Présenté en avant-première au sein de la programmation cette année encore merveilleuse du Champs Elysées Film Festival, Tout de suite maintenant est la perle absurde française de l’année (derrière Ma Loute, hein voui), faute d’avoir un bon Dupieux à se mettre sous la dent (qu’on espère brossée, à cette heure là…).

Un peu vif comme manière de commencer une critique, d’autant qu’il pleut dehors (enfin avec un peu de chance ce ne sera plus le cas quand vous lirez ces lignes), alors ça n’aide pas à accorder à ce film toute la bienveillance qu’il mérite. De l’eau tombe du ciel, mais ça n’a rien à voir avec le film de Pascal Bonitzer, où il fait souvent beau (enfin le film se passe souvent à l’intérieur alors ça n’aide pas à savoir, comme dirait l’autre tout ça pue l’artifice…). Mais comme l’héroine du film (FORMIDABLE et je pèse mes mots Agathe Bonitzer, oui c’est la fille de, les rageux pourront sortir) est jugée en fonction des actions de son fameux père dans la société où elle débarque (ceux qui ont hurlé mise en abyme peuvent s’en féliciter, et sortir… il va plus rester grand monde), ou encore sur la moralité des actes qu’elle est obligée de commettre par pure professionnalisme (sans faute), et donc sur des actes complètement indépendants de sa volonté, qu’est ce qui m’empêche de juger le film sur le temps qu’il y fait ? Pas vous, d’autant que les personnes qui ont débarqué sur l’article (peu, sans doute, vu la promo zéro du film) sont déjà parties pour avoir ragé ou repéré la figure de style, ce qui fait que je parle plus ou moins tout seul… D’autant que le film choisit ici la facilité puisqu’il est tourné assez peu en extérieur si ce n’est 2/3 rues et une plage (où il ne doit pas faire trop moche puisque Vincent Lacoste, à contre emploi farouche et dédaigneux, il sait jouer le croco, fonce dans l’eau sans frissonner plus que ça…). Donc finalement le film s’en sortirait pas mal si il était noté sur ce principe. On va dire C+, pour Tout de suite maintenant.

Tout de suite maintenant, c’est l’histoire d’une fille qui entre dans une entreprise où Lambert Wilson (qui jure un peu moins que dans Matrix 2, ne me remerciez pas de vous rappeler ce film c’était un plaisir) lui dit quand même de drôles de choses, on s’imagine qu’il veut profiter d’elle comme cela se passe malheureusement pas mal, on le sait, dans les milieux professionnels, politiques, enfin en France et ailleurs, et que le film va de par des arguments choc traiter des conséquences physique du sexisme et de la culture du viol (une bonne nouvelle n’arrive jamais sans une autre…) mais non, même pas, il l’emmène chez lui mais c’est pour la faire bosser sur un travail qu’il veut voir terminé pour le lendemain. Le dépourvu, le film traite bien du sexisme mais ne contient pas de viol. J’ai pas dit qu’il était cool pour autant…

Tout de suite maintenant

« Tu le sais que ton père est une sous race »  » mais je ne vous permet pas ! »

Bref, du coup Isabelle Huppert (je t’aime Isabelle tu le sais, sans toi le cinéma français va mal alors continue à faire du cinéma, t’es dans tous les films français bons des dernières années sauf Ma Loute) , qui joue la femme de Lambert Wilson dans le film, s’est reteint les cheveux pour l’occasion et parle à Agathe Bonitzer de son père en des termes odieux, et en plus elle est convaincue que sa gouvernante (au comportement certes bien chelou) lui a jeté un sort. Me regardez pas comme ça hein, j’ai bien suivi le film, j’ai tout compris bien comme il faut mais je vais pas faire le travail à votre place, ça me ressemble pas du tout de faire des articles fleuves pour vous analyser les trucs ! Comprenez donc vous même, ayez un peu d’initiative personnelle, c’est important de mettre sur un CV que l’on en a dans le monde du travail d’aujourd’hui, même si comme le montre bien justement Tout de suite maintenant cette initiative vous sera reprochée par vos collègues et que si vous êtes une femme vous risquez bien de voir vos efforts réduits à néant (un peu éclipsé dans le film, ce côté là, mais on peut se demander si le comportement de la jeune fille n’a pas trompé les gros machos au point d’oublier qu’elle est une femme…).

