Vers une Charte de la blogosphère critique ?

Vers une Charte de la blogosphère critique ?

 

Une fois n’est pas coutume, même si cela se fait de plus en plus dans les temps qui courent, j’ai choisi de parler d’un ressenti que je crois personnel, mais aussi partagé sur quelques points par certains, sur l’état de la critique aujourd’hui et les solutions, les attitudes que je crois essentielles à la survie qualitative de notre passion. Inutile donc, ici, de préciser que ce que vous allez lire, si le cœur vous en dit, ne concerne que moi, et en particulier peut ne pas être le reflet global de ce que pense SmallThings du rôle critique. Quand bien même certaines choses pourraient se retrouver dans les écrits et déclarations de mes collègues, il s’agit ici d’un avis qui n’engage que moi. Et, évidemment, il est ouvert à toute critique et débat.

Cela étant dit, il faudrait commencer le développement en dévoilant un secret qui n’est que de polichinelle : comme beaucoup d’autres, notre passion (une profession pour certains, assez rares dans ma sphère) traverse une crise. Elle est globale, à la fois éthique et de moyens. Certains, comme Ilan Arfi (dont je salue la qualité journalistique), tentent de la dénoncer de par la description de divers travers de distributeurs, de blogueurs, que l’on pourrait qualifier de corrompus si l’on ne craignait les représailles, qui malheureusement se révèlent parfois réelles pour celui ayant conceptualisé le terme de « Mafia de l’Ignorance ». Rendant ainsi son combat critique nécessaire, mais surtout légitimé, y apportant des arguments alors que lui même en réunissait déjà.

Mais ce n’est peut être pas la seule raison pour laquelle j’ai décidé de sortir tout ce que je vais vous dire de ma tête. Ce n’est pas vraiment un témoignage que vous allez lire ici : vous n’y lirez pas des dénonciations de travers de distributeurs. De blogueurs, parfois, de manière générale, le but n’étant pas ici de montrer les méchants du doigt. On parlera plutôt de profession de foi, de solutions que j’essaie (bien maladroitement et sans doute de manière assez orgueilleuse) d’apporter à la descente aux enfers (relative!) de notre passion. Plus qu’une prise en compte de la crise, il s’agit aussi de prévenir celle qui n’est pas encore arrivée, bien que, je le crois, nous en soyons malheureusement à la porte : la crise de légitimité.

Blogueurs, cette crise est à nos portes. Qui d’entre nous peut prétendre à une légitimité complète dans notre domaine ? Ici, entendons nous bien, on parle de légitimité publique, pas de légitimité les uns par rapports aux autres (qui écrit le mieux, le moins bien, ce n’est non seulement pas le sujet mais je serais en plus bien prétentieux de donner ainsi des leçons), mais de légitimité par rapport à ce que j’appellerai les « hautes sphères de la critique » (comprendre « hautes » comme « les plus reconnues » et non comme un critère qualitatif). Elles publient, souvent, sur papier et sur Web. Quoi qu’on dise de la crise, bien réelle, que traverse ce type de presse, c’est bien elle qui est suivie le plus par le public. L’exemple seul des Avis Presse Allociné, quand ces avis ne sont pas manipulés pour encenser tel ou tel film comme cela a pu arriver depuis la reprise du groupe par Webedia, montre bien à quel point les médias jugés comme « presse cinématographique » (et sérielle bien sûr) sont peu. Dans ces Avis Presse, les notes sous forme d’étoiles concernent, pour être large, un grand maximum de 40 organes de presse. Sur le nombre exorbitant de sites existant, c’est peu.

Comment expliquer cette crise de légitimité? C’est sans doute la première question qu’il faut se poser, avant de tenter d’en définir des solutions. On ne peut ici qu’essayer de trouver des causes, il est évident au vu du comportement de certains distributeurs que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, cela n’ayant rien à voir avec la qualité des sites en question, mais plutôt à leurs (évidentes) qualités de promotion des films, dirons-nous, « sensibles ». Ainsi, comme cela a déjà été dénoncé, on essaiera donc de passer rapidement sur le sujet ici, il crève les yeux que certains, de par des « marchés », négociations plus ou moins implicites avec les distributeurs, sont plus nantis que d’autres sans pour autant travailler plus. Non, ils travaillent mieux, mais ce « mieux » ne l’est que pour leurs partenaires, et ne relèvent pas de qualités rédactionnelles et analytiques objectives (que l’on serait d’ailleurs bien en peine de définir…).

