Adaptation du roman éponyme de J.G. Ballard datant de 1975, High-Rise est un petit ovni qui va fortement diviser son public. Chez smallthings, nous sommes restés au pied de l’immeuble !

1975. Le Dr Robert Laing, en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée; mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix…

Le réalisateur Britannique, Ben Wheatley est connu pour faire des films dans lesquels il n’hésite pas à expérimenter (Down TerraceKill List ou encore English Revolution) – ce qui est tout à son honneur. Dans le cas présent, il s’attaque à cette satire sociale à la fois intelligente et complexe tirée de l’oeuvre I.G.H. (Immeuble de Grande Hauteur) faisant partie d’un triptyque appelé La Trilogie de Béton. L’intrigue se déroule dans un luxueux et moderne gratte-ciel relatant la vie en communauté de ses habitants qui coexistent selon des règles sociales prédéfinies et totalement restrictives. Le scénario est d’ailleurs signé par la femme de ce dernier, Amy Jump, avec qui il collabore régulièrement, et nous admettons volontiers que cette adaptation n’était pas une tâche facile.

High Rise

Copyright The Jokers / Le Pacte

Si High-Rise nous a laissé de marbre, dans l’incompréhension et le désarroi total, rien que ça, il nous faut reconnaître les nombreuses qualités de sa forme, son principal atout, si ce n’est l’unique. Une mise-en-scène ultra-stylisée qui ne manque pas d’égayer nos sens, évoluant au fil de l’histoire en parfaite adéquation. En effet, le long métrage peut aisément se scinder en deux parties : la première heure étant une longue – mais passionnante – mise en place d’un univers dystopique que nous découvrons à travers le point de vue du Dr Laing interprété par le brillant Tom Hiddleston, personnage on ne peut plus normal (si nous omettons momentanément la toute première séquence du film) qui va doucement basculer dans l’horreur. La réalisation est millimétrée et les plans très composés imposent une symétrie dans laquelle nous dégageons cette idée du double, de la représentation factice dans ce huis clos cauchemardesque où chaque couloir se ressemble, chaque personne agit égoïstement et où la loi du plus fort n’a jamais été aussi authentique. L’utilisation intensive d’effets visuels en tout genre, des couleurs, des formes et de la lumière est forte de symbolique rendant le tout intéressant à analyser.

Et puis survient la deuxième heure, longue elle aussi mais véritable fouillis sans but qui n’a que pour résultat de laisser le spectateur dans un sentiment de désolation. La réalisation sert le propos et tout ne devient que chaos où les personnages se déchirent en pleine anarchie et nous  nous demandons quels sont les enjeux et les intérêts de chacun et vers quelle conclusion le réalisateur souhaite nous emmener. Les plans perdent leurs traits précis, ils sont surchargés, tout n’est que foutoir et déboire. Précisons que le film ne se fixe que peu de limites côtoyant les frontières de la vulgarité jusque dans les tréfonds de la violence : à ne pas mettre sous tous les yeux. En soi, Wheatley ose l’originalité et nous découvrons un point de vue assumé, une vision singulière, décalée et sans tabou dans le but de nous offrir un film à la fois « insolent, drôle et choquant » comme il le décrit lui-même. En ce qui concerne l’insolence, oui, mais pour l’humour nous repasserons, le récit étant d’une noirceur qu’il en faut accepter le postulat de départ.

High Rise

Copyright The Jokers / Le Pacte

Notre plus grand regret provient de l’histoire elle-même, énième satire d’une société déséquilibrée, rongée par des maux ancrés dans ses fondations retranscrite dans l’architecture-même de cet immeuble oblique où les échelles sociales se descendent plus vite qu’elles ne se montent. Excessive et bavarde, cette narration non linéaire finit par nous perdre en cours de route : à vouloir faire trop original, le propos devient inintelligible. Cela est probablement volontaire mais nous manquons cruellement de repères. Le constat final est bien pauvre, sans véritable climax ni même de conclusion, la fin est libératrice. Nous restons dans une position distante sans prendre part au débat proposé par le film, qui se révèle intéressant une fois la déception passée outre. Cette production a le mérite de mettre en scène des acteurs talentueux dont les rôles totalement exagérés et décomplexés leur permettent de révéler des jeux surprenants ; nous mentionnons auparavant Hiddleston – connu du grand public dans le rôle de Loki –  mais l’acteur Luke Evans (The HobbitDracula Untold) s’avère lui aussi excellent campant un personnage extravagant au possible, de même que Sienna Miller (American Sniper).

High-Rise est radicalement à l’image de son propos : froid, terrifiant mais foncièrement agaçant dans son traitement global et ce malgré de très bonnes idées de mise-en-scène et des acteurs qui donnent beaucoup de leur personne. Dans les salles le 06 avril 2016.