Dans Tout de suite maintenant, il y a un passage fascinant et difficile à saisir (comme tout le film de Pascal Bonitzer en fait) où Lambert Wilson dit faire une fleur à Agathe Bonitzer, mais elle ne s’en sert pas vraiment dans le film alors on peut dire qu’elle est insignifiante, cette fleur (sa place, elle la fera toute seule, et aucune rose ni tulipe ni même de jolis hortensias n’ont le droit de l’y aider), qu’en un sens elle ne lui sert pas à grand chose. Alos j’ai décidé de faire pareil et de vous expliquer le titre, vous ne serez pas venus pour rien. Donc, Tout de suite maintenant (faut placer le titre un maximum dans l’article, c’est utile pour le référencement). D’abord, ça s’écrit sans virgule entre le suite et le maintenant, c’est donc écrit de manière orale, en forme orale, chez Queneau ça s’écrirait à peu près comme ça : toussuitmatnan. Deux interprétations possibles pour ce titre (j’ai vérifié, la phrase n’est pas dite dans le film, sinon j’aurais pu me reposer dessus) : d’abord, ça peut faire écho à la personnalité de la fille protagoniste principal (c’est un pléonasme ça ? J’ai jamais su), qui gravit les échelons plus vite que Nadine Morano ne s’excuse en parlant de son ami noir, Agathe Bonitzer veut tout, toussuitmatnan. Ou cela peut aussi faire écho à la manière donc ces supérieurs hiérarchiques la traitent, s’adressent à elle, du genre fais moi un café toussuitmatnan. 

Bon, comme j’ai finalement commencé à analyser le film, c’est scandaleux je sais, autant continuer, d’autant que mon article est pas encore assez long … TDSM, donc, (si tu remplaces le D par un S ça fait les mêmes initiales que le reboot de Spider-Man, c’est chouette mais je suis quasiment sûr que ça n’a pas grand chose à voir, arrêtez de voir du complot partout…), c’est presque un hommage à Ionesco ou plutôt Kafka : le rangement du travailleur dans une cage prédéfinie (à la fois symbolique, puisqu’en ce qui concerne la fille à la catégorisée au départ à la fois comme fille et comme fille de, mais aussi physique vu la taille de son bureau), la pervertisation et la dénaturation de l’humain par cette même cage (quasi personnifiée par Jean-Pierre Bacri, odieux et sans espoir, l’acteur n’a rien perdu de son talent fou pour proclamer de la punchline cynique à tour de bras, en revanche il a de moins en moins de cheveux … Ok oubliez ça), le sexisme donc au vu de la manière dont les hommes traitent la fille qui OSE se rebiffer… On ne fait pas que rire dans Tout de suite maintenant, au delà de son aspect un peu film à sketches, le film dit aussi vraiment quelque chose de la vieillesse et de la peur de mourir et donc d’être oublié, thématique cachée sous quelques bons gags (ne serait-ce qu’en la performance de Pascal Greggory, le disque rayé qui répète toujours les mêmes choses et essaie de retrouver une reconnaissance en faisant semblant de téléphoner devant ses subalternes), de la folie aussi beaucoup quand Isabelle Huppert ouvre la bouche et déclame des saloperies de la même manière qu’elle demanderait une chocolatine (J’AVAIS DIT AUX HATERS DE PARTIR) à la boulangerie…

Tout de suite maintenant

Pardon Jean-Pierre, je t’aime

Mais la plus folle et la plus intéressante d’entre toutes, c’est bien Agathe Bonitzer. Elle est incohérente, ne sait franchement pas ce qu’elle veut, impossible de savoir ce qu’elle pense tant elle répond à ses pulsions, on sait juste qu’elle est aimante sous ses airs froids et désagréables (comment se comporter autrement sans un monde où l’obsession du sexe, dans les deux sens, comme sexualité mais aussi comme genre, est partout, quand on est une femme y a t’il une autre manière d’obtenir une crédibilité?), et en plus elle voit des animaux comme Jake Gyllenhaal dans Enemy (deuxième fois que je le cite, ce film, dans la semaine…), son animal-familier à elle c’est un chien-loup : sous son apparence belle et dangereuse, elle est à la fois affectueuse et carnassière. Plus de dualité dans le personnage que dans tous les autres, eux si uniformes, représentant en un sens le problème fondamental de ce monde, qui s’enferme de plus en plus dans cette uniformisation dangereuse… dit il en sirotant son coca, ça arrive quand le prochain Spider-Man là? Je le veux Tout de suite maintenant !

Vous aurez bien mal à la tête en allant voir Tout de suite maintenant à sa sortie le 22 juin. Mais vous allez aimer, laissez vous emporter. Merci au Champs Elysées Film Festival de faire exister aussi ce genre de film. Et franchement, rien que l’affiche, on dirait du Resnais …

AMD