Men & Chicken est le nouvel OVNI d’Anders Thomas Jensen, qui nous propose un film qui sort de nulle part, à la fois cocasse, touchant et affreusement dérangeant, dans les salles le 25 mai.

Emmené par un Madds Mikkelsen méconnaissable qu’on avait hâte de découvrir dans des rôles plus décalés, Men & Chicken a eu au Danemark un succès public inattendu. Quant à la critique française, son avis est pour le moment unanime. Ce qui m’a le plus frappée, c’est qu’il est impossible de s’en faire un avis clair et assuré. Le film perturbe tout du long, on est sans arrêt étonné, choqué, et on ne cesse à chaque scène de se demander ce qu’il peut encore arriver de pire…

Men-Chicken-afficheGabriel et Elias viennent de perdre leur père. Ce dernier leur a laissé une vidéo dans laquelle il leur annonce qu’il n’est pas leur père biologique. En réalité, ils sont demi-frères, fils d’Evelio Thanatos, un généticien qui vit sur une île au large du Danemark. Gabriel est ravi : son père est en réalité un génie et il a hâte de le rencontrer. Sans hésiter, lui et Elias s’embarquent dans cette aventure initiatique prometteuse. Sur place, ils font la rencontre de leurs trois autres frères, tous aussi tarés les uns que les autres mais dans un genre bien différent. Elias, qui est bien atteint lui-même, se sent immédiatement proche d’eux. Tandis que Gabriel, halluciné et plus méfiant, cherche à voir enfin son père, que l’on dit malade et retranché dans sa chambre… Il accepte de patienter quelques jours pour qu’il se repose, avant de rencontrer ses deux derniers fils. Le mystère plane autour de ce père qui passe ses nuits à siffloter à l’étage. Gabriel est d’avance fasciné par les recherches que le généticien a menées toute sa vie, dont les traces seraient cachées dans la cave…

Difficile d’avoir une opinion sur ce film qui ne cesse pas une seconde de surprendre. A part Gabriel, qui se présente comme le référent spectateur de par sa folie limitée, les quatre autres sont absolument flippants, chacun dans leur genre. Mise à part une particularité physique commune, ils ne peuvent pas se renier du point de vue du caractère et de certains réflexes du type se taper dessus à coup de chaudron et d’animal empaillé. Lors de cette colonie de vacances improvisée, qui a lieu dans l’immense maison familiale, ils se découvrent rapidement pas mal de points communs : des prétextes pour se disputer violemment, une passion pour les animaux, une manière personnelle de pratiquer le sport… Gabriel, immobilisé par les coups de poêle à frire et autres qu’il a pu recevoir, trépigne de ne pas pouvoir rencontrer son père et découvrir son travail de recherche. Le moins que l’on puisse, c’est qu’il ne sera pas déçu…

« On ne choisit pas sa famille », précise l’affiche de Men & Chicken. Mais le film dit bien plus que ça. Au-delà d’une comédie familiale complètement déjantée, il s’agit d’une sorte de conte philosophique sur l’appartenance génétique, la part animale de l’homme, et la fatalité. A la seconde où ils se rencontrent, les frères Thanatos, qui passent de trois et deux, à cinq, ne peuvent plus imaginer leur vie les uns sans les autres. Men & Chicken a cela de perturbant qu’il semble dire qu’il vaut mieux être ensemble quand on est de la même famille, quel que soit le cocktail détonant et dangereux pour les autres, que cela représente. Et à la rigueur, pourquoi pas perpétuer l’espèce même la plus perverse et la plus marginale. Le plus important sont la descendance et les liens du sang, même les plus malsains… La morale de fin dérange, comme tout le reste du film. Le second degré est omniprésent mais j’ai eu beaucoup de mal à tout trouver drôle. J’ai préféré les scène cocasses et le développement de la complicité entre frères, aussi bizarre soit-elle. On a tout du long très peur de ce que l’on va découvrir au sujet du père. La fin, même attendue, ne déçoit pas dans le malsain et l’hallucinant.

Men-and-Chicken-img

J’ai particulièrement apprécié le côté conte de Men & Chicken, qui permet de prendre de la distance avec ce qui nous est proposé. Cela rappelle, pour les initiés, le Post-Modern Prometheus d’X-Files et apporte un peu de tendresse à l’ensemble. La musique et la mise en scène très visuelle, y participent également. Le fait que l’action se déroule sur une île et l' »importance » des animaux fait également penser à L’Île du Docteur Moreau

Je serais bien embêtée pour conseiller ou non d’aller voir Men & Chicken. Ce n’est sûrement pas un film que je reverrais, étant donné que je me suis sentie mal tout du long. J’ai ri, je ne dirais pas le contraire, grâce aux moments cocasses et aux situations absurdes. Par essence, le rire est provoqué par une situation qui nous surprend et que l’on ne comprend pas. Men & Chicken permet de revenir à cette définition première de cette émotion et propose, on ne pourra pas lui enlever, le résultat d’un travail scénaristique et artistique très intéressant. Men & Chicken n’a pas peur de prendre des risques, quitte à proposer une morale plutôt limite qui laisse perplexe.