Chris Carter a créé X-Files, c’est son bébé, alors quand il écrit un épisode un peu décalé, c’est qu’il sait ce qu’il fait… Normalement.

Babylon était attendu par votre serviteur… D’après les photos promo, ça sentait l’épisode très shipper alors que le synopsis nous faisait penser le contraire. J’en attendais rien si ce n’est peut-être le pire épisode de la série. Au final, Babylon est effectivement l’un des pires que j’ai vu dans mon histoire de fan. Mais il faut revenir aussi sur mon ressenti global depuis le début de la saison.
Avant, je regardais avec un esprit critique moins aiguisé, je vivais l’expérience devant ma télévision, j’avais 22 épisodes pour juger. En 2016, j’ai grandi, mûri, vieilli, je n’ai que 6 épisodes et je ne veux pas que l’image de la série soit écornée, j’ai un sentiment, un désir de préservation assez intense d’où mes critiques assez mitigées.

Et avec cette saison 10, j’ai un sentiment étrange. J’ai un avis global sur l’épisode après visionnage mais le lendemain, cet avis est bouleversé. Je pense alors le contraire de la veille. Avec Babylon, on sent que l’épisode est dans la lignée d’un Improbable (saison 9 épisode 13, écrit et réalisé par Carter justement) ou le ton global est assez dérangeant, perturbant et divergent.

Le prégénérique de Babylon est assez long et nous plonge dans une atmosphère assez anxiogène puisqu’on suit un Musulman se préparait pour quelque chose. En ces temps troubles, on se doute de son sombre dessein. Dans une scène bien sentie, on est soufflé par la conclusion d’une violence directe rare dans la série.

On retrouve alors Mulder et Scully dans leur sous-sol et deux nouveaux agents Miller et Einstein se présentent. C’est le moment pour Scully de faire référence au pilote dans une ligne de dialogue très nostalgique (et un peu bancale puisqu’il faut se rappeler que la première rencontre entre Mulder et Scully a lieu en mars 1992 pour un pilote diffusé en septembre 93. Carter n’est jamais revenu sur cette « incohérence »). Miller et Einstein (joués par Robbie Amell et Lauren Ambrose) sont deux nouveaux agents qui brouillaient les pistes sur un éventuel spin-off ou un prolongement de X-Files en remplacement de nos chers et vieillissants Mulder et Scully. Carter a démenti, mais on connaît la Fox et sa main mise sur la série. Il est utile de préciser que le « Fox Presents » en début d’épisodes juste avant le générique est un ajout de 2016 et marque et le caractère événementiel et le caractère marketing de cette saison 10.

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Historiquement, beaucoup de nouvelles têtes ont failli éclipser Mulder et Scully. L’Agent Spender était vu comme un remplacement de Mulder en saison 6, et évidemment Doggett et Reyes ont été les vrais remplaçants de nos deux agents. Il est donc tout à fait justifié de s’inquiéter de l’importance donnée à ces deux nouvelles têtes, d’autant plus qu’ils sont très présents dans cet épisode. On peut, cependant, penser que Carter a une idée derrière cet épisode. Pendant les premières minutes, on sent que l’épisode va partir sur une étude de l’identité de la série à travers deux agents, miroir rajeuni de Mulder et Scully. Mais Babylon joue sur des tableaux trop différents. Outre l’analyse miroir, il y a des thématiques brossées qui ne permettent pas une critique juste et définitive de l’épisode. Entre terrorisme, au-delà, croyances et ouverture d’esprit, Babylon est à l’image d’une saison 10 qui falsifie l’identité de la série en proposant des épisodes coincées entre plusieurs tonalités et thématiques. Home Again tranchait dans le vif avec deux histoires qui semblaient différentes, et Babylon joint maladroitement des intrigues un peu trop forcées.

Carter passe au forceps pour faire tenir son intrigue sur une seule et même thématique : la confiance en l’autre. Et c’est là, comme dans Home Again, le 10×04, que le parallèle avec la vie de nos personnages fait écho, mais c’est terriblement bancal. On termine l’épisode sur une scène intimiste entre Mulder et Scully, loin de leurs habits du FBI qui parle de leur enquête, mais non sans faire référence à leur propre relation. Il est donc tout à fait justifié de s’inquiéter de l’importance donnée à ces deux nouvelles têtes, d’autant plus qu’ils sont très présents dans cet épisode.

On suffoque de ce regard perpétuel sur la série et son univers. Et on se perd dans des digressions étranges mais nullement fascinantes. J’ai rarement eu honte devant X-Files mais pendant 2 minutes, je me suis demandé ce que je faisais là à regarder Mulder danser… En est-on arrivé là en 2016 ? Même Mulder qui tente de se souvenir d’un rêve n’est pas crédible et cohérente pour un sou. L’épisode se devait-il d’être si décalé (encore plus que l’épisode 3 simplement comique et moqueur). On passe d’un acte terroriste à un trip hallucinogène très peu crédible et qui tranche avec le ton de l’enquête. Même 6 personnages de l’univers X-Files dont Einstein sont ridiculisés et perdre tout leur charisme avec cette scène sortie du cerveau un peu trop dérangé de Chris Carter.

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Chris Carter a écrit peu d’épisodes décalés, mais il a écrit des chefs d’œuvre comme Prométhée post moderne (saison 5, épisode en noir et blanc) ou Les Amants Maudits (saison 6) qui étaient très bien dosés. Il a commis Doubles (saison 7) considéré comme un des épisodes les plus ratés de la série. Improbable (saison 9) reste un cas étrange. Bourré de musique signée Karl Zero (!!) et mettant en scène Burt Reynolds en Dieu, Improbable reste un épisode qui divise les fans. Coup de maître ou coup d’épée dans l’eau, l’épisode rejoint Babylon dans la tentative de fournir un script au message fort, mais à l’impact inexistant.

En parlant musique, c’est encore surprenant de voir X-Files terminer par une chanson pop connue (Ho Hey des Lumineers). On s’était habitué à du Moby en saison 7 ou à des standards. Encore une fois, X-Files pointe son nez vers une modernité un peu accessoire, déroutante, qui réveille ma fibre critique, mais aussi mon coeur de fan qui ne sait plus quoi penser de cette résurrection.

Ce n’était pas l’un des pires mais ma pire expérience de fan devant un épisode. Je suis pris entre deux courants critiques. J’ai trouvé apaisant la scène finale, comme si la musique donnait un air contemporain à la série, une atmosphère détendue et sûre d’elle. Revenir sur une note de poésie avec ce son venu d’ailleurs est peut-être la touche qu’il fallait pour donner un autre regard au message de cet épisode.
Babylon
est-il un chef d’œuvre qui sera mieux accueilli dans quelques années ?
Babylon est-il un épisode foncièrement raté qui prouve que Carter ne peut pas rivaliser avec Darin Morgan ou Vince Gilligan ? Carter devient-il le George Lucas de X-Files en égratignant petit à petit son bébé à coup de film inutile ou d’épisode prétentieux ?