La série Penny Dreadful créée par John Logan revient ce 1er mai pour une troisième saison qui s’annonce dense et riche au vu de ce premier épisode subtilement narré. Spoilers alert : cet article contient des informations capitales sur ce nouvel épisode et les saisons précédentes !!!

Intitulé Le Jour où Tennyson est décédé, ce Season Premiere se révèle passionnant de bout en bout et nous conforte dans l’idée que cette saison 3 promet de belles choses. Nous avions beaucoup apprécié les saisons précédentes qui comportaient des épisodes convaincants où toutes les intrigues étaient bien exploitées et qui ont permis de nous mettre en condition pour ce qui est sur le point d’arriver. Rappelez-vous, le dernier épisode de la saison 2 s’achevait sur l’éclatement de notre groupe de personnages que nous avions pour habitude de voir réunis – chacun dans une situation plus ou moins inquiétante : notre chère Vanessa Ives (Eva Green) se retrouvait plus seule que jamais à l’image de son allié Victor Frankenstein (Harry Treadaway) impuissant devant l’horreur qu’il a créé, Lily (Billie Piper). Cette dernière, consciente de sa force, se ralliait au mystérieux Dorian Gray (Reeve Carney), personnage le plus effacé et certainement le moins exploité. John Clare (Rory Kinnear), superbe créature de Frankenstein, « le plus humain de tous les hommes » comme dirait Vanessa, s’en allait vers de nouveaux horizons dans une quête de solitude, de même que Sir Malcolm (Timothy Dalton) rejoignait l’Afrique pour y enterrer son regretté serviteur, Sembene (Danny Sapani). Enfin, Ethan – Lupus Dei – Chandler (Josh Hartnett) se rendait aux autorités dans un geste libérateur mais se retrouvait enchaîné sur un bateau en direction du Far West.

Penny Dreadful

© Showtime

Ce premier épisode de la saison 3 se déroule plusieurs semaines après le dernier de la saison 2, le 06 octobre 1892 précisément, le jour où le célèbre poète Britannique, Lord Alfred Tennyson, est décédé. Un titre qui est loin d’être anodin puisque certains de ses vers font subtilement écho à nos personnages. La première séquence est une conversation entre Vanessa Ives et Ferdinant Lyle – personnage agréable qui apporte légèreté et humour – (Simon Russell Beale) qui la rassure avec ces mots « Il est préférable d’avoir aimé et perdu, plutôt que de n’avoir jamais aimé du tout« . En effet depuis le début de la série, nos personnages vacillent constamment entre espoir et désespoir où chacun d’entre eux souhaiterait aimer et être aimé pour ce qu’il est. Ils ont essayé et ont fini par chuter. Cependant, l’espoir subsiste dans ce premier épisode et nous, spectateurs, souhaitons espérer avec eux ; pourtant nous savons pertinemment que cette nouvelle saison ne présage rien de bon.

Un retour sur les écrans fascinant qui contextualise comme il se doit chaque situation dans laquelle les protagonistes se trouve, autrement dit, là où nous les avions laissé – à l’exception du couple destructeur et macabre Lily / Dorian qui n’apparaît pas dans cet épisode. Réalisé par Damon Thomas et écrit par John Logan, nous retrouvons l’atmosphère et l’esthétique propres à la série, une ambiance glauque, sale et une photographie aux couleurs ternes. Elle surprend toujours autant par sa qualité à représenter l’Angleterre du 19ème siècle – les décors et les costumes de l’époque Victorienne. L’épisode nous dévoile juste ce qu’il faut pour nous intriguer et nous donner l’eau à la bouche ; Penny Dreadful a toujours su gérer admirablement ses différentes intrigues, ce qui permet une cohérence totale où les interactions entre les personnages sont savoureuses. Évidemment, le sinistre ambiant et le fantastique font partie des atouts majeurs du programme qui nous a toujours proposé des séquences angoissantes et horrifiques au fil des épisodes. Ici, la violence est présente mais plus sous-jacente que d’ordinaire, ce qui nous prépare au pire pour les épisodes à venir.

Penny Dreadful

© Showtime

Ainsi, nous replongeons sans peine dans les méandres de Londres mais aussi d’Afrique et d’Amérique où les personnages vivent chacun un tournant dans leur histoire. Vanessa, au plus mal, va progressivement se tourner vers l’espoir en acceptant de rencontrer le Docteur Seward (Patti LuPone déjà vue dans la saison 2, si si cherchez bien, revient pour notre plus grand plaisir). Ethan, toujours traqué par la sorcière Hecate Poole (Sarah Greene), est détenu par les forces de l’ordre Britanniques au cœur du désert du Nouveau-Mexique  avant d’être sauvé / kidnappé par des hommes de son père. Cela annonce l’arrivée d’un nouveau personnage fatidique, Jared Talbot le père d’Ethan (interprété par le génial Brian Cox, on a hâte). Ce nouveau décor lumineux et aride, avec celui d’Afrique, apporte une véritable touche de fraîcheur et crée un contraste avec l’Angleterre lugubre. Sir Malcolm de son côté risque d’être prochainement réuni avec Ethan puisqu’il fait la rencontre d’un nouvel arrivant, Kaetenay (Wes Studi), qui a le mérite de susciter des interrogations. De son côté, Victor Frankenstein est mal en point : isolé et meurtri par ses erreurs. Il va cependant se tourner vers l’espoir lui aussi et tenter de se racheter, à l’instar de sa création, John Clare qui apparaît brièvement dans une séquence qui ne sert que de justification à son retour prochain « chez lui ».

Intelligemment, l’espoir et le désespoir sont incarnés ici par deux nouvelles figures majeures de la Littérature Britannique, longuement attendues dans Penny Dreadul, et dont nous sommes ravis ainsi que de nouveaux personnages. L’espoir est incarné au travers du Docteur Seward pour Vanessa, Kaetenay pour Sir Malcolm et Ethan mais surtout l’arrivée d’une aide précieuse pour Victor Frankenstein : le Docteur Jekyll, interprété par Shazad Latif qui promet une alliance des plus réjouissantes entre ces deux amis de longue date. Le désespoir, comme depuis le début de la série, prend la forme du mal absolu. Une entité connue de tous : celle qui croupit dans le noir, irreprésentable, celle qui depuis deux saisons tourmente les personnages. Nous suspections – à vrai dire, non, nous le savions – depuis le début que le mal suprême ne pouvait être que lui. Le suceur de sang le plus connu de la Littérature fait sa première vraie / fausse apparition et c’est Renfield qui va être content.

Penny Dreadful

© Showtime

Si la majorité de l’épisode se concentrait sur l’absence de fantastique – événement très inhabituel dans Penny Dreadfulcette dernière séquence si bien amenée souligne un véritable retour en force. Ce premier épisode nous promet des réunions intéressantes entre les différents personnages qui se trouvaient dès lors divisés. Une nouvelle saison qui s’annonce très bien s’ils parviennent à garder cette constance et cette intensité dans tous les épisodes de la saison 3. La série doit beaucoup à son esthétique stylisée et ses interprétations magistrales – avec un beau casting qui s’agrandit. Elle est plus forte de son succès et on souhaite que cela continue puisque comme nous le savons : le menace n’est jamais loin.