Le found-footage a été un genre très rapidement désuet, la faute à un procédé moins narratif qu’il n’y parait. Avec Sickhouse, nous sommes dans l’ère du film Snapchat où le matériel de Monsieur Tout Le Monde suffit à produire un film.

Le Projet Blair Witch est un film inintéressant au possible si on lui enlève le côté un peu culte du projet. Rarement, le film ne fonctionne et rarement il n’a été plus plus coupable de nous avoir offert un genre, le found footage, aussi peu… « résultatif » ? Le rapport quantité / qualité est peut-être le plus bas qui puisse exister au cinéma. De rares réussites comme REC, Cloverfield ou Megan is missing font quand même partie des produits narrativement aboutis.

Avec les réseaux sociaux et la démocratisation des outils technologiques, il était difficile pour Hollywood de passer outre. En France, Thomas est amoureux (2000) a été une tentative osée de faire un film du point de vue d’un écran d’ordinateur. Il y a une paire d’années, Unfriended avait cette particularité d’utiliser au mieux le principe du found-footage et des webcams. La multiplication des sources d’images permettait enfin une narration moins réduite et de noyer le procédé dans un multi-cam bien fichu.

Quand Sickhouse est arrivé, on ne donnait pas cher du projet, déjà parce que Snapchat devient la lie des réseaux sociaux avec de la superficialité devenue monnaie courante, et qu’ensuite il était difficile de renouveler le found-footage avec un film tourné à la verticale. La Youtubeuse / Snapchateuse Andrea Russett est la star du projet mené par Indigenous Media. L’idée était d’utiliser la plateforme Snapchat pour proposer des vidéos de 10 secondes maximum racontant le voyage d’Andrea et ses potes vers la sickhouse, une maison hantée. Les abonnés n’étaient pas au courant qu’ils suivaient quelque chose de scripté pendant 5 jours. Andrea Russett est le genre de youtubeuse totalement insupportable qui en fait des tonnes dans ses vidéos mais qui réussit à plaire à son public. Elle est entourée de Sean O’Donnell, un autre Youtubeur connu et d’une actrice, Laine Neil, mélange de Taylor Swift et de Chloé Moretz.

Comme vous pouvez vous en douter, le film est nul. Le procédé est inintéressant. Comme tout found footage, on nous gratifie d’une moitié de scènes inutiles ce qui représente à peu près 45 minutes sur un film d’une durée raisonnable. Sickhouse dure 68 minutes mais on garde la même durée de scènes inutiles. Il ne se passe absolument rien pendant 45 minutes. Dès les premières scènes, on sent une fausse tension s’installer avec des bruits entendus dans un BnB mais sans conséquence sur le récit. Les filles trouvent un chaton, se filment en train de parler de mecs, de maquillage, de réseaux sociaux. On les voit dormir, parler de la sickhouse, aller à une fête, draguer, fumer. C’est vraiment ce que le found footage propose de pire. Quand on sait que Snapchat est finalement le meilleur endroit pour faire ça, on ne peut que saluer la pertinence du non-propos. Si chaque vidéo Snapchat doit se suffire à elle-même, on comprend que faire toute une story (procédé qui permet d’envoyer à tous ses vidéos plutôt qu’à une seule personne) est en fait un rassemblement de minis histoires. Pas du tout, les utilisateurs de Snapchat passent outre le procédé des 10 secondes pour offrir des mini bouts d’histoires. Alors oui, le procédé est chiant et ça donne un montage très cut de moments pas forcément intéressants, pas pertinents et jamais narratifs.
Sur 68 minutes, il n’y a donc rien à retenir. Ils arrivent à la Sickhouse après 50 minutes et ce qui arrive après, ne vous surprendra pas (pour reprendre les titres putaclics). On est dans une bête utilisation de suspens artificiel avec des plans lents sur des recoins de maison, sur des décors extérieurs en pleine nuit éclairés au téléphone et une mise en scène de moins en moins pertinente puisque le personnage se force donc à filmer et à uploader les vidéos alors qu’il est en danger. Idiot.

Quand le found-footage utilisait la caméra numérique, il y avait cet outil de mémoire matérielle avec une cassette ou une carte SD retrouvée, on jouait sur le côté FOUND footage. Là, on se retrouve avec un UPLOAD footage comme Unfriended totalement dépassé et qui annihile toute l’ambition du projet. Les changements de caméras (frontale, dorsale) sont utilisés intelligemment (…) au début mais sans aucun sens en fin de métrage. Le spectateur se retrouve alors dans un système filmique qui n’a plus aucun poids, plus aucune utilité.

Venons-en à l’histoire même de la sickhouse. Indigenous Media a proposé un faux site comme a pu le faire Blair Witch à l’époque.  Le site « officiel » a un look rétro et aurait pu fonctionner si ce qu’on y raconte sonnait moins faux. Les règles pour entrer dans la sickhouse ne sont pas crédibles et cassent alors l’ambition créative et immersive. Toute la mécanique a fonctionné pour les abonnés des comptes visés, celui d’Andréa et celui, fake, de Taylor, joué par Laine Neil. Difficile à vérifier désormais mais il semblerait que les abonnés ont douté du côté « vrai » quand le script / l’impro semblait moins naturel. Le public « Real TV » connait les ficelles du faux mais ne semble pas pour autant moins concerné. On en soupire.

Une suite a été validée et on ne comprend plus vraiment les motivations. Raconter du vide avec un procédé qui efface ce vide est une réalité qui nous dépasse. Sickhouse n’est pas à voir, ni à « vivre ». C’est une expérience socialement et artistiquement intéressante après coup. Le film found footage se base sur le « pourquoi filmer » plutôt que le comment. Quand on aura compris qu’un personnage-réalisateur ne peut PAS exister sans une vraie proposition, on aura sauver le found footage. Filmer pour garder une trace de sa survie face à un monstre géant, faire un reportage pour informer les gens d’une invasion d’infectés sont des choix pertinents. Se filmer, uploader et rajouter des emojis soulignent trop l’existence d’une machinerie dirigée par quelqu’un.

Sickhouse, à défaut d’être un film intéressant, permet de lancer le débat sur l’utilité des réseaux sociaux et des technologies les hébergeant dans l’industrie du divertissement.