Le BGG, c’est l’histoire de ce bon vieux géant pataud et bourru qui enlève la petite Sophie dans son orphelinat londonien. C’est aussi le roman à succès de Roald Dahl devenu conte générationnel à lire au coucher des enfants. Après Danny Devito et Tim Burton, c’est au tour de Spielberg de proposer son adaptation d’une des œuvres pittoresques de Dahl dans ce film fantastique d’animation plaisant qui se distingue par son retour au conte traditionnel.

Un soir, Sophie, petite orpheline à lunettes se fait enlever par un géant alors qu’elle est à la fenêtre de son dortoir. Ce dernier grommelant et ruminant, l’entraîne au pays des géants raffolant des « hommes de terre » pour qu’elle ne divulgue son existence à aucun humain, car il la connaît, la pipelette ne sait pas tenir sa langue. Mais ce géant au cœur d’or a un secret, il capture les rêves pour les insuffler aux enfants endormis. Fascinée par ce passeur de rêves, Sophie décide alors d’aider le gentil géant à chasser ses odieux semblables mangeurs d’homme du pays des géants. Elle lui donne un nom, le « BGG », abréviation de « Bon Gros Géant ».

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Avec cette fable désuète d’un géant végétarien discriminé dans son monde de géants cannibales et de cette petite fille insomniaque et têtue, Steven Spielberg signe sont deuxième film d’animation après Tintin, s’attaquant cette fois à un personnage du patrimoine folklorique anglo-saxon : Le Bon Gros Géant (The BFG), une histoire qu’il racontait lui-même à ses enfants.

Éducatif, rabelaisien, la bonhomie du géant auquel Mark Rylance prête ses traits en motion capture avec autant de talent et d’expressivité qu’Andy Serkis et sa maîtrise boiteuse de la langue qu’il « tortille », font de ce vieillard rustique un personnage attachant car plein de candeur. Le personnage de Sophie marque également le point de rencontre entre Dahl et Spielberg : deux créateurs convaincus du potentiel créatif et audacieux des enfants, qui s’entendent notamment sur le fait que la lecture est source de magie et fournit aux enfants un imaginaire infini.

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Spielberg en roi de l’émerveillement s’essaie ici avec le plaisir qu’on devine aux nouvelles technologies d’animation, construisant des décors en studio qui s’appuient sur l’ambiance des rues de Londres, similaire à celle de Peter Pan ou encore Hugo Cabret ; des histoires d’orphelins où les enfants veillent tard et rêvent d’évasion ; la lumière des réverbères dans la nuit, les rues étroites, les pavés humides…. Qu’il mêle aux effets spéciaux. Et le résultat visuel est sans conteste une réussite, la mise en scène du film complétée par la musique incontournable de John Williams, donne l’impression d’ouvrir un grand livre illustré de gravures qui nous ramène aux racines noueuses du conte classique. Spielberg réussit à restituer toute l’essence du conte merveilleux découvert par l’enfant, ces pays imprégnés de matière celtique tantôt fabuleuse, tantôt effrayante, où les géants et les ogres dévorent les hommes, les gnomes règnent sur les gigantesques forêts et où il est possible d’aller à la pêche aux rêves.

L’intrigue du livre est sagement respectée et certains aspects sont adaptés pour le scénario sans jamais trahir la version littéraire du texte. Cependant, peut-être aurait-il fallu une pincée de fantaisie en plus pour aller jusqu’au bout du projet de Spielberg et faire de ce film d’animation, un incontournable du genre. Il l’est déjà de par son atypie, mais semble ne pas suffisamment exploiter son imaginaire pour rester -un peu trop sans doute- fidèle au livre d’origine.

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Mais n’est-ce pas plus mal quand tant d’adaptations cinématographiques de contes, pièces et romans se perdent en digressions et autres excès de « fan service » non maîtrisés ? (Souvenons-nous du désastre de Pan). L’adaptation de Spielberg est brillante, inventive et pleine de charme. Et si elle ne propose pas d’aller bien plus loin que l’œuvre de Roald Dahl, elle a le mérite de se suffir à elle-même, avec brio, sans prétendre à introduire un éventuel second volet auprès du spectateur et sans transformer ce qui reste une petite histoire simple et ingénieuse en trilogie de blockbusters estivaux.

Avec Le Bon Gros Géant, Steven Spielberg clôt donc son projet d’adapter en film l’histoire qu’il lisait à ses enfants dans les années 80. Un projet intelligent, pensé, tout simplement exécuté avec le talent qu’on lui connaît, sans grande surprise mais sans aucune déception.