Legends of Tomorrow est dérivé de Flash et Arrow, les deux égéries super-héroïques de la CW, qui se renforcera la saison prochaine avec l’arrivée de Supergirl, avec à la clé, un crossover entre les quatre séries mentionnées. Mais pour l’heure, place au bilan de ce nouveau modèle plutôt anthologique.

ATTENTION SPOILER SUR TOUTE LA SAISON DE LEGENDS OF TOMORROW. LECTURE A VOS RISQUES ET PERILS.

Legends of Tomorrow, pour rappel, raconte les tribulations spatio-temporelles de Rip Hunter, un Maître du Temps, qui a vu l’immortel Vandal Savage (dont on a découvert au cours d’un crossover Arrow/Flash qu’il restait immortel en tuant Hawkgirl et Hawkman) tuer sa femme et son enfant dans sa conquête du monde. Pour empêcher tout cela, il réunit sa propre petite Suicide Squad : les Rogue (Captain Cold et Heat Wave), Atom, Firestorm, et White Canary, en plus de Hawkgirl et Hawkman.

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16 épisodes. Legends of Tomorrow a réalisé la prouesse totale d’avoir fait durer sa poudre aux yeux pendant 16 épisodes. Et d’être renouvelée pour une saison 2. Au sortir du visionnage du final, outre la consternation face à des ficelles plus gênantes encore que la manière de draguer de Ray Palmer, demeure un sentiment d’interrogation : comment une telle série a pu se vautrer à ce point et faire passer cela pour quelque chose d’épique, de grandiose, de jamais vu ? Tout dans Legends of Tomorrow respire le renfermé, le déjà-vu, le classique, du méchant plus ou moins machiavélique vite inintéressant au tragique de situation lourdingue consistant à faire des personnages des anti-héros au coeur de héros (chose dont le dernier épisode ne se cache même plus quand Palmer se retrouve à faire copain-copain avec Mick Rory qui les avait pourtant trahis quelques épisodes avant) en passant par l’amourette à deux sous ridicule au possible (oui parce qu’il fallait bien un exutoire à Kendra qui venait de perdre son millénaire mari Carter, donc on a appelé le beau gosse neuneu, Palmer). Il fallait, sûrement, justifier l’agaçante rengaine de début d’épisode estampillée CW : « si nous réussissons, mes amis seront des légendes ». Mais si encore le problème n’était que là… Le pire est certainement qu’à grands coups de fonds verts, d’effets spéciaux cheap, et de scènes de combats qui deviennent fades tant elles se ressemblent toutes, Legends of Tomorrow a cru qu’elle proposait quelque chose de véritablement révolutionnaire, avec ses faibles moyens de petite production télévisuelle à l’heure des blockbusters du grand écran. Le trailer promettait en effet, sinon une véritable réflexion, du moins du spectaculaire à tous les étages, une plongée intense fusionnant paradoxes temporels et actions héroïques ; il n’en fut rien. Toute l’action dudit trailer se trouve ainsi… dans le pilote.

