Alors que nous sommes en 2013, le monde est toujours en quête de Superman. Malgré ses qualités, Superman Returns n’a pas plu au public, qui attend toujours le retour de l’Homme d’Acier, tout enthousiasmé qu’il a été par les adaptations par Christopher Nolan du mythe du chevalier noir. C’est alors que sort Man of Steel, réalisé (c’est de coutume chez Warner) par un réalisateur mi adulé-mi détesté, le genre de réalisateur qui divise tellement les cinéphiles que ceux qui ne l’aiment pas ont tendance à regarder de haut ceux qui aiment ! Mais je digresse…

Ainsi donc. Man Of Steel, en lui même, n’est pas vraiment un reboot, il n’est pas vraiment non plus un remake mais n’est certainement pas une suite. Appelons le film Origin Story pour l’instant, quand bien même celui-ci contient tant de zones d’ombres et de flous pour le spectateur qu’il est difficile pour lui, habitué à la linéarité d’un Avengers, de s’y retrouver. C’est la première chose que l’on remarque en entrant dans le film (enfin, juste après s’être habitué à la caméra à l’épaule de Snyder) : il ne raconte pas vraiment d’histoire. Début, milieu, fin, tout se mêle dans Man Of Steel, et il faudra attendre la dernière demi-heure pour que l’intrigue se pose et que le combat en lui-même commence, et que la menace sur Terre arrive.

Cela se pose là : d’un point de vue technique tout d’abord, Man Of Steel vit sous le signe de l’ambition. Grand technicien depuis le début de sa carrière assez éclectique, Zack Snyder ne se contente pas de filmer en plans larges de grandes scènes d’action et des moments de bravoure, mais utilise son style viscéral pour faire entrer le spectateur dans cette action. Cela se voit dès la scène d’ouverture sur Krypton : la caméra bouge, tremble, tangue parfois sous le feu de la destruction de la planète. Un tel style peut déranger mais il faut connaître le réalisateur pour saisir que ces mouvements incongrus sont loin d’être des erreurs en elles mêmes, une mauvaise technique de cadrage : elles sont la contribution de Zack Snyder à Superman et au style hollywoodien qui a toujours accompagné le héros. Paradoxalement, le public est gêné mais il n’aura jamais autant volé avec Superman qu’il ne le fait avec Henry Cavill, ces fameuses scènes de vol peuvent en un sens être comparées avec le nouveau style d’activation des sabres dans le Réveil de la Force :  viscéral, brutal mais infiniment moins lisse, on sent le vent ébouriffer le héros, qui semble subir corporellement les souffrances qu’il fait subir à la gravité.

Man of Steel

Henry Cavill est Clark Kent

Ce version viscérale du mythe de l’Homme d’Acier ne passe pas seulement par une relecture technique, elle est aussi thématique et témoigne d’une évidente cohérence dans l’œuvre de Zack Snyder. Alors que Superman est depuis toujours le héros américain par excellence, qui porte ses couleurs, ce dernier est, dans Man Of Steel, bien loin d’être un demi dieu dans son comportement ! L’écriture du personnage, résolument novatrice, existe dans une volonté d’humanisation, certes, mais contrebalancée par une évidente distance du héros face à la population qu’il sauve. Superman est, dans Man Of Steel, bien loin de se pavaner, de voler dans les cieux à grands renforts de clins d’œils à la caméra, il doute, semble intellectuellement pris par le questionnement que Smallville en son temps avait évoqué « suis-je dans ce monde pour le sauver ou le détruire? ». C’est là que réside toute la qualité du jeu d’Henry Cavill, tout en finesse et en justesse dans un rôle qui semble écrit pour lui.  C’est sans doute la raison, d’ailleurs, pour laquelle on le voit si peu acclam par la population, à peine quelques badauds tournent ils la tête quand il passe : l’Homme d’Acier n’est pas encore une icône.

Ainsi le film, et c’est une des principales raisons de son rejet par une bonne partie des cinéphiles, pose-t-il à son personnage des dilemmes moraux dont la réponse, par définition ne saurait être satisfaisante pour tout le monde. Destruction massive, meurtre, violence, Superman est, ici, tenu d’accomplir toutes ses actions pour protéger le monde d’une complète annihilation. La réponse de Snyder est donc tranchée, on répond à la violence par la violence, mais le spectateur est bien en peine de trouver une autre solution ! Le message du film est ambigu de par la torture mentale qu’à l’air de subir le héros à chacun de ses actes, le questionnement de savoir si Snyder les cautionne ou pas est soumis à rude épreuve et ne peut apporter de réponse satisfaisante, aussi un jugement hâtif sur le caractère disons, dérangé de Superman ne peut être prononcé, des choix doivent être faits pour sauver la terre et il en prend l’entière responsabilité, quitte à connaître de désastreuses retombées comme on peut les deviner au vu des trailers de Batman V Superman.

Man of Steel

Michael Shannon campe un brillant Général Zod

Si il pose des questions judicieuses, complexes, Man Of Steel est toutefois coupable sur certains points de manquer d’un certain développement. C’est le cas principalement, chose étrange, aux scènes qui devraient être iconiques : tout est souvent trop rapide, de la destruction de Krypton à l’obtention du costume par le héros (scène que, visionnage après visionnage, je suis incapable d’expliquer. Dans le traitement des personnages secondaires, le film gratte sans plus la surface, Amy Adams campe une Loïs Lane très convaincante mais qui n’existe que pour fournir au public des informations supplémentaires sur l’extraterrestre à cape rouge, bien qu’elle soit également souvent très utile pour fournir au héros un enjeu dramatique supplémentaire (Zod la voulant sur son vaisseau? On se demande bien pourquoi sinon pour préparer une inévitable, mais fidèle et iconique, scène de sauvetage). C’est le même cas pour Jonathan Kent et Perry White, on adorerait passer plus de temps avec ces personnages iconiques mais ils disparaissent trop vite de l’intrigue, ou alors n’ont pas un poids suffisant ! On dira que Snyder est allé à l’essentiel, mais quelques scènes de plus auraient été les bienvenues pour étoffer le développement psychologique qui explique la conduite du héros.

Si original, personnel, Man Of Steel, au vu des critiques qui lui sont bien volontiers faites, témoigne encore une fois de la difficulté d’adapter Superman, sans doute une des héros les plus puissants et les moins monolythiques qui soit. On ne peut reprocher au film son manque de cran, de courage, il assume mieux ses choix que n’importe lequel de ses concurrents ! Et c’est en cela que le projet reste admirable, produit par une grande société mais toujours avec une vision personnelle.

Demain, on retourne à Gotham avec la critique de Batman Begins !

AMD