouve à la toute fin pour accentuer une thématique. Ce n’est pas dérangeant ni gênant mais ce n’était pas nécessaire quand on voit qu’il est resté de côté la majeure partie du film. Il mérite pleinement son succès public (55 millions de dollars pour un budget de 7, 4è succès du genre après Les Dents de la Mer 1 et 2 et Deep Blue Sea).