Suite de l’exploration de la trilogie de jouets la plus célèbre du cinéma (jusqu’à l’avènement de la trilogie Lego ?) avec la suite du premier volume, sobrement intitulée Toy Story 2. Sobre, c’est d’ailleurs le mot de cette suite réussie

Après avoir enterré la hache de guerre avec Buzz l’Eclair, Woody est un cowboy-jouet heureux. Mais au moment de partir avec Andy en camp de cowboy, celui-ci lui arrache à moitié le bras, ce qui le condamne à rester sur une étagère, où il rencontre un pingouin asthmatique, Weezy. Quand celui-ci est vendu par la mère d’Andy à Al, un collectionneur cupide, Woody n’écoute que son courage et tente de le sauver, pour finir sur l’étagère d’Al. Il y fait la connaissance de Jessie, Pile-Poil et Papi Pépite, qui lui apprennent sa valeur en tant que jouet et membre d’un show entier, Western Woody, et qu’ils vont être muséifié, ce qui fait réfléchir Woody sur sa condition. Dans le même temps, les autres jouets partent à sa rescousse.

@Pixar

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Cette suite de Toy Story a à la fois une histoire, et à la fois pas d’histoire. Elle en a une, parce qu’elle a failli se faire Disneyiser dans sa production et sa sortie, avant que Pixar ne se rende compte que l’association c’est bien, mais la mainmise créative sur son oeuvre, c’est mieux, et que John Lasseter et ses copains refassent tout le film en un temps record, pour finalement sortir au cinéma alors que prévu à la base en direct-to-video. Mais pas d’histoire, ou peu, du fait de son statut de numéro 2, ni introduction ni conclusion, et ainsi, si, malgré tout, le film a des éléments distinctifs (au premier rang desquels Jessie, Papi Pépite et Pile-Poil, nouvelle manne de produits dérivés), ce sont ces éléments qui en assurent la survie mémorielle, et il n’en vient pas à être rappelé comme un tout, comme une histoire telle que Toy Story 1 ou 3, peut-être du fait de la grande place attribuée à Woody dans cette nouvelle aventure. Si l’on n’est pas en reste avec les autres jouets tous en pleine possession de leurs moyens, c’est bien le cowboy, et sa nouvelle petite « famille », qui monopolisent l’attention, ladite famille devenant presque une ennemie à la fin avec les agissements de Papi Pépite (nommé Stinky Pete en anglais, ce qui donne la couleur de sa valeur de personnage).

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Cela n’empêche toutefois pas Toy Story 2, malgré ses conditions d’élaboration, d’être non seulement une très bonne suite, mais aussi un très bon film. En premier lieu, visuellement, Toy Story 2 se paie une petite amélioration bien visible, 5 ans entre le premier film et le second étant passés : ainsi, des passages comme la mission de Buzz sur la planète de Zurg, ou bien l’opération de sauvetage de Woody par les jouets, sont autant de moments ciselés dans les moindres détails, permettant une immersion encore meilleure dans l’univers. Ensuite, Toy Story 2 est particulièrement drôle, remplie de moments qui rendent l’aventure (très basique, un sauvetage d’un jouet kidnappé, ce qui ne part pas d’une idée fixe comme celle de la rivalité dans le premier) assez jouissive. De ce point de vue, la palette est extrêmement large, allant des gags (Mr Patate qui se décompose presque lors du sauvetage de Woody) aux punchlines (dont les chantres sont Papi Pépite et Jessie sur son cheval) en passant par les parodies devenues célèbres : le salut vulcain de Buzz à son double, la poursuite en voiture à la Jurassic Park, et, bien sûr, la reprise de Star Wars avec Zurg qui reprend « Je suis ton père », adressé cette fois à Buzz, lors d’une sympathique mise en abyme vidéo-ludique menée par Rex le tyrannosaure. Comme si, dès lors qu’on avait fait maintenant connaissance avec les personnages, la saga voulait affiner quelque peu son propos, les capacités de ces personnages, leur force de caractère et ce qui provoque en eux une réaction identitaire.

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Car c’est bien de cela dont il s’agit de traiter, en filigrane. Woody, le jouet préféré d’Andy, aussi le plus vieux, qui a une valeur autant affective que financière et matérielle, qui fait partie d’un show vieux de plusieurs dizaines d’années, et qui est en passe d’être muséifié comme n’importe quel autre objet de valeur. C’est là tout son dilemme : après avoir été rattrapé par les nouvelles technologies incarnées par Buzz dans l’épisode précédent, après avoir vu sa résistance physique mise à mal en voyant son bras se déchirer, ne serait-il pas mieux, et surtout mieux traité, dans un musée, admiré de tous, empaillé pour de bon mais possesseur du statut d’éternel ? Ou faut-il qu’il continue à lutter pour son existence, sa vie, rappeler au monde qu’il a existé et existe toujours même si la mode est passée ? Autant d’interrogations judicieusement posées par le film, toujours de façon très touchante à cette échelle de jouets, qui viennent par leurs actions opposer leur libre-arbitre à l’arbitraire humain, ici représentée par l’irrespectueuse manie de collectionneur d’Al, incarnation d’une société qui voudrait un contrôle de plus en plus tentaculaire sur tout et sans avis préalable. C’est là un projet commun à tous les autres Disney/Pixar, cette communauté de la marge qui veut faire valoir autant de droits et d’aptitudes que les autoproclamés tout-puissants humains, dépendant d’une société de consommation où les produits cherchent à faire valoir leur utilité. A la faveur de cette histoire de sauvetage, c’est ici cette tendance à remiser toujours au placard ces modes d’hier pour faire place à celles d’aujourd’hui, qui est critiquée (Woody s’oppose au passéisme de Papy Pépite et ses projets de retraite anticipée), ainsi que la fâcheuse manie de tout collectionner compulsivement par orgueil et par appât du gain : Toy Story 2 cultive ce petit côté de l’absurde, où l’irréel (des jouets doués de qualités d’infiltration et qui se révoltent contre la fatalité de leur état de produit) dépasse et satirise un réel (les humains) finalement bien ridicule, une fois que les objets de ce ridicule les mettent face à leurs contradictions.

Toy Story 2 est donc une suite indispensable, un film aussi agréable que le précédent, et servant à la fois d’intermédiaire et de charnière dans une saga qui n’aura de cesse de mettre les jouets face aux caractéristiques inhérentes à leur condition. Demain, ce sera au tour d’une invitée, Amandine du site De l’autre côté de l’image, qui vous parlera d’un autre classique de la marginale condition : Monstres et Cie.