À l’occasion de la sortie de « Independence Day- Resurgence », il était bon de s’intéresser au premier « Independance Day » qui fête son 20e anniversaire cette année, paru sur nos écrans en juillet 1996.

Pour ceux qui auraient oublié, ou qui sont trop jeunes pour connaître ( mais foncez le voir ! Qu’attendez-vous ? ) il s’agit d’un des meilleurs films blockbusters-catastrophe-science-fiction-panique-film-de-guerre qui ait été réalisé, figurant à l’heure actuelle à la 51e place des films ayant rapporté le plus d’argent, selon Wikipedia ( le chiffre 51 ? La Zone 51 ? Tout est lié… ). Bien entendu, avec les moyens actuels et les sorties toujours plus spectaculaires des blockbusters ( les Avengers pour ne citer qu’eux ), Independence Day est bien loin de la 2e place du film le plus rentable de tous les temps qu’il occupait en 1996. Et les chiffres de son coût peuvent paraître dérisoires maintenant, vu qu’il n’a fallu que 75 millions de dollars pour le financer. Il en a rapporté tout de même 817,4 millions, soit presque 11 fois de plus. Respect. Surtout pour un long métrage qui semble avoir été tourné avec des bouts de ficelle ( mais que l’on continue d’adorer ).

Ce film est le troisième magnifique bébé des deux réalisateurs Roland Emmerich et Dean Devlin, qui ne sont pas en reste car ils sont les auteurs de Stargate qui était sorti en 1994. C’est lors d’un séjour en Europe que Emmerich à l’idée d’un film basé sur une invasion d’aliens. Le scénario est écrit et tourné en un temps record, débutant en juillet 1995 pour sa sortie bien orchestrée le 3 juillet 1996, comme le veut le titre du film. La Century Fox a accepté d’emblée le projet, mais pas le choix des acteurs principaux, Will Smith et Jeff Goldblum. Mais le réalisateur saura les faire imposer. Pendant ce temps-là, l’équipe ne parvient pas à obtenir l’autorisation de l’armée pour tourner dans la Zone 51. Qu’à cela ne tienne, les studios de Los Angeles recréent la base militaire, avec un vaisseau alien de 15 mètres de long. Les maquettes et les effets spéciaux utilisés pour montrer l’oblitération des grandes villes du monde forment des scènes mythiques intenses et qui n’ont que peu vieilli.

L’histoire en elle-même reste basique et très américano-américaine, avec le sacro-saint discours du Président des USA qui supervise tout depuis sa base de survivants, le général des armées inspiré d’un général de la Seconde Guerre mondiale, et le vétéran de la Guerre du Golfe. C’est très drôle de voir comment le film montre la géopolitique. Mis à part les USA, on ne voit que … l’Irak, un soldat japonais et la Russie. Les autres pays étant vaguement évoqués lors des attaques, mais pas dans la contre-offensive. Ce qui a été vertement critiqué par la presse européenne pour un film bourré de clichés sur le pays de l’Oncle Sam, puissant et qui sauve le monde.

Les stéréotypes abondent aussi au niveau des personnages. Avec le soldat qui perd son pote, le vétéran alcoolique qui se sacrifie, le Président qui perd sa femme, la demande en mariage avant le dernier combat, le couple de divorcés qui va se remettre ensemble, la petite fille mignonne, le petit garçon mignon, et le technicien du câble écolo qui est en fait un vrai génie incompris qui sait tout avant tout le monde et qui réussit à balancer le virus informatique pour anéantir les aliens, là ou tout un état-major aux moyens scientifiques suréquipés n’y est pas arrivé… Sans compter les avions de chasse, les cigares et les cigares. Mais rien n’est plus énorme que le sauvetage du CHIEN. Moment d’anthologie.

Impossible. Tout autant improbable que l’avion présidentiel dont la carlingue est léchée par les flammes et qui n’explose pas. Mais bon, et alors ? Rambo ou les films avec Schwarzenegger des années 80 ne dégoulinaient-ils pas déjà de messages patriotiques ? Ce film est là pour nous servir du spectacle et il nous en donne. Le suspens avant l’attaque dans les grandes villes est à son comble, et de nombreux acteurs présents sont sympathiques, et ont bercé notre jeunesse. Nous avons Will Smith, ex-Prince de Bel Air dont la carrière sera lancée dans les films de science-fiction grâce à ce film ( enfin, pour le meilleur et pour le pire ), Jeff Golblum déjà présent dans Jurassic Parc, Bill Pullman qui venait d’incarner le papa dépressif dans Casper, et aussi Lisa Jakub, qui a joué la fille aînée dans Mrs Doubtfire. Toutes ces frimousses familières renforcent l’attachement au film, madeleine de Proust ou plaisir coupable à déguster sans fin.

Ainsi, bien avant Michael Bay et toute sa clique, nous avions déjà un film grand spectacle très réussi. Il s’agit d’un des meilleurs films catastrophe jamais créé, et en ce qui concerne les effets spéciaux, on ne peut qu’admirer la patience des techniciens qui ont reconstitué les maquettes des grandes villes et de la Maison Blanche qui explosent dans les flammes, là où tout aurait été reconstitué en images de synthèse sans âme. La patte artisanale est encore présente dans les explosions ou pour montrer les aliens, alors que de nos jours, le film aurait été tourné à 90% sur fond vert. C’est bien ce qui m’inquiète pour « Resurgence », la suite, car la bande-annonce montrait des images sombres, un tempo ralenti et des images tristes. Alors que l’ADN même d’Independence Day, c’est la joie, la rigolade, la grosse confiance à coup de punchline bien senties comme : « J’ai juste très hâte de botter l’cul d’E.T., c’est tout ». Est-ce que la franchise est en train de céder à la mode actuelle, qui veut que tout soit plus dark, là où tous les gros clichés cités ci-dessus ne seraient plus acceptés aujourd’hui ? Les temps ont changé. 1996, c’est cinq ans avant le World Trade Center, et la destruction de New York affreusement similaire au film. Cette naïveté et cette insouciance qui dit que « tout va bien se passer » ne passe plus aussi facilement de nos jours.