Ce constat étant posé, et la division entre blogueurs certes un peu manichéenne, mais essentielle à surligner, exprimée, on peut passer ici à autre chose. Pour s’échapper de ce débat actif et houleux (et dont on a un peu tout dit), il serait bon d’essayer de trouver, dans cette guerre de légitimité, autre chose. Sur la presse française qui « marche », dont certains des moyens de reconnaissance de ce succès ont été évoqués plus haut, force est de constater d’abord qu’elle est très souvent analytique. Prenons des journaux (papier mais aussi maintenant, pour beaucoup, numériques) connus et reconnus, comme par exemple Positif, Mad Movies, l’Écran Fantastique. Contrairement à certaines presses d’information (parfois désinformation) rapide que l’on connaît, on remarque après une brève étude qu’ils ne font pas la course. Par l’étude de séries, par exemple, puisque c’est la matière la plus concernée sur le sujet, même si on ne se fait pas de doute sur la manière dont celles-ci sont regardées, l’avis sur ces productions n’arrive pourtant que lors de la diffusion française.

Il faut en effet à mon sens que le blogueur comprenne que, tant que la course à l’audience sur les productions culturelles existera (« dès que la saison est sortie sur Internet tu la regardes. Comment ça t’attends la diffusion française ? Mais Machin en parle depuis deux jours déjà ! On a pas le temps »), sa légitimité ne pourra être assise : le distributeur moyen, je le crois, n’accordera pas sa confiance à une presse qui n’attend pas, il faut bien le dire, dans la plus grande des impolitesses, malheureusement commune à notre époque, que la série soit sortie pour la voir… Et en parler !

Seulement, c’est bien ce qu’il faut faire pour « percer ». C’est finalement le grand principe de notre presse Web, et c’est peut-être ce qui nous fait le plus de mal, ce qui met le plus notre légitimité entre guillemets : au delà du fait que certaines œuvres méritent du recul (on ne sort pas, ou très rarement car cela peut arriver chez certains écrivains talentueux, une critique d’un Haneke dans le même laps de temps que celle d’un Septième Fils !), le public, d’expérience, n’est pas forcément plus intéressé par une critique qui sort plus tôt ! Au delà de son attirance un peu bizarre (qu’on ne juge pas, chacun trouve son compte et c’est tant mieux) pour les émissions telles que celle de Cyril Hanouna, je crois, peut être un peu naïvement, le public plus à même de privilégier une critique de qualité à une critique en avance !

Au delà du problème de temps, bien sûr, les téléchargements illégaux et le streaming (il faut bien finir par appeler un chat un chat) sont aussi dus à un manque de moyens des blogueurs, qui au delà du prix toujours plus exorbitant des places de cinéma malgré la tendance actuelle aux tarifs  dits « réduits », trouvent finalement bien meilleur accès à ce qu’ils cherchent sur le Web. Qui pourrait leur jeter la pierre? Cela arrive à tout le monde, moi le premier ! C’est alors principalement aux distributeurs qu’il faudra s’adresser, peut-être leur faut il ouvrir des projections de presse plus larges, et se calmer un peu sur certaines procédures d’embargo (on est obligé ici de citer Disney, l’hystérie personnifiée, dont certains sites reconnus et amateurs de comics et de dérivés attendent toujours, au passage, leur accréditation). Mais cette frilosité des grands distributeurs, ce sont les principaux concernés, ne serait elle pas moins présente sans la masse des téléchargements ? Qui vient le premier, la poule ou l’œuf? La question est large et ne trouvera pas de réponse si l’effort ne vient pas des deux côtés.

Pour asseoir sa légitimité, ne nous voilons pas la face plus que de nécessaire, il faut « faire du chiffre« . Cela fonctionne comme ça et pas autrement, plus un site a de vues et plus il a de chances d’être considéré comme reconnu, comme de qualité. Peu flatteur pour certains « petits sites » (on peut ici prendre l’exemple essentiel et fascinant de « De l’Autre Côté de l’Image« , sans doute pour moi le meilleur site en activité concernant le cinéma), dont le talent critique dépasse aisément certains autres « grands » et invités à de nombreuses projections, qu’on évitera ici de citer, non pas par crainte de représailles, mais tout simplement pour ne pas leur faire plus de publicité. Mais c’est un système auquel il faut s’accommoder : aussi est-il dans l’intérêt de chacun souhaitant être reconnu d’essayer d’allier passion et attractivité.

Passion, c’est à chacun de juger et de voir comment la retranscrire. On ne donnera pas ici de conseil sur la question, simplement pour la raison qu’elle est éminemment personnelle et dépend beaucoup de regard de chacun sur soi même et de ce qu’il compte produire. L’attractivité, en revanche est un tout autre sujet, et permet, sans avoir de recette miracle et en faisant peut-être preuve d’une certaine croyance naïve, un peu idéaliste, de reconnaître que la qualité est, souvent, ce qui intéresse le public cinéphile, lecteur de nos chroniques.

