Dark Matter s’était lancée l’été dernier sur Syfy, qui la promeut fièrement « création originale ». C’est à se demander où est l’original là-dedans, car après une première saison qui frôlait le médiocre, le season premiere de la saison 2 l’est carrément.

ATTENTION, SPOILER TRANSITIONNEL SUR LA PREMIÈRE SAISON ET SUR LE DÉBUT DE SAISON 2 DE DARK MATTER. LA LECTURE DE CET ARTICLE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS. 

A la fin des treize premiers épisodes, après quelques pérégrinations plus ou moins passionnantes dans le passé de chacun, après qu’on ait découvert que Deux était une androïde, que Un est en fait un PDG qui a changé de visage pour trouver l’assassin de ses parents (c’est donc Batman) et que Cinq était la responsable de la perte de mémoire de l’équipage, il était révélé que Six était en fait le traître caché dans le vaisseau. Pas du tout criminel comme les autres, il est un agent du gouvernement chargé de mettre les occupants du Raza hors d’état de nuire.

Car en effet, on apprend dans le pilote que Six a tué cinq personnes, et n’a récolté qu’un « congé maladie », autrement dit cette mission, comme « punition ». L’Alliance Galactique sait comment servir ses intérêts. Quoi qu’il en soit, Deux, Trois et Quatre sont fichus en prison, tandis que Un est libéré grâce à l’influence de la société qu’il dirige, et que Cinq est mise en stand-by. Dans la prison, la vie n’est évidemment pas des plus simples.

©Syfy

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Car oui, pourquoi s’embêter dans un scénario VRAIMENT original quand on a une prison et tout l’imaginaire qui va avec ? Dark Matter est, véritablement, de la science-fiction low cost, la SF du pauvre. Ce qui est franchement gênant quand la chaîne s’appelle Syfy et qu’on se fait le chantre de ce genre de cinéma. Du haut de ses fonds verts ultra-visibles et de ses effets spéciaux au rabais, la série ne peut proposer qu’une suite de clichés inintéressants, voire franchement ennuyeux, qu’elle essaie péniblement de rehausser avec un cliffhanger dont on a peur qu’il soit désamorcé par la suite (le vrai Jace Corso tue Un/Derrick Moss par vengeance, mais ne va-t-on pas nous embrouiller pour nous dire que c’est finalement Un ?). Autrement, tout est ultra-prévisible : l’équipage qui fait de la résistance et se retrouvent à taper les autres prisonniers, la présence de gangs, les matons pourris jusqu’à la moëlle, la possibilité d’aller à l’infirmerie pour être un peu chouchoutés, Six qui joue le gentil alors qu’il les a tous trahis (et quel jeu magnifique tout en air de chien battu de la part de Roger Cross). Dark Matter se permet même un peu de grivoiserie gratuite en faisant ce qu’elle a fait toute la première saison durant, à savoir faire fantasmer sans aucune subtilité le spectateur sur le corps de Deux, dont on peut admirer les courbes une bonne minute à l’écran vu qu’on l’oblige à se mettre en sous-vêtements, histoire de rameuter quelques téléspectateurs, et de privilégier la seyante virilité masculine. Quelle beauté de discours.

©Syfy

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Et puis bien sûr, qui dit cliché dans la forme dit cliché dans le fond ! Tout l’épisode durant, ce n’est que « je n’arrive pas à croire que tu nous aies fait ca », « lâche-moi tu nous as trahis t’es plus mon copain » pour Cinq envers Six (qui toutefois n’a besoin que de lui dire son vrai nom pour se la remettre dans la poche et la faire décrypter un dossier pour lui, le coup classique, les sentiments sont si malléables en Amérique) ; ce même Six découvre EVIDEMMENT qu’il a été dupé (« quoi, ils sont tous morts et tu ne m’avais rien dit ? » « Mais mec t’étais amnésique ! » « Je sais, mais tu m’as laissé comme ça ? ») et tente de se racheter en disant qu’il a fait ce qu’il fallait faire, pour aider et protéger ses désormais ex-camarades ; du côté de Deux, Trois et Quatre, on se bat et on fait des petits compromis sans grand intérêt ; et du côté de Un, on continue à la jouer Batman en se mêlant de ce qui ne le regarde pas et en cherchant juste à voir qui est le témoin du meurtre (évidemment assassiné le lendemain, cela va de soi), et qui défie Six venu lui rendre une petite visite de courtoisie (après tout, c’est normal, je t’ai trahi, buvons un whisky en s’apitoyant sur le sort) au lieu de retourner à une vie pépère alors qu’il est libre (sans compter le surjeu absolu de Marc Bendavid, absolument pas crédible notamment quand Six vient lui expliquer la situation). Bref, rien de nouveau dans l’atmosphère de Dark Matter qui est loin, bien loin, trop loin d’une proposition digne de ce nom dans le domaine de la science-fiction. Tout le chemin est tellement balisé qu’on en connaît les ficelles, et le pire, c’est que ces 13 épisodes de 40 minutes vont paraître longs, très longs…

©Syfy

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Surtout, rien de nouveau ne semble avoir germé dans l’esprit des producteurs depuis la fin de saison 1 tant la proposition artistique est absolument la même : de l’humour pince-sans rire, un jeu d’acteur robotique, des pseudos-trucs hallucinants qui n’en sont pas avant chaque coupure publicitaire, et une division d’intrigue entre les personnages qui donne plusieurs veines exploitées de façon minimaliste et qui n’explore pas du tout qui sont les personnages, ce que l’amnésie a vraiment changé, quels sont leurs vrais intérêts…, se contentant en permanence de les guider par leurs orgueils et leurs désirs (surtout Ryo Tetsuda, la caricature de l’Asiatique bagarreur qui ne parle pas beaucoup mais reste efficace avec ses poings). Tout ce qui peut désormais en sortir, et qu’on peut presque prévoir, est un autre retournement de veste de Six, un nouveau love interest associé à la considération de sa condition pour Deux (je suis androïde, en ai-je quelque chose à faire ou bien vis-je comme les humains qui me regardent juste comme une poupée gonflable ?), et surtout un oubli complet de ce que l’amnésie a crée, puisque les actions de Cinq, sa cause, ont été à peine effleurées, comme si Dark Matter avait été dépassée par son propre postulat.

Dark Matter est donc partie pour rester ce qu’elle est : quelconque. La suite sur Syfy tous les samedis.