Deuxième long métrage du réalisateur et scénariste mexicain Jonás Cuarón, Desierto se trouve être un thriller cinglant qui ne manque pas de jouer avec nos émotions. Fils d’Alfonso Cuarón, avec lequel il a co-écrit Gravity, nous pouvons l’affirmer : la relève est assurée.

Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l’immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un.

Sous ses airs de simple mais efficace film à suspens, Desierto se manifeste au fil des minutes comme étant un véritable long métrage coup de poing mettant en évidence de réels problèmes sociaux et humains. Mettant en scène un des thèmes brûlants de l’actualité, l’immigration à la frontière Mexique / Etats-Unis, le scénario puise sa force dans ce combat quotidien qu’éprouve des milliers d’habitants de l’Amérique Centrale et du Sud en cherchant une vie meilleure chez l’Oncle Sam. Tiens, serait-ce anodin que l’incroyable Jeffrey Dean Morgan (WatchmenThe Walking Dead) – sadique et immoral, symbole d’un racisme acéré – interprète un personnage du même nom ? Ces groupes de migrants sont confrontés à des frontières fermées et à un rejet ferme de leur voisin de la même manière que nos personnages ici sont traqués par un américain ET son chien. Frontières qui, paradoxalement, ne tiennent qu’à un fil barbelé, facilement franchissable : aux portes du Paradis se trouve l’Enfer, ni plus ni moins.

Desierto

Copyright Version Originale / Condor

Et cet Enfer est représenté au travers du personnage central, le désert. Un décor aride et étouffant qui, à l’image d’un huis clos insoutenable, n’offre aucune issue possible ; ces paysages sont d’ailleurs à couper le souffle servis par une photographie sublime. Desierto joue habilement de cette mise-en-scène de l’espace où ces grandes étendues désertiques donnent l’illusion d’un échappatoire alors qu’elles enferment nos personnages dans une chasse à l’homme cyclique. Cela sous-entend une gestion du rythme impeccable qui, accompagnée par une bande son oppressante signée Woodkid, ne laisse aucun répit aux spectateurs. Même si le cinéaste nous prépare à une attaque imminente, son traitement permet de surprendre et d’agresser le public tranquillement lotis dans son siège, en sécurité – cf. la toute première attaque du personnage de Sam est d’une puissance rarement égalée où chaque coup de feu nous fait bondir.

A l’image de Gravity, le film nous offre un survival intense mais son scénario reste tout de même simpliste et manque parfois de nuances. Ainsi, et ce serait notre petit bémol, nous avons cette impression de manichéisme où « le méchant abat les gentils » sans nous donner de plus amples informations quant au mobile par exemple. De plus, la faible présence de dialogues – non pas que ce soit un défaut – nous empêche de nous attacher pleinement à ces personnages, nous ignorons jusqu’à leur nom pour la plupart et ils ne deviennent que des proies. Le film fait ressortir l’animalité de ces êtres avant tout. Seulement deux, trois scènes nous permettent d’en savoir un peu plus sur l’histoire des deux protagonistes principaux mais le récit ne s’alourdit pas de détails inutiles.

Desierto

Copyright Version Originale / Condor

Nous terminerons cette critique par saluer la performance physique de tous les acteurs qui impressionne et la justesse dans leur jeu. Nous sommes ravis de retrouver Gael García Bernal – mémorable Che Guevara dans Carnets de Voyage de Walter Salles (2004) que nous vous conseillons – dans un rôle de leader qui lui sied à merveille et sa confrontation avec J. D. Morgan est tout simplement saisissante. A découvrir dans les salles le 13 avril prochain !