Quel est donc le rôle du critique ? On est enfin dans le cœur du sujet, dont on a déjà posé les bases complexes et apporté des débuts de développement. Le rôle critique est bien sûr avant tout d’être lu. D’apporter, pour cela, un regard avisé sur ce qu’il voit, et de permettre au spectateur de faire un choix. C’est le premier rôle du critique, son avis quoi qu’on en dise est, souvent, une référence pour celui qui le lit fréquemment. Ainsi faut-il être clair, éviter un maximum les fautes d’orthographe et essayer tant que faire se peut d’apporter une qualité rédactionnelle à ce que l’on propose. Éviter les redites, sauf si elles sont essentielles pour dégager un argument important. Mais cela est bon de n’importe quel exercice d’écriture, relève des études scolaires, ou/et des lectures de chacun, donner des conseils ici reviendrait à proposer un ennuyeux cours…

Pour qu’un critique soit pris en compte, au delà de la qualité de sa syntaxe, il faut, je le pense de tout mon cœur, qu’il prenne en compte son public. On lit trop souvent des avis ne prenant pas en compte l’avis public. Si son avis diffère de cet avis public, la première question que doit se poser un critique est : pourquoi? Si cette œuvre cinématographique a bien toutes les qualités que je lui trouve, pourquoi tout le monde la trouve si médiocre ? Pour quelles raisons le public aime t’il tant cette série alors que je n’y trouve que vide et violence ? Un avis, dans ce type de cas, qui se contente de se renfermer sur lui même, n’a d’une part que peu d’intérêt (quand bien même il serait bien écrit et argumenté), et d’autre part risque d’agacer sérieusement le lecteur qui n’aurait pas la même vision de choses. L’auteur ne tente même pas de prouver au lecteur qu’il a tort, ce serait un petit début, il ignore purement et simplement son avis ! Il apparaît ainsi sans le vouloir bien méprisant…

On se rend compte finalement que, comme beaucoup de sujets à problèmes, le questionnement ici développé tourne beaucoup autour du respect. On respecte le distributeur en ne téléchargement pas des mois à l’avance les films et séries qu’il propose, quand bien même celles ci arriveraient en France de manière tardive, juste pour en parler le premier. On respecte ses lecteurs en leur proposant un contenu que l’on veut de qualité, et on les respecte d’autant plus en prenant leur avis en compte. Il s’agit finalement de rappeler l’évidence : les vues ne sont pas qu’un chiffre sur une page. Des personnes, derrière ont cliqué, ont aimé ou pas !

Ou pas ! Il s’agit bien sûr d’accepter la critique ! C’est à la fois aux lecteurs et à l’auteur de faire des efforts dans ce domaine. Je vois trop souvent en tant qu’administrateur de groupe cinéphile des critiques agressives d’auteurs envers d’autres : on en est épuisé de rappeler que chacun, peu importe la qualité de sa plume, a droit au respect. La critique doit être respectueuse, à la fois d’un auteur à l’autre, mais aussi d’un lecteur « simple » à un auteur. Et avant tout, puisque l’on parle ici du rôle de l’auteur et non de celui du public, respectueuse d’un auteur à une œuvre.

Le problème de cette dernière forme de respect est plus insidieux, concerne moins la recherche de vues que la production qualitative et crédible de chacun. L’auteur doit respecter l’œuvre : en voilà un grand principe, fondamental mais assez difficile à mettre en pratique. Respecter l’œuvre ce n’est pas seulement éviter les attaques ad hominem, les insultes envers l’équipe du film (on en voit parfois ! Regardez bien!), mais également et surtout éviter un maximum les a priori. Qu’on se le dise, on en a tous. Beaucoup font « gloups » à l’idée d’une version de Gaston par le cinéaste déjà auteur du décrié « Les Profs ». Mais ce « gloups » doit être silencieux, et l’on doit surtout essayer de le mettre un maximum en sourdine au moment de voir le film.

Cela est encore une fois une histoire de crédibilité ! Comment croire un critique, se fier à son avis si il était ostensiblement et catégoriquement convaincu bien avant la séance que le film sera un navet, tout juste bon à rapporter un peu d’argent ? L’affaire n’est pas ici l’objectivité, le critique a forcément des attentes plus ou moins positives, plus ou moins tranchées, envers le film qu’il va voir, on voit rarement un film dont l’idée du visionnage laisse indifférent. Mais il s’agit d’agir, en calmant les attentes pour apprécier l’œuvre en elle-même, et non en temps que suite, que reboot, que produit hollywoodien, que « film de »… Le recul envers certaines œuvres est essentiel, mais il se fait après coup, c’est seulement après avoir vu le film que l’on peut le remettre en question dans le genre, le style, le choix de production dans lequel il évolue ! Blogueur, ne sois ni fanboy ni hater, accepte que ta passion a des défauts et ta hantise des qualités, ou au moins entends les !

