Ne jurant habituellement que par le cinéma d’animation indépendant (ou au moins un peu créatif comme chez Dreamworks), votre serviteur s’est autorisé une petite virée dans les méandres commerciales de chez Rovio Animation de par le visionnage du film Angry Birds, adapté comme vous le savez du jeu de smartphone aux moult billets verts. Alors, tentative commerciale vulgaire de relancer un peu plus une machine qui fonctionne encore très bien ou génial dépassement créatif comme avait pu l’être Lego Movie ?

Red est un oiseau colérique, il est le premier des Angry Birds. Mais il l’est trop. Ses gros sourcils noirs et son mauvais caractère ne se fondent pas dans la paisible demeure des oiseaux. Quand les cochons arrivent sur l’île, il ne tarde pas à s’inquiéter de leur bonne volonté apparente. Avec raison…

On ne donnait pas cher de la qualité du projet de Rovio et on est assez surpris du résultat au final. Clairement pas un simple commercial sans âme ni vraiment un génialissime délire de création, Angry Birds a clairement enfilé les deux casquettes, et ressort de ce film hybride un produit commercial jusqu’au bout des ongles avec de fréquentes et géniales saillies humoristiques. Oui, il est clair que le film réalisé par Clay Kaytis et Fergal Reilly n’a pour ambition que de faire perdurer les ventes du jeu du même nom, et de ramasser un peu de monnaie en produits dérivés au passage. Cela se voit, et crève même les yeux quand on se penche sur la structure balbutiante du film : après une introduction interminable des personnages sous forme de sketches plus ou moins bien raccordés, le film commence enfin… quand la baston en elle même, cochons contre oiseaux, commence, de sorte que le gros intéressant du film constitue grosso modo ce qui fait le principe du jeu à la base ! Ajoutons à cela une intrigue linéaire et ultra simpliste, une tendance à l’apparition dans l’intrigue d’items ou de personnages salvateurs pour aider les zoziaux, une colorisation à outrance et un appel évident à un second volet en fin de film, tout est bon pour nous faire avaler la soupe et donner envie de rejouer au jeu ! D’un point de vue marketing, le film fonctionne, c’est le moins qu’on puisse dire.

Angry Birds

Les sourcils de Red sont loin de faire l’unanimité

Et, très étrangement, la qualité du film, en excluant une intrigue linéaire qui fait appel à suffisamment de grosses ficelles pour qu’on ait envie de remplacer le scénariste (rien que le passage où les cochons décident de manger les oeufs plus tard … le temps de laisser aux oiseaux la possibilité d’arriver juste à temps?), ne pâtit que très peu de ce cahier des charges obligatoire, on dira même qu’il sait en user. Finalement, Angry Birds est un moyen de vérifier une vérité qu’on oublie trop souvent en tant que critique de cinéma : une velléité commerciale n’est pas, en soi, un défaut cinématographique. On entend trop souvent dire le contraire en période d’Oscars ou de récompenses diverses, on a envie d’y répondre qu’un bon film l’est surtout en lui-même, peu importe sa volonté de base. Un film commercial de base, comme un nouveau Rocky ou un nouveau Mad Max, ne mérite pas moins sur le papier qu’un indépendant comme Spotlight d’être adoubé ! Bien sûr, le combat de qualité donne souvent à l’indépendant la victoire puisqu’un film commercial sait assez rarement se dépatouiller correctement et tirer des qualités créatives de son cahier des charges, mais il n’empêche que tous projets devraient être également considérés ! Et cela est d’autant plus dommage quand des projets comme Angry Birds se montrent capable de dépasser cet état de fait.

Revenons donc à nos oiseaux. C’est heureux vu le genre même du film, mais on reconnait volontiers à Angry Birds un surprenant sens de l’humour. Peu cynique ou désabusé comme le sont beaucoup de blockbusters du même genre, le film ne tourne que rarement en dérision son matériau de base et choisit de manière assez ambitieuse et très efficace de se pencher plutôt sur les cultes de la pop culture de ces dernières années, voir de la culture tout court. Comme cela avait pu être le cas devant Astérix au service secret de sa Majesté quand celui-ci parodiait 300 au détour d’une scène, on se délecte de voir en pagaille Shining, 50 Nuances de Grey ou même le remake de Piranha cités dans le film, au moments les plus inattendus. C’est moins dans sa vision globale que dans le détail qu’Angry Birds réussit son coup créativement parlant, de par une gestion efficace de l’absurde, qui très étonnamment comme on le disait ne vient pas du concept de base mais bien d’une vision du réalisateur, beaucoup de gags du film fonctionnent parce qu’ils sont inattendus et pas par référence à l’oeuvre de base, dont la réadaptation pouvait, certes, être faite avec plus de libertés que quelque chose de vraiment « écrit ».

Angry BIrds

La scène la plus drôle du film !

Fondamentalement, Angry Birds est aussi réussi dans la caractérisation de ses personnages. Omar Sy donne de la voix et beaucoup de motivation à Red, oiseau rouge leader de la série de jeu, figure assez classique de looser un peu pathétique que tout le monde aimera bien à la fin quand il aura fait ses preuves, mais doté d’un sens absolu de la punchline, aux nombreuses lignes cyniques et désabusées permettant une identification, ou au moins un attachement, quasi immédiat et efficace, rendant agréable cette heure et demie passée avec le personnage. Le film témoigne également d’une bonne gestion de ses personnages secondaires, certaine lignes de l’oiseau jaune Chuck sont un peu douteuses mais sa personnalité loufoque et hyperactive rattrape le tout, accompagné d’un Bomb en gros nounours à plumes très attachant. Seul le personnage interprété par Audrey Lamy semble en retrait, insupportable au possible d’hystérie (on ne dira pas misogyne mais on a le droit de le penser), on s’étonne qu’une actrice aussi impliquée dans la promotion du film soit finalement à ce point en retrait. Au delà du fond des personnages, leur forme est réussie aussi, la 3D pouvait inquiéter mais le résultat est assez somptueux, très détaillé que ce soit au niveau des décors ou des plumes et des actions, Angry Birds est hystérique mais il n’est en aucun cas désagréable à l’oeil, ni à l’oreille vu la bande son 5 étoiles du flm.

Le film ne fera sans doute pas grand bruits dans nos frontières, mais on peu lui reconnaître une concrétisation assez réussie d’une idée très casse-gueule au départ. Agréable de tous poins de vue, le film est réjouissant et réussit sa mission marketing. C’est déjà beaucoup demander d’un tel projet, même si on est encore loin du délire total et génialement créatif qu’était Lego Movie.

AMD