Au lieu de proposer quelque chose de vraiment transcendant, Legends of Tomorrow s’est complu dans le rabâchage permanent, qui a consisté au mieux en souillure gênante de procédés et figures historiques du cinéma d’hier et d’aujourd’hui, au pire en plagiat éhonté de grandes franchises à succès impliquant le voyage dans le temps. Ainsi la série a cru bon de devoir, pour un épisode sur le Far West, en plus de ressusciter Jonah Hex mort et enterré après un film raté, reprendre des codes inhérents à Retour vers le futur III, d’ajouter quelques ralentis et mélos ridicules (le fameux plan iconique des 7 mercenaires – le mot n’est pas utilisé au hasard…) marchant au ralenti au milieu d’un petit village, avec Ray Palmer qui s’est renommé John Wayne et est devenu shérif. Difficile ainsi de ne pas pouffer de rire, mais aussi de crier à la facilité absolue quand la série introduit HG Wells enfant, afin de dire « salut, les spectateurs qu’on prend pour des billes, on sait aussi placer nos figures historiques. Eh regardez, c’est HG Wells ! ». La série croit même bon de nous le rappeler dans le final quand Martin Stein joue au Trivial Pursuit avec sa femme, qui lui demande le surnom de HG Wells enfant, histoire de caricaturer un peu plus un Stein qui a joué ce qu’il a toujours joué depuis son introduction dans Flash : la caution cheveux blancs, qui ne comprend pas tout de son jeune acolyte, et dont la science est pulvérisée au profit de punchlines scientifiques qui feraient se retourner Einstein dans sa tombe (et cela aussi, la série ne s’en cache pas quand Ray Palmer lui dit : « allez-y, dites-le », et qu’il répond « fantastique » à un phénomène se déroulant devant lui). Mais le plus scandaleux est certainement la reprise sans commune mesure de tous les codes de la série Doctor Who, mère et matrice des histoires temporelles. Une partie de l’ADN même de la série y est : Rip Hunter (joué par Arthur Darvill, ex-compagnon du Docteur, comme quoi on peut enfermer un acteur dans son passé…) est un Maître du Temps (et pas un Seigneur du Temps, comme le Docteur, attention), il porte un long trench-coat à la David Tennant, assure le quota britannique dans la fine équipe, et a un vaisseau dont l’intérieur pourrait faire penser à une fusion entre le Faucon Millénium et le TARDIS. Cela sans compter tout le blabla que la série nous raconte tous les épisodes sur la nécessité de faire attention à bien respecter la ligne temporelle, règle sauvagement massacrée vingt secondes après quand Rip et ses compagnons finissent par servir leur propre intérêt. Et là encore, et ca va devenir une habitude : la série assume complètement ce plagiat en faisant dire à Rip que maintenant que Savage est mort et la mission terminée, il va pouvoir veiller sur la chronologie. Comme un certain Docteur…

@CW

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Legends of Tomorrow n’a jamais semblé vouloir sortir d’une logique contraignante et éculée d’un cahier des charges dégoulinant d’américanisme et de tragique bas de plafond. Jamais la série n’a utilisé son concept même, celui du voyage dans le temps, pour proposer une réflexion multicontextuelle et multicontextualisée, en témoigne l’épisode pendant la guerre froide qui tourne simplement au scénario de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, avec toutes les tares accentuées. Jamais la série n’a paru vouloir prendre des risques avec ses procédés, ou même avec ses personnages. Jax a pris une radiation qui le fait vieillir en accéléré ? Pas de problème, Stein le renvoie dans le temps, et tout s’arrange (et Stein ne souffre pas du tout de l’éloignement alors qu’il l’a annoncé deux minutes avant, bizarrement). Snart a dû s’auto-mutiler pour s’échapper ? Pas de souci, Rip avait prévu le coup, et son vaisseau peut lui refaire une main toute neuve ! Quant à la « mort » de Carter Hall, celui-ci était déjà peu digne d’intérêt, et était complètement effacé derrière Kendra (qui a d’ailleurs très bien su rebondir, pas vrai Ray ?), sans compter le fait qu’il puisse être vivant grâce à sa capacité de résurrection à travers les époques (ce que la série ne s’est pas privée de faire en nous vendant cela comme un plot twist d’envergure) ; cela ne compte donc pas vraiment, et deux épisodes plus tard, on avait oublié son existence. Les scénaristes se sont servis de cela pour « approfondir » la personnalité de Kendra (si approfondir signifie se plaindre, rappeler tous les épisodes que son mari est mort tout en se fiançant, – misère…- avec le beau gosse du groupe…), croyant peut-être en faire un enjeu dramatique mais ne réussissant qu’à l’établir en modèle cliché de demoiselle en détresse objet de convoitise (une compétition entre Jax et Ray, sérieux ?), et ce faisant, à rendre Kendra encore plus insupportable qu’elle ne l’était déjà (sans oublier le surjeu permanent de Ciara Renée). Le pire est sûrement qu’avec cette double relation mentale et physique presque malsaine qu’entretient Kendra avec Carter et Ray et qui pollue totalement le déroulement des événements (et en plus Kendra est liée à Savage, ce qui fait qu’on en a double dose…), les scénaristes ont vraiment cru nous surprendre avec cette histoire d’amour réchauffée dont le dénouement était couru d’avance (« Ray, je sais, tu croyais que j’avais fait des efforts, j’avais même accepté de me marier avec toi, mais ca reste Carter mon mari comme je l’ai répété tous les trois épisodes, mais je t’ai berné au moins dix fois pour faire durer le plaisir »). A croire que Legends of Tomorrow nous prend vraiment pour des idiots.

