Avec cette mini-série adaptée d’un roman à succès de Stephen King, produite par J.J. Abrams et donnant à James Franco le premier rôle, nul doute que Hulu tente de frapper les esprits et ainsi s’imposer dans le cercle des fournisseurs de fictions télévisées de qualité. Si le projet a, de fait, fait parler de lui, le pilote est-il à la hauteur de ces ambitions ?

La scène introductive nous plonge d’emblée dans l’ambiance de l’univers de King : on y retrouve l’horreur racontée longtemps après les faits par un vieil homme fatigué, puis le contexte, une classe de cours et un écrivain raté en guise de professeur. C’est lui que l’on nous propose de suivre, même si le vieillard et son histoire ne seront pas absents de la suite de son aventure.

Lui, ça fait des années qu’il semble manger le même hamburger bon marché dans le même Dinner. Il n’essaie plus vraiment de prétendre pouvoir faire quelque chose de sa vie. Il n’écrit plus, enseigne dans des classes qu’il n’arrive plus à atteindre, a abandonné l’idée de changer la vie des autres, d’avoir un impact quelconque. Son père vient de mourir et en signant les papiers du divorce que lui apporte sa femme, ce jour-là, il coupe le dernier lien qui semblait encore le rattacher à ses contemporains.

11.22.63-cooper-franco

Hulu

Sans doute est-ce pour cette raison qu’il constitue le candidat idéal sur lequel le propriétaire du Dinner, contraint par la maladie, va se reposer pour reprendre le flambeau de sa quête, la quête de toute une vie. C’est que dans les cuisines se trouve un placard extraordinaire, un portail temporel qui vous conduit systématiquement au même endroit et au même moment, à savoir l’après-midi du 21 octobre 1960, alors que les travailleurs sortent de l’usine et que le laitier casse une de ses bouteilles lors de sa livraison.

Difficile à croire sans doute, mais difficilement contestable également alors que la preuve s’étale devant les yeux de notre héros. Le fonctionnement expliqué, vient alors le moment de révéler le véritable enjeu de cette révélation extraordinaire : il faut empêcher l’assassinat de J.F. Kennedy qui aurait généré un cycle vicieux d’événements conduisant à la situation actuelle de l’Amérique. Déjà bien préparée par les tentatives de son prédécesseur, la mission semble claire mais pas simple pour autant…

Bénéficiant d’une réalisation soignée, d’une ambiance sonore agréable et d’acteurs parfaitement convaincants, 11.22.63 se présente d’ors et déjà comme un divertissement efficace et entrainant. S’appuyant sur une intrigue éprouvée par le roman dont elle est tirée, il ne fait pas vraiment de doute que les 7 épisodes à suivre confirmeront sa cohérence et satisferont les attentes que laisse entrevoir ce pilote.

Hulu

Hulu

Cependant, le sujet du retour en arrière pour changer le présent et l’immense potentiel qu’il sous-tend ne peut que se retrouver à l’étroit dans un projet de mini-série. Dans ce premier épisode, déjà, nombre de questions se posent, de possibilités s’offrent à notre imaginaire, sans espoir qu’ils ne soient un jour explorés. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de voir combien le format audio-visuel lui-même semble par moment trop étroit et repérer les passages où l’écriture de Stephen King manque cruellement à l’appel pour combler les raccourcis.

Si la fin de l’épisode donne carrément envie de voir la suite, si le héros, et son incarnation par James Franco, est sympathique et incite à se laisser emporter avec plaisir par son aventure, si l’on a envie de savoir si cet homme finira par trouver un moyen de laisser sa marque sur son présent et sur ceux qui l’entourent, ce pilote est aussi une porte ouverte sur une certaine frustration. Des adaptations de Stephen King, on ne sait que trop qu’il y a les bonnes et les horribles. Nulle doute que 11.22.63 fait plutôt partie de la première catégorie, même si sa plus grande qualité sera probablement de vous donner envie de vous plonger dans le livre.