SmallThings n’en a pas fini avec DC Comics. A moins d’une semaine de l’échéance Batman V Superman, le site s’attaque au gros morceau de la mythologie Batman en se penchant sur l’analyse de l’ère Nolan ! Et pour commencer, Batman Begins

Alors que Batman est mort au cinéma et que personne ne semble pouvoir réussir à le ressusciter, DC comics frappe en 2005 un grand coup de poing sur la table superhéroique avec une toute nouvelle adaptation du mythe du Chevalier Noir. Résolument indépendante de la saga précédente, ce premier opus est à l’origine d’un grand succès pour la firme américaine, qui revient dans la danse après 8 années d’absence totale au cinéma, et fait concurrence aux yeux des spectateurs à la grande firme Marvel Studios, qui prépare à l’époque son fameux Big Plan sur le point de conquérir le monde. Revenons sur ce premier opus, intitulé sobrement Batman Begins,  afin d’en analyser les coutures.

Réalisé par Christopher Nolan, Batman Begins fait avant tout sens dans sa filmographie. En effet, le film prend une tournure résolument différente des précédents, autant du point de vue du ton que du point de vue de l’intrigue. Du point de vue du ton, il est assez amusant de constater qu’après tant de projets rejetés par Warner pour leur caractère trop sombre (elle se souvenait encore de la promotion désastreuse de Batman Returns), celui de Nolan ait été accepté alors qu’il est visiblement d’une noirceur et d’un pessimisme infini, et cela n’ira pas dans un autre sens par la suite. Ici, Bruce Wayne est quasiment seul, rejette tout contact émotionnel avec autrui et vit dans le souvenir torturé de la mort de ses parents. Tout n’est pas réjouissant mais colle bien avec une certaine vision du Chevalier de DC Comics, engagée par un certain Frank Miller au début des années 2000. Le jeu de Christian Bale, dans ce sens, est imparfait, il oscille très moyennement entre cynisme et héroïsme et son faciès monolytique peine à apporter du liant à tout cela, malgré l’évidente volonté de complexification intellectuelle du personnage.

A l’image du cinéma de DC de ces dernières années, Christopher Nolan donne donc à son film un parti pris bien à lui, choisit au lieu du divertissement et de l’action celui de placer son personnage au coeur de sa propre quête existencielle, offre à son intrigue un rythme bien particulier, parfois trop lent et handicapé par un aspect non-linéaire qui, souvent, perd le spectateur en route. On saisit bien que plein de choses se passent en même temps dans l’univers de Batman Begins mais le film en fait trop dans cette optique, s’attarde sur des détails d’un ennui profond (la quête de Rachel Dawes ralentissant par exemple beaucoup le rythme et l’intrigue, faute d’une écriture suffisante apportée au personnage on peine à s’intéresser à ses actions) tout en passant trop vite sur certains points (l’Epouvantail apparaît au cours de trois excellentes scènes et son sort est « clos » de manière plus qu’insatisfaisante). Nolan a des idées, mais il semble avoir par trop confiance en elles et cette assurance trop importante paralyse de bonnes parties de son film.

Batman Begins

L’excellent Epouvantail aux trois scènes

Pourtant, il serait injuste de nier son apport à la mythologie DC. Si elle est peu claire au vu des allers-retours temporels que le film tente tant bien que mal de faire vivre, la quête de sens de Bruce Wayne et son changement en Batman provient de procédés très logiques et se pose sur des bases assez solides pour rendre le tout crédible. Il ne faut pas oublier en ce sens que le cinéma de Christopher Nolan est, souvent, celui de l’ultra crédibilité (trouvez une incohérence dans Le Prestige !), et son adaptation de Batman ne fait pas exception. De l’aspect new-yorkien de Gotham City , bien loin des propositions de Burton et Schumacher, aux gadgets technologiques accordés par Lucius Fox (que Morgan Freeman pourrait jouer les yeux fermés tant il est habitué à ce type de rôle), tout est bon pour moderniser la mythologie et la rendre finalement plus proches de nous. Pas de gros laser de glace, de gros boutons rouges qui explosent ou de Batmobile allongée, non, mais une intrigue à base de toxine hallucinatoire quasi complètement expliquée de manière scientifique, et un tank noir destructeur pour la voiture emblématique.

Quand au personnage de Ra’s Al Ghul, emblématique lui aussi, il a du mal à vivre de par l’interprétation plate de Liam Neeson, incapable d’apporter de la profondeur au personnage, physiquement présent pour apporter baffes et punchlines au scénario. La révélation finale n’a aucun poids, le spectateur un peu aguerri l’aura devinée bien assez tôt et c’est comme un cheveu sur la soupe que tombe l’annonce du plan diabolique. On pourrait reprocher à Chritsopher Nolan d’enlever dans son film tout le caractère fictionnel et magique des comics, mais son parti pris, qui n’est pas forcé de convaincre tout le monde, est assumé bien qu’imparfaitement maîtrisé. Les personnages connus évoluent dans Batman Begins mais leur réadaptation est, sur certains points, quasi totale, le Chevalier Noir n’aura jamais été si bouleversé dans son Histoire. La volonté de Christopher Nolan fait sens dans une optique de reboot, et le réalisateur, de ce point de vue là, maitrise totalement les tenants d’une bonne origin story, en évitant un maximum les flous et clins d’oeil grossiers (sauf en ce qui concerne le dernier plan…).

Batman Begins

Liam Neeson est l’autre méchant du film, et son identité ne fait aucun doute au vu de sa moustache…

Ce fonctionnement réaliste a ses limites dans un film de super-héros, bien que chez Nolan le héros ne soit pas tellement super, ni tellement un héros au final. Et ce type d’imperfection devient évident dès que l’on se tourne vers la mise en scène. A base de grands plans voulus spectaculaires comme le réalisateur en a toujours proposé, cette dernière est souvent en fait assez plate et sans grand intérêt, et sombre volontiers dans la facilité pour rendre impressionnante telle ou telle scène d’action qui, sans la musique tonitruante (et souvent hors-ton) de Hans Zimmer, serait vite inefficiente émotionnellement parlant, au vu de la platitude des combats (voir des figurants se battre sans motivation au ralenti n’aide pas à faire partir l’impression que le réalisateur se penche moins sur certains plans que sur d’autres). Christopher Nolan, dans ce premier film consacré au Chevalier Noir, a souvent tendance à oublier que l’ambition de rendre intellectuel tel ou tel mythe ne signifie pas en enlever tout le sel du divertissement.

Batman Begins est donc très imparfait su certains points de vue mais a le mérite de faire repartir la franchise sur de solides bases mythologiques, et de proposer autre chose que le concurrent. Le film en lui-même semble être un semi-ratage qualitatif mais le réalisateur apprendra de ses erreurs au fur et à mesure de l’évolution de sa trilogie, aussi pourra-t-on, plus tard, retenir cette renaissance comme satisfaisante. Mais laissons ça là pour le moment ! Demain, Tom vous parlera des tenants et aboutissants du principe même d’adapter Superman. Et après demain, Mélanie traitera de The Dark Knight !

AMD