Ballers, l’OVNI de HBO (une série de 25mn quand on est plutôt habitués à 55 sur cette chaîne) est revenue pour une deuxième saison sur le câble. Après une première saison en roue libre par rapport à son propos, le season premiere ne semble guère mieux. Décorticage.

A la fin de la saison 1 de Ballers, tout le monde il était beau et gentil : Vernon le chieur signait enfin son super contrat, Ricky la tête brûlée se calmait un peu, et surtout, Spencer Strasmore la bonne gueule et les bons tuyaux réussissait dans son rôle de conseiller financier en obtenant un super bureau avec son associé Joe le farceur. Où en est-on désormais ? On voit resurgir du passé de Spencer un ancien collègue, Sizzle, avec qui il ne s’entendait pas très bien (au point de se taper dessus à la TV), mais aussi la figure du tycoon véreux, Andre (Andy Garcia), qui avait forcé Spencer à reprendre le foot après qu’il se soit ruiné en un investissement foireux. Pendant ce temps, Ricky perd vite ses bonnes résolutions et se remet à faire la fête.

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Et… c’est tout. A en voir le résumé, on constate que la série repose encore et toujours sur Dwayne Johnson, son acteur et producteur exécutif, celui qui guide l’épisode devant et derrière la caméra. Il ne faudrait surtout pas froisser et empêcher la série d’être bankable, donc Ballers en fait le moins possible en se disant qu’avoir en tête d’affiche un des acteurs les mieux payés d’Hollywood, ca suffit. Le seul problème, c’est que Ballers veut vraiment se croire sérieuse à tous les étages, en faisant une incursion dans le monde de la NFL (la ligue de football américain), ses tares, son hypocrisie, sa quasi corruption, son obsession de l’argent… La série s’est même payée Peter Berg, l’ex-boss de… Friday Night Lights, qui traitait de la même chose ! Mais ici, la série fait elle-même acte de non-volonté de profondeur : au détour d’une scène qui respire le réchauffé, l’agent de joueur, Jason, dit à Spencer d’aller faire la paix avec son meilleur ennemi Sizzle en s’improvisant psy de circonstance (« regarde moi Spence, quand j’engueule mon psy, j’engueule ma mère », les Américains croient avoir tout compris à la psychanalyse). Et là, Spencer explique qu’il ne comprend rien à ce jargon et qu’il ne veut pas l’entendre, révélant ainsi une ambition limitée, complètement épurée, se réduisant à quelques petits coups frileux pour donner quelques soubresauts à l’intrigue, et pas plus. En témoigne ce season premiere où l’on n’apprend pas vraiment la raison profonde de la rancoeur Spencer/Sizzle, qui finit par une petite accolade à la fin de l’épisode, parce que c’est « comme ça que ca marche ». Le scénario persiste et signe : même Ricky n’évolue pas et régresse en redevant le couillon qu’il est.

Oui, Dwayne Johnson s’est donné le beau rôle, et de fait, la série est calibrée à mort. Déjà dans la saison 1, tout se ramenait à lui : il raquait pour ses potes qui faisaient des conneries, il supportait les crasses, allait voir le patron pour faire pardonner les coups de sang de Joe, il négociait quasiment les contrats… Dwayne Johnson se raconte clairement : maintenant qu’il est devenu un des acteurs en vogue d’Hollywood, il utilise le football américain (dont il vient) pour conter sa propre histoire de sa réussite au sein d’un monde où il n’avait absolument aucun repère, en faisant quelques beaux discours formatés et adaptés à la situation. En résulte une série profondément épurée, qui donne bien quelques fils à retordre à Spencer mais jamais rien qu’il ne puisse finalement surmonter grâce à son sourire, ses relations, et son franc-parler. Et cela en devient franchement lassant quand tout le reste n’est, au travers de seconds rôles complètement transparents et de fait quasi inintéressants (soyons honnêtes, on attendait plus de la petite animosité entre Spencer et Sizzle que du contrat de Ricky dont les problèmes d’addiction nous ont bassiné dix épisodes durant en saison 1), que du spectacle divertissant et putassier. Tout ce qu’un Vinyl, depuis annulée par HBO, et dont les écarts névralgiques étaient conséquences puis causes des événements, faisait sur un mode extrêmement sérieux et ciselé, filmant une frénésie de plus en plus forte qui faisait graviter les personnages autour d’un homme qui la concentrait (Richie), Ballers le fait en plus artificiel, soft, lisse et grand public (Spencer). Pas difficile dès lors de voir pourquoi Ballers a une saison 2 et pas Vinyl, pourtant produite par Scorsese et Jagger.

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Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. La première chose est la place de la NFL, quasi-absente de la première saison, réduite à la portion congrue de savoir combien les joueurs qui y sont vont toucher d’argent (et ce n’est qu’à ca que servent les agents) pour entretenir leurs lubies : c’est ce qui a fait « l’intérêt » de Vernon en saison 1, c’est ce qui fait celui de Ricky (après le sexe, l’argent, belle évolution…) en saison 2. Autrement, ce sont de petites rivalités, le vrai-faux suspense sur la carrière de Charles, qui font vivoter la série : mais jamais le rôle de la NFL, en tant que presque lobby qui étiquette ses anciens (coucou Charles « je bosse dans les voitures » Greane), que manne financière tenant les joueurs d’une main de fer, n’est exploré, puisque Dwayne Johnson (dont le passé est révélé à la petite cuillère, alors qu’il cache plein de choses) éteint tout suspense. De même, l’idée de la presse médiatique style Oprah Winfrey est personnifiée par Jay Glazer, et donne l’occasion d’explorer les points faibles de Spencer qui se dit peu à l’aise à la TV, mais cela est complètement torpillé par la priorité donnée aux insultes lancées entre Sizzle et Spencer, puis enterré par la petite discussion « big boy » de la fin. Quant au background montrant la cupidité, l’avidité des grands patrons, il est à peine exploré : Spencer semble si intouchable que non content d’avoir son grand bureau, son associé, son département, son boss (Richard Schiff, toujours autant à des lieux de son talent) lui fait à peine une petite remontrance. Et que dire, même si on attend encore de voir ce qu’il réserve, du rôle d’Andy Garcia, cabotin, qui s’offre une seconde jeunesse à la TV, tout ça pour parler de… son pénis. On attend mieux d’un gars qui a mené le rôle principal du Parrain 3 et joué dans les Incorruptibles, pour ne pas devenir un autre de ces industriels à l’esprit corrompu que le « héros » viendra mater. Mais tout semble tellement déjà décidé à l’avance que l’on sait pertinemment qu’il sera là pour, surtout, rehausser le standing de Dwayne Johnson. Il est désespérant de se dire cela : Ballers ne restera jamais qu’un divertissement relativement honnête, décérébré, que, si l’on prend comme tel et seulement comme tel, servira à tuer 25mn par semaine, énième produit américain explorant ses vices, mais peinant franchement à les pointer du doigt parce qu’elle préfère une rentabilité frileuse à une vraie prise de risques.

Ballers reste donc, pour l’instant, une incongruité totale d’HBO. A suivre.