Avec sa cinquième et avant-dernière saison, Girls a démontré cette année toute la virtuosité d’écriture dont elle était capable, en tirant les fils des existences de chacun de ses personnages avec finesse et poésie, mais toujours sans concession.

Alors que nous avions vu chaque personnage se dessiner un peu plus précisément un chemin de vie, professionnel et/ou amoureux, nous les retrouvons pour un premier épisode grandiose à l’occasion du mariage de Marnie et Desi. Les heures qui précèdent cet évènement fournissent, en effet, tous les ingrédients d’un huis-clos savoureux où s’expriment la singularité de chacune de leurs voix, autant que les dynamiques qui régissent leurs interactions.

Or, d’interaction il est de moins en moins question dans le reste de cette saison qui disperse et sépare de plus en plus son noyau pour consacrer beaucoup plus de temps aux trajectoires individuelles. Les choses sérieuses et les grandes décisions sont de rigueur. Chacun voit ses choix confrontés aux réalités du quotidien et ses perspectives aux ambitions et espoirs qui l’habitaient il y a quelques temps encore.

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C’est l’année de la remise en question, cruelle et sans phare. Toujours aussi égocentré, chacun prend peu à peu conscience de la place réelle qu’il occupe dans la vie des autres et de sa responsabilité dans la construction de son avenir. Pour autant, cet éloignement des personnages ne signifie pas forcément l’absence d’influence, que du contraire. Ainsi, alors que chacune des filles semble mener sa barque sans se préoccuper des autres, à l’image de Shoshanna dans sa bulle japonaise, la trame portée par Jessa et Adam démontre combien, même et peut-être surtout dans l’absence, la voix des autres continue à se faire entendre, au point de ne leur autoriser aucun repos.

Toujours tiraillés entre le besoin d’être le centre de toutes les attentions et la prise de conscience que les autres sont finalement animés du même besoin auquel ils peinent eux-mêmes à répondre, cet arc narratif offre à chacun l’occasion de dépasser progressivement cette angoisse.

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Ainsi, Hannah, délaissée et trahie, observe impuissante le spectacle de la vie de deux de ses plus proches amis se poursuivre malgré elle, et pourtant ne jamais pouvoir totalement la supprimer de l’équation. Plus isolée que jamais de ceux qui la connaissaient et supportaient son originalité, elle ne peut plus compter que sur elle-même pour trouver sa voie, celle où elle se sentira reconnue. Elle tire donc un trait sur le travail et la relation un peu trop sages et conformes, dans lesquels elle s’était engagée comme une sale gosse, bien décidée à imposer sa personnalité mais qui avaient fini par faire d’elle une caricature sujette à d’inévitables mais incessantes remontrances.

De leur côté, Ray et Shoshanna semblent se diluer de plus en plus dans leurs milieux respectifs, l’un par sa résistance au changement et l’autre en s’y pliant toute entière, et ce n’est finalement que leur réunion et collaboration qui leur permettent enfin de retrouver la possibilité d’exprimer leur droit à exister, et à occuper une place dans la ville.

Longtemps guidée par son besoin d’être désirée, Marnie trouve son émancipation en prenant conscience du caractère étouffant de ce type de relation. Prenant enfin en main les rênes de sa propre vie après les ultimes illusions d’une nuit révélatrice avec Charlie, elle parvient non seulement à exprimer son indépendance mais aussi à identifier ses propres désirs.

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Tous ces parcours, offrant à cette saison d’excellents épisodes, à la fois plus précis et plus amples, très justes et souvent très drôles, démontrent finalement combien sous ces personnalités différentes s’expriment une problématique et un rapport au monde communs. Les personnages se révèlent plus proches que jamais dans ces moments plus isolés et chacun expérimente à sa façon le lien qui unit son destin à celui des autres au-delà de tout ce qui les sépare, au-delà même leur volonté parfois de couper les ponts, de larguer les amarres.