Qui aurait voulu voir Christopher Reeve face à Mickael Keaton ? En tout cas, Batman et Superman ont eu deux sagas très différentes et on vous parle de Superman II avec la critique faite pour Man Of Screen, le site de toutes les adaptations de Superman.

Un état des lieux doit être fait avant de passer aux choses sérieuses. En 1978, Superman The Movie a été un tournage très houleux entre impayés, retards, remaniement de scénario et mésententes. Richard Donner et les Salkind, producteurs, ne voulaient plus se voir. Richard Lester était médiateur de l’affaire et le tournage avait pu se terminer dans le calme. Comme Matrix ou Retour Vers le Futur, deux films étaient prévus coup sur coup avec une petite pause entre les deux. Pour Superman II, Donner avait mis en boite la quasi-totalité des scènes importantes. Cependant, Ilya Salkind, pris d’un coup de sang, renvoie Richard Donner et engage Richard Lester pour la suite du tournage.

En 2006, Superman Returns va débarquer et les fans poussent la Warner à sortir une version inédite de Superman II sous l’égide de Richard Donner. Ils souhaitent que la version voulue par le réalisateur soit enfin visible. Grâce à d’intenses recherches, les rushes tournés par Donner ont été trouvés, restaurés, remixés, retravaillés et c’est une version pratiquement nouvelle qui est désormais disponible.

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Le film débute par une mise en bouche des événements du premier film. Superman a envoyé un missile dans l’espace et par malchance, ce missile a permis de libérer les trois prisonniers de la Zone Fantôme que sont Zod, Non et Ursa. Enfin libres, ils arrivent sur la Lune, neutralisent les astronautes présents et foncent vers la Terre. Pendant ce temps, Lois découvre rapidement le lien étrange entre le physique de Superman et celui de Clark. Un peu trop rapidement peut-être. La relation entre les deux va vite changé de bord quand elle voudra pertinemment tester Clark. Dans une scène nettement supérieure à celle de Lester, Clark arrive à tromper la vigilance de Lois et lui donne tort. La scène est savoureuse, rythmée, très bien faite et utilise avec malice la double personnalité de Clark. Au final, leur relation sera vouée à l’échec et Clark sera résigné à effacer ce souvenir de la mémoire de Lois pour la protéger.

©Warner

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Le métrage est assez riche avec la volonté de Lois de percer le secret de Superman, l’échappée de Luthor et l’arrivée des Kryptoniens. On naviguera entre les trois segments avec une fluidité exemplaire. Le point négatif sera malheureusement présent entre Lois et Clark. La découverte du secret (dans une scène qui n’est autre qu’un test-footage, on le remarque à la coiffure non raccord de Clark) est, comme dans toute histoire tenue par un non-dit, synonyme de perte d’intérêt grandissant. Superman sert du champagne à Lois dans la Forteresse, ils couchent ensemble et Superman souhaite devenir humain. Ça n’a jamais été ma partie favorite. Le background des personnages n’est pas assez riche pour pouvoir satisfaire le spectateur avec ce genre d’évolution bien trop rapide.

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Superman n’est que peu présent en costumes. Il n’y a vraiment qu’une scène de sauvetage d’enfant très rapide puis le combat final assez long. Le film mise tout sur la dualité de la personnalité de Clark. D’ailleurs l’aspect fabriqué de cette version se retrouve un peu bancale à cause de faux raccord notamment quand Superman utilise à nouveau le voyage dans le temps pour remettre les choses en place puisque Clark revient se venger de l’homme au bar et que ce dernier s’en rappelle…
D’ailleurs Superman utilise à nouveau sa faculté à retourner en arrière alors que cette fin n’était pas prévue pour le premier film mais pour cette suite. Devant la volonté de Salkind de terminer sur quelque chose de fort, le procédé a été utilisé pour le premier d’où la redondance ici.

Le combat final gagne en subtilité et en rythme. Finis les S géants autocollants que Superman lançaient sur Zod. Le ridicule disparaît et c’est tant mieux. A la place, Superman préfère utiliser son cerveau. Si le climax perd en intensité puisque le combat a eu lieu avant (avec toujours cette lenteur manifeste des années 70/80), le film perd aussi un peu de force. On préfère privilégier l’intelligence aux poings et trois méchants n’ont finalement pas été de trop mais n’ont pas offert le spectacle adéquat. Leur fin est quasi minimaliste, surtout celle de Non, d’une idiotie kitschissime.

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Dans la version précédente, Superman parlait à sa mère puisque Marlon Brando ne pouvait plus, ne voulais plus refaire de scènes. C’était donc la mère du héros qui lui prodigua des conseils. Le tir est rectifié sur cette version avec l’utilisation de rushes avec Jor-El. Une doublure, quelques effets spéciaux et la scène est tout de suite plu spectaculaire.

L’utilisation de quelques trucages a permis de faire revivre Jor-El mais aussi de construire la scène de fin avec l’ajout de stock footage récents, d’effets plus travaillés et de doublures… voyantes. La doublure de Lois derrière sa machine à écrire n’est pas du tout ressemblante et on se demande vraiment si c’était utile d’utiliser ce moyen. La scène arrive un peu comme un cheveu sur la soupe et Lois n’est pas du tout Margot Kidder, c’est donc raté.

Superman II version Donner est un film qui gagne en rythme, en intelligence et maturité là où il perd en cohérence mais ce dernier point est dû à cet aspect remontage. Moins de poésie, plus de scénario, mais cette suite est plus riche que le premier film. Cette version n’était certainement qu’une vision au 2/3 fidèle à celle de Richard Donner et on aurait aimé voir ce qu’aurait donné cette suite à cette époque. Peut-être que Superman III aurait été un tout autre programme et Superman au cinéma aurait alors été différent sur bien des points.

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