Le critique, enfin, et c’est un des écueils les plus difficiles à éviter pour exercer le métier de journaliste aujourd’hui, ne doit jamais être racoleur, si vous me passez l’expression. Certains sites en font presque leur porte-étendard, balançant à la tête des lecteurs des avis péremptoires sur tel ou tel film, telle ou telle question de société, tel ou tel effet de mode. C’est une chose à laquelle il faut faire attention, et un mal qui se répand de manière malheureusement très fréquente dans nombre de généralistes. Ils ne donnent pas au lecteur ce qu’il veut, loin de là ! Mais ce qu’eux même s’imaginent qu’il veut. Blogueur, vouloir des clics est une chose, mais ne vends pas n’importe quoi pour cela ! La critique n’existe pas à grands « coups d’hashtags », comme dirait Stromae ! Ne deviens pas une #Putaclic… Et on en revient, ici encore, à une question de respect. Mais alors, c’est le respect de soi même. 

Tout ça pour dire une chose. La crise des blogueurs existe. Elle est à nos portes. Elle est ici pour de nombreuses raisons, qui ne sauraient être toutes citées dans cette longue chronique. Il s’agit sur certains points d’empêcher qu’elle ne se prolonge, sur d’autres d’empêcher qu’elle ne démarre ! Je crois personnellement, pour beaucoup de blogs que je vois circuler, à notre capacité de remise en question. Mais le mouvement doit être global, ne saurait se faire seulement individuellement. Je n’ai pas posé ici toutes les questions, n’ai pas non plus apporté toutes les réponses, loin s’en faut ! Ma volonté est simplement que ces questions soient posées. Grand bien leur fasse à ceux qui préfèrent rester dans l’ombre et simplement calmer leur besoin d’écrire, il est estimable de savoir simplement profiter de sa passion. Toi le blogueur qui me lis, tu as bien du courage ! As-tu cette envie de te remettre en question ? Au point d’approuver une charte, signée pour le respect et le bien-être de chacun? Si c’est le cas, n’hésite pas à nous le faire savoir !

Trouvez ici les liens cités dans la chronique, et d’autres utilisés pour certaines affirmations :

« De L’autre Côté de l’Image », dirigé par Amandine Mi : http://clockwork1.canalblog.com

 » Cinéphilia », dirigé par Thibault Van de Werve  : http://cinephilia.fr/blog/

Et son billet (par Ilan Arfi) sur la Mafia de l’Ignorance : http://cinephilia.fr/blog/tribune-la-blogosphere-cinema-ou-la-mafia-de-lignorance/

« Le Monde », traitant de l’embargo Disney : http://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/12/15/pourquoi-vous-ne-lirez-la-critique-du-dernier-star-wars-que-jeudi_4832107_3476.html

Clip de « Carmen », par Stromae :

 

AMD

About The Author

Adrien Myers Delarue

Résidant à Paris, A.M.D est fan de Rob Zombie, de David Lynch et des bons films d'horreurs bien taillés. Sériephile modéré, il est fan de cultes comme X-Files, Lost, ou DrHouse, ou d'actualités comme Daredevil ou Bates Motel.

13 Comments

  1. Un constat intéressant, certes. Personnellement, je ne le partage pas sur tous les points mais je ne suis peut-être pas assez présent dans la blogosphère pour me rendre compte des situations dépeintes. Je reste toutefois persuadé que les problèmes évoqués ne concernent qu’une partie de la blogosphère ciné. Celle qu’on entend le plus, d’accord, mais pas celle qui regroupe le plus de blogueurs. Je me plais à croire que la plupart continue de faire ça pour le plaisir de partager un avis avant tout, sans notion de clic ou d’audience, sans envie de concurrencer les « grands ». Du moins, je l’espère.

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  2. C’est tout a fait juste. Je constate ça aussi depuis quelques temps. Cette course au clics sur la blogosphère est assez « inquiétante ». On pourrait aussi étendre le problème au critiques vidéos et aux vidéastes qui surfent sur la vague pour avoir des vues, c’est la même logique.
    Concernant la tolérance de la pluralité des avis, ça c’est un gros problème. je le vis personnellement tout les jours. Je me suis déjà fait insulte pour avoir donnée une opinion différente, les gens sont extrêmement intolérant face aux désaccord. De mon point de vue, il est difficile d’examiner l’étendue du problème mais au moins tu as mis le doigt sur quelque chose d’important.

