La semaine spéciale DC comics de SmallThings touche à sa fin avec l’arrivée imminente dans nos cinémas du choc des titans Batman V Superman : Dawn of Justice. Il reste un Batman à traiter avant cette échéance, c’est avec un grand plaisir que je conclus cette semaine sous le signe du Chevalier Noir avec le dernier volet de la saga cinématographique de Christopher Nolan : The Dark Knight Rises.

On a tendance à l’oublier, mais l’adaptation de Batman par Christopher Nolan tient en trois volets. Batman Begins a été oublié, on en a un peu reparlé à la sortie de The Dark Knight mais sans le retenir comme adaptation culte. Quand à The Dark Knight Rises, personne ne l’a oublié mais beaucoup l’ont mis en doute, le film était enfermé dans une comparaison parfois pertinente, pas toujours, avec son prédécesseur, beaucoup estimant qu’introduire le Joker aussi tôt ne pouvait que rendre le film suivant moins intéressant. Par ailleurs, certaines erreurs assez incompréhensibles, que ce soit au niveau de la mise en scène ou de la cohérence du scénario, ainsi que dans un certain débordement actanciel, ont eu raison, toutes proportions gardées bien entendu (on est plus proche des critiques mitigées de Man of Steel que de l’assassinat en règle des Ghost Rider), du film du point de vue de la critique, et donc de son héritage dans les mémoires des spectateurs.

Pourtant, The Dark Knight Rises, dernier volet de la trilogie Nolanienne, a toute sa place dans cette saga et dans la mythologie qu’il revisite. On dira même que, jusqu’ici, la mythologie Batman était en fait assez pauvre, dans les films de Christopher Nolan. Une ébauche de l’Épouvantail et de Ra’s Al Ghul, un Joker certes au centre de l’intrigue, un Batman finalement peu épais, quelques personnages secondaires fidèlement retranscris sans trop de difficultés (Two Faces, Fox, Gordon), c’était un peu juste pour une adaptation. Certes, le format restreint d’une trilogie est moins permissif qu’une série animée en 4 saisons, mais Peter Jackson y arrivait en autant de temps ! Constatons, sans lui en faire grief, que Nolan focalisait toute son attention jusqu’ici dans le portait d’un ou deux personnages, ne souhaitant sans doute pas s’éparpiller dans une intrigue déjà bien remplie de sous-histoires.

The Dark Knight Rises

Après avoir été blessé, le Chevalier Noir est de retour…

Ici, Christopher Nolan fait la part belle à la mythologie, et force la réadaptation jusqu’à, pour la plupart des personnages apparaissant dans The Dark Knight Rises, dévoiler très tard l’identité de ceux-ci. Ainsi, si il est assez clair que la chapardeuse en talons hauts est Catwoman (même si le nom en lui même n’est jamais prononcé, les plus attentifs feront attention aux jeux de mots durant le film et à un certain article passant à l’écran se référant à elle comme « The Cat »), et que Bane est clairement référé en tant que tel, il faudra attendre la fin du film pour que Talia Al Ghul dévoile son identité, mais surtout Robin, personnage jusqu’ici décrédibilisé à outrance qui, enfin, reprend ses aises chez un public qui l’a aimé pendant 2h30 sans savoir qui il était. Ici, si Nolan ne gère pas toujours bien ses effets de surprise (la fin, par exemple, tombe à l’eau tant elle est appuyée), il joue avec une grande habileté.

Begins était celui qui commençait tout et posait les bases du nouveau personnage de Batman, The Dark Knight était le portrait du même personnage, torturé par une némésis qui lui ressemblait par beaucoup de points. The Dark Knight Rises, enfin, propose l’aboutissement du personnage, qui est enfin un héros en tant que tel malgré son manque de forme physique, qui prend toutes les responsabilité de ses actions et n’hésite jamais. Étonnant, malgré la confusion du personnage sur certaines scènes (on se demande la raison du départ d’Alfred), de voir un héros finalement si sur de lui : sa confrontation avec le Joker, loin de l’affaiblir, l’a aidé à s’affirmer, et il faudra attendre la moitié du nouveau film pour s’en rendre compte. C’est tout l’intérêt de ce métrage, des théories désignent Bane comme le « Knight » du titre mais c’est bien Batman qui, suite à son échec, se relève dans ce nouvel opus. En l’occurrence, jamais aucune adaptation ne se sera autant focalisée sur le personnage de Batman en lui-même, l’évolution du personnage tient toute la trilogie et c’est ce qui fait son intérêt.

The Dark Knight Rises

Tom Hardy campe un excellent Bane

Ainsi Nolan ne favorise-t’il pas l’action dans The Dark Knight Rises, et celle-ci paraît pauvrette au moment de son arrivée. Les batailles générales sont molles, les plans d’explosion sont absolument sublimes mais ils sonnent faux, la notion d’urgence dans le film paraît d’autant plus simulée que la musique tonitruante d’Hans Zimmer n’aura jamais été aussi hors propos. À ce niveau, tout paraît factice, la menace et les implications de la ville dans l’action sont réelles mais la mise en scène ne suit pas, l’action est traitée de manière prétentieuse alors que Nolan ne la maîtrise apparement pas, malgré les grands efforts employés pour nous persuader du contraire, le réalisateur en fait tellement trop à certains passages qu’on a l’impression qu’il a négligé certains autres, comme par exemple le fameux passage mortifère qui fait la risée du web.

Mais finir sur une fausse note serait injuste. La saga en soi est réussie, Batman a complètement été ressuscité par Nolan, qui malgré quelques fautes de goûts s’en est très bien tiré dans sa réadaptation. Batman et Superman sont des personnages si fascinants qu’aucune adaptation, on l’a vu, ne saurait convaincre tout le monde. C’est bien la preuve de la richesse de l’univers des comics’ trop souvent relégués au rang de sous-art. Après tant de gestation, Warner semble prêt pour sortir son chef d’œuvre avec Batman V Superman. On en doute pas, en tous cas on l’espère de tout cœur.

AMD