Jeff Nichols, c’est une filmographie très bien accueillie : Shotgun Stories, Take Shelter et Mud : Sur les rives du Mississippi. Avec Midnight Special, Nichols s’attaque à la SF.

Chez SmallThings, on se demandait qui allait critiquer le film. Mélanie avait beaucoup aimé mais moi, par contre, j’avais beaucoup de réserves. Et, sachant que le film est plutôt très bien reçu, je m’autorise cette critique qui aura donc beaucoup de retenues sur le caractère exceptionnel du film de Nichols qui semble, d’après Cinéma Teaser, un digne héritier de Spielberg…

Parlons en de ce film avec évidemment la recontextualisation qu’il faut : Midnight Special part en chef d’oeuvre. Ma mission est donc de prouver qu’on surestime Midnight Special.

Non, Midnight Special n’est pas un chef d’oeuvre. Il fait partie de ces films qui laisse le libre arbitre au spectateur de choisir entre deux solutions : film de merde et chef d’oeuvre. Dans tous les cas, le film sera toujours discuté et ceux qui n’aimeront pas seront conspués. Je ne me place nulle part. Midnight Special est à l’image de Take Shelter : prétentieux.

Take Shelter était un film très bien emballé mais carrément vide de toute substance. Porté par un Michael Shannon impérial (d’autres diront inexpressif, sinistre, marquant, profond… tout et son contraire) Take Shelter m’avait laissé sur ma faim, proposant une ambiance tendue, un récit qui ne lâche rien mais à la finalité vaine. Prendre ce film comme fable glaçante (si on résume la presse unanime sur le film), c’est éviter de se prononcer sur la totalité du récit. Un film doit emporter le spectateur et l’amener quelque part en prenant un chemin balisé. Midnight Special nous emporte, nous amène quelque part mais le chemin est inexistant.

L’absence de récit est dommageable. Midnight Special nous conte l’histoire de Roy qui kidnappe son fils Alton qui était gardé / adopté par le représentant du Ranch, simili secte /groupuscule religieux. Roy doit sauver Alton car il est spécial. Le sauver de quoi? On ne sait pas, on ne saura jamais. Les trous béants du scénario ne sont pas des pistes laissées sans réponses, sans indices pour que le spectateur fasse lui-même le travail de narration. Il ne faut pas croire ces critiques qui pensent qu’un film qui laisse le public trouver les réponses est un film intelligent. Il peut être aussi prétentieux et facile. Pourquoi la grand-mère d’Alton est là ? Comment Sevier sort de la base ? Comment Alton a atterri au Ranch ? On ne construit pas un film sur une proposition toute faite qui oblige le spectateur à accepter le postulat sans se questionner. Surtout quand le film ne raconte qu’une seule chose, ne propose rien.

midnight special

Alors oui, le film raconte le combat d’une famille et de la place de son enfant quand il est différent, de l’amour à donner et à recevoir mais Nichols ne parvient même pas à faire apparaître la moindre émotion. On peut parler de la place de la paternité mais quid de la maternité alors? Pourquoi choisir un biais de lecture et pas l’autre ? Il n’y a aucune raison propre. Alton change de personnalité en milieu de film cassant toute ambiguïté et toute atmosphère pesante. La temporalité du film, pas aidée par un montage catastrophique, ne crée aucun sentiment d’urgence. Tout est abstrait même les sentiments. Michael Shannon est efficace mais ne pourrait-on pas dire qu’il est inexpressif ? On le sent perdu, n’exerçant aucune empathie chez le spectateur.

Ne partons pas défaitiste, le film se permet d’instaurer tout de suite un climat étrange, presque fascinant. Les minutes défilent et on se dit que le syndrôme Take Shelter va arriver. Mais cette fois, Nichols est concret dans sa conclusion. Mais il est déjà trop tard. La surprise n’est pas là, rien n’a abouti et les missions des personnages ne nous concernent plus.

Midnight Special est assez intemporel, son imagerie très 90s, ses thématiques nullement inédites parviennent à donner au film un ton très Spielberg, on l’accorde… mais clairement, c’est d’une tristesse absolue. La photographie est inexistante et aucun plan n’est iconique alors que Take Shelter jouait sur une proximité / distance assez pertinente. Embarqué dans l’histoire avec une volonté d’avoir le fin mot de l’histoire, Midnight Special ne propose rien d’autre qu’une narration très linéaire qui affaiblit le pouvoir de revisionner une seconde fois le film. On le range à côté de K-Pax par exemple, qui proposait un mystère et un récit abstrait mais qui servait tout le reste. Le mystère de K-Pax était le coeur du film. Ici le mystère emballe le film mais ne le définit pas. Au-delà de ces arguments négatifs, je démontre juste que l’accueil critique peut être tout autre pour quelqu’un qui n’a rien ressenti face à cette oeuvre. Midnight Special n’est pas raté mais il est loin d’être une réussite absolue.