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  3. Ah… c’est à nouveau la saison où la blogosphère se demande pourquoi on ne la prend pas au sérieux ?

    Ce qui est rigolo, c’est que ça arrive assez régulièrement et qu’à chaque fois, les réponses à cette pseudo-crise sont toujours à côté de la plaque. Cet article en est un bon exemple.

    Au lieu de se poser la question de ce à quoi la blogosphère devrait ressembler, quels devraient être ses standards d’indépendance, de rigueur et d’exigence en termes de qualité, il défend une vision édulcorée où il ne faut surtout pas fâcher les distributeurs et les lecteurs.

    Contrairement à ce qu’écrit l’auteur, le respect du lecteur n’implique pas de le materner en évitant de ne pas être de son avis. Le respect du lecteur commence par se demander pourquoi écrire un article, à se demander si on a vraiment quelque chose d’intéressant à dire, une perspective originale, une analyse pertinente.

    Si plus de blogueurs se posaient cette question, on éviterait les critiques de deux feuillets (dont un feuillet résumant la fiche Wikipedia du film). Le souci, c’est que ça demande de réfléchir un peu pour trouver une problématique intéressante, pour la développer, pour la rendre intelligible au lecteur. Avoir des standards en termes d’orthographe et de syntaxe, c’est bien. Mais si ce n’est que pour meubler du vide, ça ne sert à rien.

    L’avantage d’un blog sur Internet, c’est de ne dépendre de personne et de n’être limité par personne. La nature même d’un blog permet de se lancer dans les analyses inédites, dans des parallèles tordus, dans des théories fumeuses mais stimulantes.

    Dans l’idéal, la blogosphère devrait être un repaire de nerds cinéphiles qui passent leur temps à réfléchir sur le cinéma. Au lieu de ça, elle ressemble à la décharge de la critique institutionnelle où la majorité des articles sont des mauvaises imitations du carnet critique des magazines culturels, où les auteurs ont rarement autre chose à proposer que leur opinion « bien/pas bien » sur un film… et je ne parle pas du relais permanent de news pour faire plaisir aux attachés de presse.

    Partant de là, les considérations cosmétiques sur comment rédiger ses articles pour ne pas vexer les distributeurs ou les lecteurs paraissent bien dérisoires face à la vacuité du propos de ceux-ci.

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    • Merci de réagir à mon article, tout d’abord.

      Je ne sais pas si je me suis bien exprimé… Vous trouvez que je parle d’éviter de fâcher les distributeurs ? Je trouve au contraire que je leur reconnais leur part de responsabilité, j’appelle juste au respect des produits qu’ils proposent pour une meilleure entente.

      Je ne crois pas non plus qu’il faille « éviter de fâcher » les lecteurs. Quand on est en désaccord avec eux, on ne doit pas de taire mais le dire. Le dire, c’est d’abord, oui, expliquer son avis sur la question. Mais le dire, c’est aussi prendre en compte le désaccord, avoir la curiosité intellectuelle de se demander pourquoi on est en désaccord avec la majorité des spectateurs cinéphiles ou sériephiles. Sans pour autant chercher un accord, un terrain d’entente avec eux, ou essayer de les convaincre ! Juste les entendre. On est bien loin, je le pense, de « materner » le lecteur, mais simplement de le prendre en compte, ce qui d’ailleurs peut tout à faire apporter une problématique ! (Lire à ce sujet par exemple mon article sur Scream Queens, que le même site qu’ici).

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      • Le soucis que j’ai avec ce raisonnement, c’est qu’il me semble que, si on doit se poser la question du « respect du produit » ou de l’avis du lecteur, ça ne vaut sans doute pas le coup d’écrire l’article qu’on a en tête.

