Indéboulonnable pilier de la CW, Supernatural vient de terminer sa onzième saison et se prépare déjà pour la suivante, le temps pour nous de faire le point sur l’évolution de la série et l’état de ses protagonistes.

Disons-le d’emblée, Supernatural bénéficie d’un solide capital-sympathie forgé au fil des années par quelques arcs narratifs particulièrement bien gérés, des épisodes épiques, un casting sans prise de tête, une mythologie riche et cohérente, une identité formelle simple et efficace et un équilibre savamment dosé entre profondeur et humour. C’est donc avec confiance que l’on se replonge à chaque nouvel épisode dans cet univers, impatient de voir ce qui nous a été réservé cette fois-ci.

Pourtant, plus on avance et plus la difficulté de se renouveler se révèle avec évidence. Et cette saison ne fait malheureusement pas exception, tant elle peine à camoufler un essoufflement sur tous les points qui ont longtemps fait le charme de la série. Le ton s’est fait bien plus sérieux, sans parvenir à lui donner plus de profondeur, ce qui a souligné, sur la fin, le caractère vain des épisodes dis « Stand Alone » qui jusqu’ici apportaient variété et dynamisme à l’ensemble.

supernatural

CW

A quelques exceptions près, le feuilletonant n’en a pour autant pas gagné en intérêt non plus. Le lien qui unit Dean et Amara reste inexploré, tout comme d’ailleurs la « famille » que constituent Chuck, Amara et Lucifer qui ne va pas plus loin que le côté gag de la thérapie pour les uns et le cliché gentillet pour les autres. Quant à Dean et Sam, leurs aventures, comme leur relation, semblent être sur pilotage automatique sans que rien n’indique un quelconque progrès.

Enfin, si l’arrivée de Dieu, après tant d’années d’absence, offre deux ou trois épisodes vraiment sympathiques, dans lesquels on retrouve le ton très libre que Supernatural a toujours adopté avec l’imagerie religieuse, et si la résolution littéralement par un « deus ex machina » de l’épisode 19 peut y trouver ainsi une justification originale, il ressort de cette saison la sensation que la plupart des arcs ont également fini par trouver des résolutions un peu faciles et tombées de nulle part, au point que la naïveté du dernier épisode peut faire penser à un final de Once Upon a Time.

Au bout du compte, si l’on excepte la mise en place des enjeux futurs, rien ne semble vraiment avoir bougé cette année. Chacun reprend sa place, Chuck précise bien qu’on ne le verra plus pendant un moment, ce qui nous prive du seul ajout important de la saison, aucun nouveau personnage n’étant apparu, et, Metatron mis à part, personne n’en ressort fondamentalement changé, alors que les échecs à répétition les avaient tous placés dans une situation plus désespérée que jamais.

supernatural-season-11 (1)

CW

Pour autant, tout n’était pas à jeter. L’épisode sur les amis imaginaires restera dans les annales comme typique du genre de délire que seule Supernatural est capable de nous offrir. Comme je l’ai dit plus haut, les épisodes 20 et 21 étaient à la fois drôles et intéressants sur la manière dont il est possible de représenter une figure aussi insaisissable que Dieu. La pirouette utilisée et l’idée de l’autobiographie étaient plutôt bien vues, savoureuses et signifiantes. Enfin, l’idée de faire incarner Lucifer dans Castiel permettait également un jeu d’acteur assez amusant.

Conscients du côté répétitif de la relation des deux frères, les scénaristes ont manifestement préféré laisser tomber le petit jeu du « qui sauve qui » et « qui en veut à qui de l’avoir sauvé (ou pas) », malgré un clin d’œil, destiné à en montrer le caractère absurde et cyclique, à l’épisode 17. Rien n’a cependant été apporté pour suppléer à ce pilier de la série, ce qui explique probablement en partie le manque de dynamisme de leurs interactions.

CW

CW

Malgré, donc, un bilan mitigé, c’est cependant avec plaisir et espoir que l’on pourra retrouver la suite des aventures des Winchester à la rentrée, en espérant qu’il s’agisse là d’une saison de transition destinée à repartir sur de meilleures bases. On ne peut, en tout cas, qu’être curieux de ce que les éléments apportés sur les dernières minutes pourront donner comme nouveaux enjeux.