Rattrapée par les tenants inhérents à toute bonne série de super-héros qui ne se respecte pas, la série se loupe lamentablement en conservant en permanence le même schéma dans les épisodes, consistant à globalement bordéliser les époques visitées, avant de se rattraper avec un bon combat, blesser gravement Savage qui fuit façon Docteur Gang, puis un sympathique happy ending où tout le monde s’aime alors que tout le monde se détestait auparavant. Cela arrive surtout quand Mick Rory devient mercenaire pour les Maîtres du Temps : vendu comme l’électron libre du groupe, caricature de lui-même (de la voix sursursursurfaite de Dominic Purcell aux vannes graveleuses du final), Heat Wave semble se découvrir tous les épisodes un bon fond parce que finalement, il aime bien les quelques tocards qui l’entourent, donc bon, mea culpa, et en deux épisodes, Rory est redevenu des leurs. Sûrement, là aussi, pour approfondir un personnage dont le relief est aussi superficiel que la boîte crânienne. La série persiste et signe d’ailleurs quand Rory se trouve un coeur pour aller voir une version passée d’un Snart qui avait voulu le tuer dix épisodes avant et qui s’est finalement sacrifié au terme d’une grotesque scène où tour à tour Palmer, Rory et Snart ont dit « non, c’est moi qui me sacrifie », avant que Snart, qui a trouvé l’occasion d’avoir un baiser langoureux de Sara Lance, ne meure dans l’explosion, histoire de remplir la case « personnage de l’équipe décédé tragiquement (mais qu’on fera revenir si possible) ».

@CW

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Legends of Tomorrow regorge d’exemples comme ceux-ci, montrant que non content d’avoir oublié de se forger une identité, elle a aussi repris et accentué tous les défauts gênants et handicapants de Flash et Arrow (personnages féminins agaçants, tragique trop appuyé, clichés, peu de réflexion et de profondeur…), pour un public déjà habitué à ces séries-là et qui se sent donc un peu floué face à une série qui ne va jamais plus loin qu’un esprit de synthèse sans envergure et surtout sans idées. Tout ce que Legends of Tomorrow fait, elle le défait dans la foulée, posant des bases détruites immédiatement après : la fille de Vandal Savage (…) jure qu’elle est aussi psychopathe que son père ? Une petite vidéo temporelle et c’est fini ! La série en a ras-le-bol de faire courir ses personnages dans le temps après Vandal Savage ? Très bien, grosse surprise : les Maîtres du Temps sont en fait les grands méchants ! Ca ne s’était pas vu du tout avec l’envoi tour à tour de leur mercenaire la plus sanglante mais en fait pas trop (la Pélerine, qui se fait tuer misérablement par un coup de couteau de Rip version jeune), le lavage de cerveau pour faire de Rory un chasseur temporel, la venue d’un Maître du Temps pour tenter de convaincre Rip d’arrêter sa mission… Et la série continue de croire sérieusement à un génie scénaristique ! Legends of Tomorrow, très vite, se pare alors d’un aspect nanardesque assez impressionnant, avec ses décors visibles, ses effets spéciaux peu amènes, ses acteurs en roue libre (on en vient parfois à se demander si ce n’est pas le niveau de la série qui épuise Arthur Darvill, coincé dans ses habits de personnage plagié), ses histoires qui n’ont rien à envier à Batman 66… Et finalement, Legends of Tomorrow se retrouve être à la télé ce que la Ligue des Gentlemen Extraordinaires est au cinéma : un plaisir coupable.

C’est donc un spectaculaire raté doublé d’une publicité mensongère (à ce propos, où est Flash, qui semblait promis dans les trailers) que nous offre la CW avec Legends of Tomorrow. Mais il faut croire que ca n’a pas suffi, puisque la série a été renouvelée, et introduira même la Justice Society of America, le tout sans le couple Hawk (et heureusement, la matière manquait déjà depuis longtemps), sans Leonard Snart (mais pour combien de temps ?) et avec un petit nouveau, Hourman. Matière à rire un peu plus… ou à pleurer ?