La saison 1 de la série dérivée de The Walking Dead avait laissé beaucoup de spectateurs songeurs, créant une petite division entre eux.

Fear The Walking Dead partageait les spectateurs en deux camps : d’une part, ceux qui avaient apprécié cette mise en place de l’intrigue qui suivait le destin de 3 familles dont 2 recomposées, portée par un tempo lent certes, mais ponctuée par des fulgurances efficaces et des cliffhangers à chaque fin d’épisode. D’autre part, ceux qui avaient été déçus par le fait que les morts vivants restent trop discrets à leur goût et qui espéraient assister à plus de visions dantesques (et surtout plus – beaucoup plus – de morts).

J’inciterai une fois de plus cette dernière catégorie des impatients déçus à se tourner plus vers le cinéma pour satisfaire leur plaisir immédiat que vers une série quelle qu’elle soit. Parce qu’une série prendra toujours le temps d’installer (et donc ralentira le rythme) afin de permettre une satisfaction ultérieure plus forte.
Pour simplifier, je dirai que l’arc de 6 épisodes de la première saison de Fear The Walking Dead (FTWD) ne constitue seulement que le premier quart d’heure d’un film classique et se doit d’être jugé comme tel.

fear the walking dead saison 2

Alors que la saison 2 vient de reprendre, il m’apparaît intéressant de remotiver les troupes et surtout les sceptiques qui hésitent encore à embarquer dans cette suite, en leur donnant 5 bonnes raisons de s’y remettre.

1/Fear The Walking Dead n’est pas que la petite sœur préquelle de The Walking Dead. Elle est bien plus que ça.

En n’étant pas directement adapté d’un comics, sa marge de manoeuvre et d’effet de surprise est beaucoup plus ample que pour la série mère. Pour le coup, le spectateur ne peut vraiment pas s’attendre à quoi que ce soit, tant sur l’évolution des personnages et de leur destin que sur la progression de l’intrigue et de son but. Aussi, certains terrains inexplorés par The Walking Dead vont pouvoir l’être dans FTWD. Avec notamment cette première perspective immédiate de l’océan. Combien de temps vont-ils passer sur leur bateau ? Vont-ils croiser des navires et entamer une bataille navale avec eux ? Vont-ils se faire attaquer par des pirates zombies ? Ou vont-ils tout simplement atterrir sur une île ? La nouveauté ainsi qu’une certaine fraicheur dans le traitement des zombies devraient être donc bien présentes dans cette saison 2 de FTWD.

 

2/Victor Strand

L’arrivée de ce personnage en fin de saison de FTWD a clairement fait l’unanimité. Mystérieux, intelligent, charismatique et possédant une forte répartie, son entrée en scène a permis de manière évidente d’insuffler l’énergie supplémentaire dont la série avait besoin. Intrigant à souhait, la saison 2 lui accordera peut-être un épisode flashback pour mieux nous aider à comprendre ses motivations et à en savoir plus notamment sur cette fameuse Abigail, qui représente sans doute bien plus qu’un bateau pour lui. L’on pourra ajouter qu’il a mentionné qu’il savait avant tout le monde ce qui se préparait. Encore un autre moyen pour la série d’explorer une piste inédite.

fear the walking dead saison 2

3/Travis Manawa va-t-il progressivement muter en Rick ?

S’il n’a pas encore le charisme de l’anti-héros de The Walking Dead, ce professeur intègre et idéaliste a déjà franchi un pas dans cette évolution en passant à tabac un jeune militaire qu’il avait libéré plus tôt permettant à ce dernier de blesser une jeune fille par la suite. La culpabilité que Travis ressentira n’aura d’égal que la force de ses coups contre ce jeune soldat. La dernière scène de la saison confirmera par ailleurs la capacité de Travis à prendre de graves décisions. Quelle direction va prendre ce personnage ? Va-t-il lutter contre cette tentation de survivre par tous les moyens ? Ou va-t-il s’acheter une batte ? Sa capacité à s’adapter à ce nouvel ordre mondial sera déterminante pour lui comme pour la série.