        Pour prendre l’exemple de l’article sur Scream Queens, j’ai du mal à voir en quoi le manque de succès public de la série a apporté une problématique dans la mesure où l’article se réduit finalement à une énumération de « bons points/mauvais points ». Il me semble qu’on est toujours dans le très classique « c’est bien/c’est pas bien ». C’est dommage. Je n’ai pas vu la série mais, à la lecture de l’article, il me semble qu’il y avait des points intéressants à développer. Par exemple, quand je lis « c’est notamment l’exploration de thématiques fascinantes qui a su maintenir mon intérêt pour cet objet parfois outrancier, qui au final parle beaucoup de la déification des personnalités publiques, ici représentées par le personnage de Chanel Oberlin (Emma Roberts, parfaite durant toute la saison). », je me dis qu’il y avait peut-être un article à faire sur ces thématiques si fascinantes. Quand on me parle de déification des personnalités publiques à propos d’une série qui empruntent ses codes au slasher, je me demande s’il n’y a pas quelque chose à creuser. Le slasher étant un genre codifié autour de la transgression d’un tabou qui entraîne la punition des transgresseurs, est-ce que la série essaierait de moderniser ces codes en substituant aux tabous « traditionnels » (la sexualité, la religion) des tabous « modernes » (la célébrité, la technologie) ? Ou encore, puisque la série accumule apparemment les références cinématographiques, on peut se demander ce qu’elle en fait. Est-ce que ces références sont de simples clins d’oeil, des hommages ou est-ce qu’elles enrichissent la narration ou construisent une forme de réflexion sur le genre ? Ou, puisque la série se met au travers de ses références dans la lignée d’un genre purement cinématographique comme le slasher (qui n’avait jamais été adapté à la télévision), comment est-ce qu’elle en transpose les codes d’un médium à l’autre ?

        Il me semble qu’il y avait là des pistes de réflexion à développer. Et non seulement il n’est pas nécessaire pour cela d’éluder les défauts de la série, mais cela peut même permettre de mieux les comprendre. Peut-être que si la série commet une erreur en évoluant vers le whodunit, c’est parce que le showrunner échoue à adapter les codes du genre au format télévisuel. Peut-être que la répétitivité du slasher condamnait à l’avance la série à évoluer vers un whodunit hors de propos. Mais alors il y a peut-être lieu de se demander pourquoi un genre aussi stéréotypé que le slasher, qui s’est construit des séries invraisemblables de films (9 films Freddy, 12 films Vendredi 13), n’aurait pas pu être transposé en série télévisée.

        Bref, il y a toujours moyen de se poser des questions quand on parle d’un film ou d’une série… et, à l’avantage, c’est qu’à partir du moment où on se pose ce genre de questions, il n’est pas nécessaire de se demander si on respecte l’oeuvre ou l’avis du lecteur, puisque le travail intellectuel fourni pour explorer ce genre de problématique et pour la traduire en termes intelligibles est en soi une marque de respect.

        Réponse
        • Il est clair que les différents angles d’attaque proposés sont intéressants et méritent d’être développés. Mais ne sort-on pas un peu du principe premier de la critique, à savoir donner son avis, tout simplement, pour, peut-être, donner envie ou non à un lecteur de voir tel ou tel film ? Personnellement, en tant que lecteur, quand je cherche une critique, c’est d’abord pour ça. Si je veux une analyse complète, j’en cherche une. Mais quand je veux juste me renseigner sur une oeuvre, simplement voir ce que les autres ont pu en penser, dans sa globalité et non sur des points précis comme ceux évoqués en exemple, je cherche ce fameux bien/pas bien. Prenons l’exemple de Scream Queens, qui a été choisi. Avant d’avoir moi-même regardé cette série, il m’est arrivé de lire des critiques dessus. Pour avoir une idée générale, voir ce qui était reproché et ce qui avait été apprécié, me convaincre, peut-être, de me plonger dedans. Ce n’est qu’après avoir vu les épisodes, m’être fait mes propres avis ou avoir formulé mes interrogations sur certains points (notamment l’évolution, voire la transgression, des codes du slasher), que je me suis mis à chercher des articles plus poussés sur la question. D’une part parce qu’il me semble difficile de lire un article de ce genre sans être victime d’un spoiler, et d’autre part parce que c’est après avoir vu la série que ces questions me sont venues.
          Encore une fois, je ne nie pas l’intérêt des analyses, mais elles n’ont pas le même intérêt que les critiques, pas le même lectorat et ne répondent pas aux mêmes attentes. Et, intégrées aux critiques de façon poussée, elles créeraient des textes extrêmement longs et fastidieux à lire, du moins je pense. Dans mon esprit, ce sont deux choses complémentaires, qui n’ont pas besoin d’être comparées l’une à l’autre car il s’agit d’exercices tout à fait différents, et qui sont toutes deux nécessaires.

          Réponse
          • « Mais ne sort-on pas un peu du principe premier de la critique, à savoir donner son avis, tout simplement »

            Non. La critique n’est pas et n’a jamais été un avis.

            Un avis n’est pas et ne sera jamais une critique.

            Ça peut paraître confus mais s’il existe deux termes différents c’est parce qu’ils ont deux définitions différentes.

          • Certes, je me suis permis un raccourci un peu facile afin de mettre en opposition le côté « bien/pas bien » et celui plus analytique, tous deux évoqués plus haut. Mes excuses.

