Depuis la semaine dernière, SmallThings vous fait gagner quelques DVD d’un film d’horreur irlandais, Let Us Prey, dont on vous disait pas mal de bien dans l’article. Mais le film méritait autre chose que quelques lignes pour faire parler de lui : parlons en plus avant !

Il y a quelques années de cela, la saga Détour Mortel, en son cinquième volet, après avoir déplacé comme Halloween Résurrection son concept dans l’ambiance d’une télé réalité, puis de un retour aux sources, faisait un crochet par la prison. Se voulant plus sombre, anxiogène et parfois à la limite du huit-clos, le film ne fonctionnait pas, n’allait pas au bout de son concept à cause de l’écriture désastreuse et répétitive des personnages et des situations. Aujourd’hui, Let Us Prey sort et explore le même concept de survival en prison, mais peut être comparé à Détour Mortel 5 en cela qu’il parvient à trouver, achever et transcender toutes les idées qu’aurait pu avoir le film de Declan O’Brian si il avait été un peu scénarisé.

Réalisé par Brian O’Malley, Let Us Prey nous plonge dans les bas-fonds de l’enfer d’une prison de banlieue britannique, choisit d’en faire l’unité de lieu d’une histoire effrayante narrant les souffrances que fait subir une incarnation diabolique à des policiers et prisonniers ayant mauvaise conscience. À la manière de victimes de Saw, tout le monde est torturé mentalement (parfois physiquement) pour une raison et l’héroïne, policière de son état, assiste impuissante aux exactions de l’esprit de chair et d’os, dont elle ne saurait juger si elles sont justes ou injustes.

Let Us Prey

Liam Cunnigham

Sombre, torturé, souvent fascinant et diaboliquement intelligent, Let Us Prey pose les bonnes questions sans forcément y apporter de réponses trop tranchées. Tout le monde est pourri dans la crasse prison où les personnages évoluent, tous cachent quelque chose et leur manque de volonté de l’assumer malgré la menace est à la fois synonyme de leur manque absolu d’honnêteté et de courage, mais aussi symbole de leur propre perte, qui est déjà intellectuelle avant de devenir physique au fur et à mesure de l’avancée du film. Flics comme prisonniers sont concernés par ses actions, tout le monde est lâche ou pervers et c’est à Liam Cunnigham, formidable interprète d’un genre de Punisher mystique et irlandais, de débarrasser le monde ces monstres humains qui pourraient, mais ne veulent pas, changer pour le bien.

L’aspect onirique du film est à relever en cela qu’elle permet souvent d’apporter des doutes au spectateur sur ce qu’il voit et entend dans Let Us Prey. D’une gestion assez étonnante de l’espace (bien observateur celui qui saura juger des dimensions de la prison, qui semblent changer à chaque scène en fonction des plans) à une avalanche de flashbacks plus ou moins clairs et de passages un peu loufoques et surprenant, pouvant parfois verser dans le grand guignol assumé (la couronne d’épines sur la tète du shérif), tout est construit dans le film pour que le spectateur doute de ce qu’il voit, c’est aussi ce qui fait la force et la très grande liberté du cinéma fantastique : faire en sorte que le spectateur s’interroge sur la réalité de ce qui est à l’écran. Cela ne fait souvent qu’ajouter au caractère anxiogène du film, et à son aspect diabolique bien maîtrisé pour un premier long métrage.

Let Us Prey

Pollyanna McIntosh

Outre sa véritable force trash et horrifique, Let Us Prey a également pour lui de n’être jamais gratuit dans la violence. À l’heure où le cinéma d’horreur qui n’est pas d’épouvante confond trop souvent démonstration et complaisance, Brian O’Malley choisit de montrer une violence bien réelle et crédible mais souvent sublimée et rendue supportable par certains hors-champs. Certes, on ne peut pas vraiment dire du film qu’il est délicat, mais il est viscéral comme un vrai bon film d’horreur sans trop en montrer, on est encore bien loin de la subtilité d’un Carpenter ou d’un Craven mais en ce sens le film est définitivement meilleur qu’un Bousman !

Let Us Prey dérangera, cela ne fait aucun doute. Ne souhaitant pas prendre parti, le film venu d’Irlande pourra être interprété de différentes manières par un public aux horizons multiples, aux attentes qui ne seront pas les mêmes et aux exigences plus ou moins tranchées concernant ce type de message. Nul doute que les détracteurs, par exemple, de Frank Miller y verront un film cautionnant les exactions de l’entité humanoïde, et ainsi défendant le meurtre pour la justice. D’autres, grand bien leur fasse car ils ont sans doute raison, n’y verront qu’un film d’horreur au message informulé et informulable au vu de son ambiguïté. Ma position est moins claire, il est pour moi évident que le film ne veut rien démontrer et laisse le choix au spectateur de l’interprétation qu’il veut donner : d’un côté, il montre la seule « bonne personne » du film accepter les meurtres de l’entité, mais de l’autre il la définit clairement comme diabolique. On ne sait où donner de la tête…

N’oubliez pas qu’on vous fait gagner des DVD Let Us Prey jusqu’au 10 avril, c’est par là pour pour savoir.

AMD