Il y a quelques jours se tenait la Japan Expo, la plus grosse convention européenne sur la culture nippone, et rendez-vous immanquable pour tous ses fans. Entre cosplays, musiques, chaleur, retour sur cette édition

Un dix-septième opus placé sous le signe du jeu vidéo, comme l’an passé : après Shigeryu Miyamoto, créateur des licences Mario, Zelda, Starfox, c’est Junichi Masuda, co-créateur et compositeur des jeux Pokémon, qui est venu honorer la Japan Expo de sa présence, en tant qu’invité d’honneur. Et pour cause : 2016 marque les vingt ans de la licence Pokémon, hype d’hier et d’aujourd’hui, et même du moment quand on voit le phénomène absurdo-comico-fou Pokémon Go (sur mobile). Junichi Masuda a ainsi été accueilli comme une star, entre des mascottes Pikachu, par le présentateur comme par les fans, cosplayés pour la plupart. Il a ainsi conté l’histoire fascinante de la création d’une franchise fascinante, entre ordinateurs vieillots, montagnes de Lego pour figurer les villes à venir dans les versions, voyages d’inspiration de Masuda-san (la France est d’ailleurs le pays phare de la dernière version en date, Pokémon X et Y)… Le public a eu le droit à un petit combat entre ce dieu vivant et un Youtubeur, peu connu sauf par des spécialistes, NewTiteuf1 (qui remplaçait au pied levé David Lafarge, après une mini-polémique) : on a ainsi eu droit aux capacités trollesques d’un Masuda qui a choisi Psykokwak et Mewtwo face à Dracaufeu et Nidoking, et laissant probablement le Français l’emporter alors qu’il pouvait gagner largement. Grand prince, Masuda a offert aux fans une musique exclusive… qui ne sera jamais dans un jeu Pokémon, a révélé un Pokémon à venir dans la prochaine version du jeu (Soleil et Lune), et a lancé des peluches dédicacées aux plus chanceux du premier rang. Bref, une masterclass totale, de très bonne tenue, très intéressante, entre souvenirs et nouveautés.

Junichi Masuda himself

Junichi Masuda himself

Pour le reste, dans le même domaine… peu de choses à se mettre sous la dent. A part Hiro Mashima, l’auteur du manga Fairy Tail, pour la dixième année d’existence dudit manga, et dont la conférence a été un peu reléguée au second plan par la venue de Junichi Masuda, peu d’invités vraiment passionnants à aller voir quand on n’est pas spécialiste chevronné du Japon. C’est l’éternel écueil de cette convention qui, en tant que profondément consacrée à ce pays, fait le choix de laisser beaucoup de gens sur le carreau, qui viennent pour la balade, voir, papillonner, fureter, mais qui, une fois devant un stand très spécialisé, est souvent rebuté par un monde entièrement établi et qui ne l’invite pas forcément avec subtilité à venir le découvrir. Le spectateur en ressort donc un peu frustré : comme lorsqu’il croise un imposant cosplay, qu’il admire, qu’il regarde, mais dont il se désintéresse rapidement tant le personnage lui est inconnu et qui, quand il en consulte la fiche, voit qu’il devrait faire des efforts conséquents pour en rattraper le retard. Beaucoup de place est faite à des artefacts et événements nippons qu’on ne soupçonnerait pas, et c’est une bonne chose : mais la démarche reste encore à améliorer.

Tant pis : il peut se rattraper avec la scène des jeux vidéos, et y faire étalage de son talent face à d’autres concurrents, souvent des forcenés d’un ou plusieurs jeux (Pokémon, Super Smash Bros, Splatoon…) qui lui laissent souvent peu de chance, mais lui accorde le fun de s’être mesuré à des adversaires à la hauteur, entouré par des animateurs qui surjouent leur événement (on mentionnera notamment celui de Dragon Ball Z qui s’époumone à en casser les oreilles, ou l’habituel homme du stand Nintendo toujours dans un agaçant décalage façon Denis Balbir après un six mètres de l’Equipe d’Espagne à l’Euro). Le spectateur peut, bien sûr, parcourir les travées du parc des expositions de Villepinte en admirant les cosplays mentionnés plus haut, et notamment dans l’allée « Jeunes Créateurs », cette fois-ci encore mieux fournie, où plusieurs novices ou maîtres en leur matière avaient du pain sur la planche pour contenter des passants intéressés (notamment le stand « Dessine moi un Pokémon » qui croulait sous les commandes). La Japan Expo reste, en cela, un moment agréable à passer (même si la climatisation de l’année dernière semble avoir disparu, malencontreux accident quand on sait qu’il y a encore une fois fait très chaud), et avec un peu de patience pour accéder à quelques attractions (notamment les tournois de jeux vidéos), on peut raisonnablement y passer une bonne partie de la journée (mais pas quatre jours non plus).

Ambiance_Hall5

Toutefois, des problèmes persistent, encore et toujours, et cette année, la pénurie d’invités s’est fait sentir : ainsi, le Joueur du Grenier a déclenché une mini-tempête en déclarant qu’il serait là seulement en tant que promoteur de ses produits, sur le stand Omake, libre de ses mouvements mais dévoué à une dédicace, et non en tant qu’invité. La raison ? Ni gîte, ni couvert offerts. Etonnant de la part de la convention quand on sait que le Joueur du Grenier était là aux précédentes éditions : coupes budgétaires, fermeté inutile, petite part de dissimulation de la part du Youtubeur ? Rien n’a fuité, toujours est-il que la queue pour les dédicaces était bien sûr pleine, ce qui est de bonne guerre quand on a une chance raisonnable de le rencontrer sans l’impression de jouer à la roulette russe avec le système de dédicaces. Autrement, à part peut-être InThePanda, qui continue, fort de sa chaîne cinéma, de monter comme vidéaste qui compte, ce sont toujours Noob et la Flander’s Company qui se sont chargés de jouer les porte-étendards du Web. Ce désamour est à attribuer probablement à l’organisation : des gens qui font trop de queue, une chaleur étouffante, une organisation pas toujours au rendez-vous, et une convention tellement monstrueuse que le contact avec le public en est réduit, autant de raisons qui poussent au désintérêt de la part des potentielles personnalités, ce qui semble réduire la Japan Expo à une figuration certes sympathique sur la forme, mais peu universelle sur le fond. Enfin, on mentionnera comme toujours les prix trop chers malgré de timides réductions (20 euros le tshirt pas forcément glamour, avec des réductions s’appliquant à environ 45 euros d’achat, c’est un peu extrême pour le porte-monnaie), la nourriture hors de prix, la queue telle dans le RER puis sur place même si on a son billet (pour avoir testé, on peut vous dire qu’acheter son billet sur place est nettement plus avantageux niveau temps), peu de dédicaces attirantes… Autant de choses qui risquent bientôt de faire sonner creux.

La Japan Expo souffre de son gigantisme, malgré toute la sympathie qu’elle dégage et qui en fait un rendez-vous entraînant entre potes en juillet, une fois les tracasseries de l’année terminées. Mais quand on sait que son édition du 15e anniversaire avait frôlé le fiasco, ce retour dans le rang depuis deux ans est un peu inquiétant quant au crédit à lui accorder. Et pour couronner le tout, on a eu droit à un zeste de tentative de récupération politique par un parti politique français… Reste que la convention est une chance pour le pays, mais qu’elle pourrait être encore plus grande avec quelques améliorations. A l’année prochaine !