          • Effectivement, la vision que l’on a de la blogosphère n’est pas la même. Pour moi, il ne s’agit pas (ou du moins, il ne devrait pas s’agir) d’un lieu où l’on se bat pour être « légitime » aux yeux du monde du cinéma, mais plutôt d’un endroit où les amateurs peuvent avoir du plaisir à échanger sur leur passion, ni plus, ni moins. Si l’on veut partager une critique, un avis, une analyse, d’une façon un peu plus poussée que sur les réseaux sociaux ou sur un forum, un blog est le vecteur idéal. La légitimité, s’il doit y en avoir une (ce dont je doute) est alors apportée simplement par le fait d’être lu, puisque le but premier est justement le partage.

            À mes yeux, à partir du moment où l’on tente de rivaliser avec les instances établies, où l’on essaie de tirer un profit (qu’il soit financier ou social), on n’est plus dans la « blogosphère », on tombe dans la cour des sites pros. Et je pense qu’une grande majorité des blogueurs cinés sont dans la première catégorie. Ils aiment quelque chose, ont envie d’en parler et essaient de le faire le mieux possible sans chercher forcément à être reconnus par les « grands », même si, bien évidemment, ça peut flatter de l’être. Selon toi, la blogosphère s’est fourvoyée, mais j’ai plutôt l’impression que, ce sur quoi l’on se fourvoie, c’est sur la notion même de blog ciné. Tout le monde peut créer un blog, c’est, par essence, un média amateur. À partir de ça, il n’y a pas de raison de pousser à l’élitisme d’un tel milieu.

            Désolé de tant de nombrilisme, mais je vais me prendre pour exemple : je tourne à moins de 1000 visiteurs par mois. Je ne fais pas de ‘pub’ acharnée pour essayer d’amener des clics. Je ne fais même pas l’effort d’optimiser mon référencement autant qu’il pourrait l’être. Cela ne m’empêche pas de mettre régulièrement le site à jour avec des critiques ou des news et de gérer le compte Twitter qui s’y rapporte. Parce que c’est un truc que j’aime faire. Et s’il y a deux-trois personnes à qui ça plait, tant mieux. Mais même si ça ne plaît pas, je continuerai tant que j’en aurais l’envie. C’est là toute la liberté d’un blog.

            Et c’est en ça qu’une telle charte, ou une orientation globale qui s’adapterait à tous les blogueurs, n’est pas du tout adaptée. Parce qu’elle s’adresse à une frange selon moi réduite des cinéphiles du web, et non pas à la majorité des blogs en activité. Je me trompe peut-être en affirmant que la plupart d’entre eux (enfin, d’entre nous) cherche plus le plaisir que la reconnaissance. J’espère que non.

            Ceci dit, dans le cadre des sites qui cherchent à se professionnaliser, je suis entièrement d’accord avec ce que tu as dit plus haut pour quelqu’un qui cherche la légitimité. L’audace, l’analyse poussée, la recherche de formats innovants, ce sont des choses à développer si l’on souhaite se faire valoir. Encore faut-il en avoir l’envie.

          • Je ne suis pas d’accord avec la distinction que tu fais entre amateurs et professionnels. Tu sembles considérer que la distinction entre amateur et professionnel est une distinction qualitative. D’un côté, les amateurs qui barbotent dans leur coin, de l’autre, les pros qui bossent sur des trucs un peu poussés.

            Pour moi, la distinction entre amateurs et professionnels est essentiellement logistique : les professionnels ont plus de moyens mais plus de contraintes, les amateurs ont moins de moyens mais plus de liberté.

            Admettons qu’on oublie la question de la légitimité. J’abordais la question parce que c’était le sujet de l’article mais on peut aussi se poser la question de pourquoi écrire.

            En tant qu’amateur, la réponse est au premier abord évidente : « pour le plaisir ». Mais on peut se demander aussi « quel plaisir ? » Avoir écrit un truc, l’avoir publié, qu’il soit lu, ça fait plaisir, ça flatte un peu l’égo, c’est sympa.

            Après, j’ai tendance à considérer que l’auteur doit toujours être le premier lecteur. En tant que passionné, le véritable plaisir, c’est d’apprendre des choses, de voir une oeuvre sous un angle nouveau, d’enrichir mon point de vue. Et il me semble que l’ambition d’un passionné doit être d’écrire ce qu’il a envie de lire.

            Cet exigence que l’auteur s’impose n’est même pas une contrainte, c’est au contraire une source de plaisir. Lorsqu’on est passionné et qu’on réfléchit sans cesse à des films, lorsqu’on parvient à faire aboutir une analyse, qu’on parvient à la rendre intelligible pour les autres et, avant tout, pour soi-même, c’est un véritable plaisir.