fear the walking dead saison 2

4/Daniel Salazar

Il fallait bien au moins un personnage ambigu dans cette série. Le genre qu’on aime détester ou qu’on déteste aimer, selon l’humeur. Le genre à se salir les mains sans aucun état d’âme pour la bonne cause. En l’espace de 6 épisodes, il va promouvoir l’égoïsme comme mode de survie, se servir de sa propre fille comme appât pour capturer un militaire afin de le torturer, et enfin, libérer et orienter une horde de zombies vers une base militaire (et ça, juste pour créer une diversion !) Rick a eu besoin d’au moins 4 saisons avant de virer psycho dans The Walking Dead. On ignore pour le moment si Daniel va poursuivre son escalade (probable) ou s’il empruntera le chemin d’une rédemption (improbable), mais actuellement le sang-froid dont il faisait preuve pendant qu’il lacérait la chair du jeune soldat (c’est un barbier !) continue d’inquiéter et de marquer les esprits.

5/Fear The Walking Dead s’est déjà fait mordre par The Walking Dead et ça se voit

La série mère, en effet, n’a jamais été tendre avec les personnages bons ou gentils qui la traversaient. Avec une prédilection particulière pour les morts violentes de gentils docteurs (Hershel et Denise pour ne citer qu’eux), The Walking Dead a toujours aimé rappeler que le désespoir était la règle dans ce monde post apocalyptique et qu’à défaut de devenir des ordures ou de gros égoïstes, les compatissants et attentionnés de tout bord étaient voués au même sort que les plus faibles. Sauf Glenn, qui est immortel.
Dans FTWD, l’infection s’est déjà bien propagée, notamment chez les adultes qui n’ont pas traîné pour échanger leur ticket morale contre un ticket survie à tout prix. Madison Clark, la maman, après avoir liquidé un peu plus tôt le principal du collège où elle travaillait à coups d’extincteur, a vite cautionné la torture du jeune soldat dans l’intérêt de son propre fils. Travis, son compagnon, a quant lui grimpé les échelons 4 à 4 pour rattraper son retard en un seul épisode. Daniel, c’est Daniel. Ce barbier n’a juste jamais été en possession d’un ticket morale auparavant. Enfin, Victor Strand définira lui-même ce qu’il est (ce qu’il est devenu ?) avec cette phrase devenue culte : « Le seul moyen de survivre dans un monde de fous est de s’approprier cette folie. »
Seul contrepoids face à ces 4 adultes, déterminés à recourir à des moyens radicaux si nécessaire, 4 adolescents en panne de rêves et d’illusions qui, contrairement à leur(s) parent(s), semblent jusque-là ne pas voir d’un si mauvais œil cette redistribution de la donne. Ces jeunes étaient déjà sous le coup d’une forme de désespoir bien avant les événements tragiques. Tant côté figure paternelle autoritaire que côté famille recomposée, le tissu de communication s’était déjà bien érodé. Sans être flasques, ces ados semblaient mener une vie plutôt terne et sans but. Ennuyeuse et insipide. La vie comme une épreuve, non comme une chance.
Dès lors, ce changement brutal qui intervient va leur permettre de se reconnecter avec cette urgence de vivre et de ressentir qu’ils perdaient progressivement jusque-là. Ces 4 jeunes gens vont enfin pouvoir avoir un terrain d’expression. Une nuance qui n’a jamais été vraiment présente dans The Walking Dead, car hormis Carl et éventuellement Glenn et Maggie, la zone consacrée aux ressentis des ados était une vraie friche dans cet univers zombie. Fear The Walking Dead va pouvoir réparer cela.
Les jeunes ont toujours représenté l’innocence et l’espoir. Aussi, cette confrontation prochaine à un monde impitoyable va être le théâtre d’un suspense psychologique qui permettra de découvrir et de comprendre à quel niveau se situera la bascule et de voir si les idéaux seront capables de l’emporter sur le réalisme.