Avec la sortie de Suicide Squad, nous avons une nouvelle fois un grand schisme entre la presse et le public. Si on sait ce qu’est la presse… qu’est-ce que le « public », ce terme un peu batard?

D’obédience journalistique ou public, le blogueur se situe un peu entre deux feux. Il se permet d’avoir un devoir de critique, de proposer un avis plus ou moins objectif sans frein éditorial. IL se permet également de dire qu’il attend un film comme tout le monde. C’est d’ailleurs la grosse différence. C’est un peu enfoncer une porte ouverte mais le public ne s’oblige pas à voir un film alors que le critique est dans un devoir professionnel. Ce qui pousse le public à voir le film est une envie. Il ne part que rarement avec un a-priori sauf quand il se situe dans une sortie « coup de coude » du genre « allez, viens on va voir Suicide Squad ».

La mission du cinéma est de faire venir le public en salles, ce n’est pas de faire aimer le film. On oublie trop souvent que le jugement du public est secondaire mais il préfigure aussi du succès évidemment. Le bouche-à-oreille est un élément en soi, un peu négligeable tout de même. Il faut que le bouche-à-oreille soit massif pour que l’effet soit constaté, donc que le film plaise au plus grand nombre. Ce n’est pas un seul influenceur qui pourra faire bouger les gens en salles. Et c’est là que le public n’écoute finalement pas les critiques. La mission du critique est de proposer un jugement à quelqu’un qui n’a pas encore était voir le film alors que ce critique se place en tant que spectateur qui digère le film.

Tout ça est évident mais plaçons la critique dans le schéma du message qui se transmet. Doit-on lire la critique avant ou après le film ? Est-ce que la critique est un objet de conseil ou de débat ?
Penchons-nous sur ce clivage Presse / Public. Nous avons listé les notes de Rotten Tomatoes, Metacritic, IMDB, Allociné et le box-office US.

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En prenant en compte que les utilisateurs sont plus enclin à mettre une note plus élevée pour compenser la moyenne constatée, que les noteurs positifs et négatifs sont plus nombreux que les noteurs mitigés, qu’il est plus drôle de descendre un film que de l’encenser, on en arrive à la conclusion que personne n’aura le même avis. Voilà.

Plus sérieusement, difficile de pouvoir en sortir quelque chose si ce n’est que le public, masse de gens différents et échangeables, permutables et dissociables aimera toujours mieux que la presse, masse d’employés éditorialisés et inchangeables.

Il n’y a bien que Angry Birds Movie qui ait été moins aimé par le public que la presse. Inexplicable. Avec le lissage dû à la complexité de la composante du public, toutes les notes sont à peu près équivalentes. SOS Fantômes, qui avait subi un bashing important avant sa sortie, souffre d’une note de 2.7, pire note des 20 films.

Revenons au clivage qui ne semble pas être présent partout. Angry Birds, Independence Day, Ride Along, Teenage Mutant Ninja Turtles 2 sont moyennement appréciés par tous. Serait-ce donc ça la vérité ? Les mauvais films sont mal reçus et les films clivants sont tout simplement dans une dimension qui sépare vraiment la presse du public. Et à l’intérieur du public, sont séparés les haters et les lovers. Les films ne sont pas mauvais en soi, ils sont simplement très discutés et au final… pas grand public ? Cette notion de « grand public » a parcouru les débats depuis des dizaines d’années. Qu’est-ce qu’un film grand public ? Un blockbuster fade de l’été qui a coûté des millions de dollars ? Un film sans âme, facile avec des stars et de l’humour bas du front ? Un film grand public serait un film qui ne prend pas de risque, qui fait le travail et qui ne va pas dans des contrés étranges. S’il récupère la mise, c’est du win-win garanti. Transformers est idiot mais il rapporte, Camping 3 n’est pas du grand cinéma mais il attire le public. Oui c’est ça un film grand public, un film qui ne satisfait pas les plus exigeants mais qui attire une autre partie du public, celle qui ne se déplace que rarement dans les salles, celle qui attend le film pour faire la sortie du mois ou de l’été avec les enfants.

Oui, le cinéma, c’est ça, une diversité de films qui n’est pas là pour plaire à tout le monde. Les portes ouvertes sont enfoncées, on ne vous apprend rien, on éclaire simplement la situation. Contextualiser tout est nécessaire. Pourquoi des films mieux appréciés par la critique n’attirent pas les gens en masse ? Pourquoi personne ne parle du ratage complet de certains films, n’en font pas des papiers piège à clics ? Quid du Bon Gros Géant, de Warcraft ?

Les films les plus discutés sont ceux qui le sont par les gens les plus bruyants car ils touchent le plus grand nombre. Allez-voir le Top des films de Rotten Tomatoes pour 2016, combien ont fait la une des sites web, ont été débattu sur Twitter ? Et la moitié des films n’a pas dépassé le million d’entrées.

La critique cinéma n’est pas celui qui criera le plus fort, ni celui qui défendra au mieux le film. C’est celui qui arrivera à changer l’avis de quelqu’un. Et on est loin de cet objectif.