            Après, je suis d’accord avec toi sur l’inutilité d’une quelconque charte. Non seulement elle ne saurait s’appliquer à tout le monde mais, vu le manque d’inventivité formelle et intellectuelle de la blogosphère, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée que les blogueurs avec une certaine ambition uniformisent encore plus leurs articles.

          • La distinction que je fais n’est pas qualitative, mais bien dans l’intention qui est derrière. Si c’est ce qui a été compris, c’est que je me suis mal exprimé, j’en suis désolé. Je partage également l’argument logistique que tu avances.

            Sur le reste, je ne disconviens de rien. Je partage, même, tout ce que tu as écrit. J’y ajouterai tout de même ceci : tant mieux, si le plaisir est dans la qualité d’écriture et d’analyse. Mais même si pour certains, le plaisir est dans le partage brut, sans forcément de recherche derrière, qu’est-ce-que ça peut faire ? Le gros avantage des blogs est la liberté qu’elle offre à l’auteur, certes, mais aussi au lecteur. Celui-ci ne paie pas pour un contenu et peut en changer comme il le souhaite. Ainsi, je pense qu’il est inutile de tenter de forcer à la qualité quelqu’un pour qui ce n’est pas le but premier. D’autres sources de plaisir peuvent être tirées d’un blog. Et chacun peut, ainsi, s’adonner à la recherche de ce plaisir (qui est avant tout de flatter l’égo, comme tu le dis), sans avoir à répondre à une exigence de qualité ou d’inventivité si ce n’est pas ce qu’il cherche. Les lecteurs, après, sont tout à fait libres de faire leur choix.

            Bref, je pense qu’en fait, nous sommes d’accord sur le fond de cette histoire, même si notre façon d’envisager les choses n’est pas tout à fait la même. Je vais donc m’en tenir là. Bonne journée à toi.

          • Il me semble justement que l’analyse, c’est ce qui différencie un avis d’une critique. Et autant il me semble que les réseaux sociaux ou les forums sont des médias parfaitement appropriés pour donner son avis, autant je trouve dommage d’utiliser un blog pour cela.

            C’est peut-être ça, le véritable désaccord entre nous deux. J’ai l’impression que tu vois la blogosphère comme l’extension du cahier critique des magazines, là où sont rassemblées les chroniques de films. Il me semble que c’est une impasse dans laquelle s’est fourvoyée la blogosphère et qui est une des raisons de son manque de légitimité.

            Si on regarde rapidement l’histoire de la critique, on s’aperçoit que ce qui offre une légitimité sur le long-terme, ce n’est pas le fait d’écrire correctement quand on donne son avis, c’est d’être les premiers à s’intéresser à un sujet, à l’étudier et à produire les analyses déterminantes sur la perception de ce sujet par le public. C’est pour ça qu’une revue comme Midi-Minuit Fantastique est encore une référence : elle a contribué à définir la façon de voir le cinéma fantastique. C’est pour ça que Starfix est encore une référence : elle a façonné la façon de voir le cinéma d’action. Or le fait est que ces deux exemples ne sont pas apparus ex nihilo. Ce sont en quelque sorte le substrat, la quintessence, du fanzinat de leur époque.

            Et il me semble que la blogosphère ciné aurait tout intérêt à profiter de la liberté qu’offre le format blog pour s’inspirer des audaces intellectuelles et formelles du fanzinat. Ce n’est que comme ça qu’elle a une chance de voir un jour acquérir une forme de légitimité : au travers de la production d’un corpsus qui fait référence.

            Et, inversement, elle n’a rien à gagner à écrire des avis à la chaîne pour contenter un lecteur qui, de par le fait même qu’il cherche juste un avis, est forcément volatile puisqu’un avis en valant n’importe quel autre, il n’a pas de raison de revenir.

  4. Je viens de découvrir ton passionnant article par l’entremise de Mademoiselle Chat (aka Amandine Mi). Je suis moi même blogueur cinéma, et autour de moi, ceux qui me suivent et dont je dévore également les travaux, il n’y a pas cette politique/ère du « clic » que ta chronique semble dépeindre. Peut-être vie-je dans une bulle. Peut-être que, me moquant moi-même des audiences, je ne possède dans mes relations virtuelles uniquement des blogueurs qui accordent davantage d’attention au style et à la réflexion qu’au statistique.

    Ceci étant, je pense en effet que les « grands diffuseurs » se tourne vers les « grands pourvoyeurs de clics » possédant un style journalistique et les « petits diffuseurs » vers les « petits pourvoyeurs de clics » proposant un style plus littéraire (constat sans jugement de valeur aucun).

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