House of Cards est officiellement revenue aujourd’hui sur Netflix (qui sera le diffuseur exclusif, bye bye Canal +). Une saison 4, et toujours plus d’impitoyabilité…

ATTENTION, SPOILER TRANSITIONNEL SUR LA SAISON 3 PUIS SUR LE PREMIER EPISODE DE LA SAISON 4 DE HOUSE OF CARDS. LA LECTURE SE FAIT A VOS RISQUES ET PERILS.

A la fin de la saison 3, Frank Underwood, après être arrivé au sommet de l’Etat, où il a dû négocier serré 13 épisodes durant avec le Président russe Viktor Petrov, voyait sa femme Claire le quitter, au beau milieu d’une campagne présidentielle difficile pour une réélection qui s’annonce compliquée. Dès lors, dans ce premier épisode de la saison 4, Frank, déjà distancé par Heather Dunbar dans les sondages, ne peut pas se permettre des complications conjugales, et doit faire avec l’émancipation de Claire. Celle-ci ne compte pas seulement prendre son indépendance, elle veut aussi se parachuter dans le 30e district du Texas, au nez et à la barbe de son ex-mari…

©Netflix

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Avec toute la promotion qui a été faite ces dernières semaines concernant cette saison 4 de House of Cards, inutile de dire que le résultat était extrêmement guetté. La série ne fait pas dans la demi-mesure, puisqu’au regard de cette promotion et de ce season premiere, le mastodonte des shows politiques va mener rien moins que sa propre campagne présidentielle (qu’elle s’est bien sûr ménagée pour la saison entière), jusqu’à, peut-être, quelques inspirations bien senties concernant le couple présidentiel. Au visionnage du premier épisode, et considérant les appétits respectifs de Frank et Claire Underwood, on pourrait presque voir une lutte de pouvoir entre deux Clinton, le tout remixé à la sauce House of Cards. La puce est mise à l’oreille quand Claire dit : « le poste de gouverneur n’est qu’un début », pouvant signifier des ambitions, à terme, très élevées pour celle qui demeure malgré tout officiellement First Lady, et qui compte bien s’affirmer hors de l’ombre gigantesque de son époux. Quoi qu’il en soit, il reste que pour les spectateurs comme pour les producteurs, cette saison aura des bénéfices : une campagne fictive s’ajoute à la campagne réelle, et l’excitation est redoublée. Avec les multiples vidéos et messages « underwoodiens » lâchés sur les réseaux sociaux ces derniers temps (« I will leave a legacy », entre autres), House of Cards compte bien rester encore un moment dans le paysage médiatique, elle qui a déjà été renouvelée pour une saison 5.

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Voilà pour la forme. Mais sur le fond ? House of Cards reste fidèle à elle-même. Campant toujours fermement sur les principes qui font son succès, la série assure la continuité dans ce season premiere. Sauf qu’elle ajoute quelque chose pour encore plus complexifier le tout, et qui s’il est bien géré devrait faire de cette saison un franc succès. Soit une campagne dans la campagne, un adversaire supplémentaire, en plus d’être un boulet au pied pour Frank Underwood : sa femme Claire. Mettre deux acteurs à la personnalité aussi magnétique que Kevin Spacey et Robin Wright en tête d’affiche de la même série, c’était l’assurance de voir, compte-tenu du sujet et des visées des personnages, une lutte d’influence particulièrement ardue, qui a été préparée trois saisons durant, et bien sûr renforcée par l’accession de Frank au pouvoir, dès les premières minutes de la saison 3, où celui-ci urinait sur la tombe de son père en déclarant que personne ne l’arrêterait. Ce premier épisode établit donc les prémices de cet affrontement en fil rouge de la campagne présidentielle (ou est-ce l’inverse ?) entre Frank et sa femme. Dans cet épisode où Francis joue de ruses pour empêcher sa femme d’élargir son spectre d’action, on comprend que le face à face va être celui des faux-semblants, un jeu d’échecs par pions interposés (comme LeAnn Harvey, incarnée par Neve « Scream » Campbell, la future chef de campagne de Claire, ou Doug Stamper chez Frank, laissant penser à une future guerre des sexes, surtout si l’on tient compte de l’engagement de Claire pour les femmes violentées, et Dieu sait qu’elle en connaît un rayon), où aucun ne sera prêt à lâcher du terrain sur l’autre, l’une parce qu’elle compte ajouter une nouvelle dimension, engagée, à son titre de First Lady of the US, l’autre parce qu’il ne compte pas faillir dans ce qui le fait vivre en permanence, sa carrière, son poste, ses ambitions, même si cela implique de devoir redoubler de malignité et d’écraser des deux pieds les étoiles montantes telles que Heather Dunbar côté démocrate et le gouverneur Conway côté républicain (joué par le futur Rick Flagg de Suicide Squad, Joel Kinnaman). Même si cela implique de vivre dans le déni, en demandant par exemple à Meechum, son garde du corps avec qui il a partagé quelques expériences en saison 2, de lui tenir compagnie.

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Maintenant que la série s’est bien ménagée le terrain de ce duel à distance, où la place de la médiatisation est toujours plus établie en tant que quatrième pouvoir (il suffit de voir les vans de presse, les journalistes toujours plus nombreux lors des points presse de la Maison Blanche), elle ne lâche pas la pression et bâtit ici une tension qui se veut montante dans cette saison 4. En parallèle de cet arc Underwood, c’est le retour à la vie normale du journaliste Lucas Goodwin, qui avait eu le tort d’essayer d’accuser Frank du meurtre de Zoe. Désormais témoin pour le FBI, l’interrogation se pose quant à son rôle par rapport au président. Mais la marque du sang-froid de la série, c’est l’entrée en scène de la mère de Claire, Elizabeth. Malade, ayant un cancer à un stade avancé, elle est mise ici en paratonnerre des tensions dans le couple Underwood, montrant que l’intérêt, les intérêts, passent avant toute chose dans le bâti personnel de leurs fragiles châteaux de cartes respectifs. Elle révèle aussi tout l’intime de la First Lady, qui fond en larmes devant la calvitie de sa mère, relâchant une pression intense contenue pendant 3 saisons. Avec cette ascension de Claire et la place prégnante que va prendre la campagne, surtout au vu de l’avance que possède sa concurrente Heather Dunbar, Frank Underwood est acculé par une déstabilisation qu’il n’avait pas prévu et peut redouter : l’entrée en scène de sa meilleure et pire ennemie, aussi douée que lui, Claire. Si en fin de saison 3, il n’était déjà plus celui qui mettait la pression, mais celui qui la subissait, cette saison 4 et son opposition centrale vont un peu plus le pousser dans ses derniers retranchements, opposant à l’émancipation spontanée de sa femme une évidente violence dans les mots (comme quand il barre le nom de Claire dans un de ses discours) et dans les actes (incroyable scène de violence fantasmée entre les deux personnages, côté obscur de la scène de sexe cru en plein orage de la saison 3, rêve qui traduit toute la névrose exacerbée du président, et incarnation du jeu de miroirs auquel se livrent Claire et Frank).

Toujours portée par sa mise en scène très chiadée, lente pour en accentuer la crudité, ainsi que par les performances de ses acteurs mis dans des dispositions idéales, House of Cards assure sereinement son retour. Il reste à espérer que la perspective d’une saison 5 ne fasse pas faire à des séries des facilités scénaristiques déplorables et qui en altéreraient la qualité. Toute la saison est disponible sur Netflix. Enjoy !