Hier soir avait lieu la remise des prix du Festival de Cannes, après une dizaine de jours de compétition. Et c’est Ken Loach qui a remporté la mise

Un palmarès assez inattendu pour nombre de critiques, qui étaient nombreuses à avoir pronostiqué un tout autre palmarès. A l’exception du nouveau film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, personne n’avait vu venir une deuxième Palme d’Or pour Ken Loach, 79 ans ; ou même un doublé Meilleur scénario / Interprétation masculine pour Le Client, d’Asghar Farhadi. En somme, une nouvelle cérémonie classique, au Festival de Cannes, où les journalistes s’enthousiasment pour des films qui les transportent, mais se retrouvent bien vite déçus par le manque d’audace et de folie du Festival de Cannes, qui si, comme l’a justement rappelé Cristian Mungiu, est un refuge du film d’auteur, n’ose jamais véritablement récompenser des oeuvres qui brusquent quelque peu les habitudes de chacun. C’est ainsi que Ken Loach et son film aux atours quelque peu larmoyants sur l’administration britannique l’emportent sur la folie dark et volontairement provocatrice d’un Nicolas Winding Refn, ou le thriller sur fond d’érotisme de Paul Verhoeven, Elle. Tout juste la témérité a-t-elle été récompensée par le Grand Prix pour Juste la Fin du Monde et son choix de ne faire que des gros plans. Mais un phénomène tend à se concrétiser un peu plus : avec l’arrivée de Pierre Lescure, ex de Canal+ à la tête du Festival de Cannes, c’est aussi le strass et les paillettes qui s’en sont vues accentués, le tout, afin de se garder une identité, en se gardant bien de remettre la Palme à des réalisateurs trop clinquants (est-ce que Ken Loach compte encore, à son âge, et alors que son film n’a pas suscité un enthousiasme unanime ?) pour préserver cette universalité toujours promue. Les prix ont même une petite tendance politique, avec une récompense pour Asghar Farhadi et sa représentation, aussi juste soit-elle, des tares de la société iranienne, à l’heure où le pays est persona non grata dans le gratin mondial ; ou bien le film très « attaque contre le système » de Ken Loach ; ou encore le prix d’interprétation fémine pour la Philippine Jaclyn Jose, qui pourra ainsi accéder à un peu de médiatisation, mais sans que le critère de l’interprétation ne soit franchement prix en compte ; ou même, récompenser Xavier Dolan, qui en est à deux prix et une participation au jury en trois ans, alors que cette année son film a divisé, qui conduisent à se demander si lui offrir les lumières n’est pas la nouvelle hype du moment… Et paradoxalement, ne serait-ce qu’en prenant la sélection, ce sont pourtant de grands noms qui sont en compétition : Loach, Jarmusch, Dolan, Winding Refn, Verhoeven, Assayas, Farhadi… Cela se voit aussi dans le jury, avec la présence de noms tels que Vanessa Paradis (dont la fille jouait dans un film sélectionné dans Un Certain Regard), Laszlo Nemes (qui s’est révélé au monde l’an passé et se retrouve dans le jury l’année suivante, cherchez l’erreur), Kirsten Dunst, Arnaud Desplechin, Valeria Golino, Donald Sutherland, le tout avec un président du jury, George Miller, dont tout le monde s’est soudain souvenu grâce à la sortie de Mad Max Fury Road, mais qui n’a jamais été vraiment connu pour autre chose que pour sa saga. Ce mélange entre esprit d’exacerbation et repli sur ses valeurs devient véritablement étrange. Cerise sur le gâteau : Laurent Laffite en plein one-man show avec une blague douteuse à l’ouverture et un montage de lui dans les plus grandes oeuvres du cinéma en fermeture, si loin de la classe de Lambert Wilson l’an passé. Oui, le Festival de Cannes est devenu people, mais tâche de ne pas trop le montrer. Il serait temps de s’interroger sur le permanent écart de regards interne/externe

– La Palme d’or: Ken Loach pour Moi, Daniel Blake

– Le Grand prix du Jury: Xavier Dolan pour Juste la fin du monde

– Le Prix de la mise en scène: Olivier Assayas pour Personal Shopper et Cristian Mungiu pour Baccalauréat

– Le Prix du jury: Andrea Arnold pour American Honey

– Le Prix d’interprétation féminine: Jaclyn Jose pour Ma’Rosa

– Le Prix d’interprétation masculine: Shahab Hosseini pour Le Client

– Le Prix du meilleur scénario: Asghar Farhadi pour Le Client

– La Caméra d’or: Houda Benyamina pour Divines

– La Palme d’or du court-métrage: Juanjo Gimenez pour Timecode