A l’occasion de la 21e édition de Paris Manga, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Neve McIntosh, alias Lady Vastra dans Doctor Who. Une femme très sympathique et agréable, pleine d’allant et de « scottishness »

Elle arrive à la bourre, Neve McIntosh, la valise encore à la main. « Je viens tout juste de sortir de l’Eurostar », dit-elle. Le temps d’attraper un café et une banane et on y va. Ou presque : la pauvre, tout juste installée, s’écroule. Evanouissement ? Non, juste une chaise défectueuse qui s’est brisée sous tant de vie. L’interview aurait alors pu commencer sur de mauvaises bases, il n’en fut rien : elle en rit, d’un rire communicatif, puis reprend une autre chaise, vérifie bien que la chaise tient le coup, et ca repart, le café et la banane posés devant elle. Loin d’être désagréable et de mauvaise grâce, à la manière de son personnage qui limite les paroles de Clara dans The Snowmen, l’actrice de Doctor Who, toute simple, n’hésite pas à parler, interagir, partir sur un point spécifique sur Doctor Who, et elle pourrait parler toute la nuit de son amour pour la série. Si bien qu’il nous reste une ou deux questions à la fin, et si peu de temps pour les poser. « Quick, quick », dit-elle dans un sourire complice. Et quand au milieu de son ultime réponse, on nous signifie que c’est fini : « deux minutes de plus, s’il vous plaît », tournant à peine la tête pour revenir vers nous, finir sa réponse, et partir dans un nouveau petit rire vers une nouvelle interview. Si gentille et si écossaise (et on ne parle pas que de l’accent, mais aussi de l’excentricité, tout cela positivement) : Neve McIntosh fut un vrai plaisir à interviewer.

Comment incarne-t-on, comment se prépare-t-on, pour le rôle de Lady Vastra, dans Doctor Who ? 
Il y a bien sûr le costume, qui met du temps à mettre, et le maquillage, qui vous rendent très rigides. Pour jouer Vastra, pour me préparer, j’ai un DVD qui tourne en boucle sur les lézards, sur les reptiles, pour m’imprégner, véritablement, de cette femme lézard, pour bouger comme elle. Parfois vous oubliez que c’est un lézard, même si elle vit avec des humains. Je dois travailler la voix, parce qu’elle a une manière particulière de parler. J’abandonne mon accent écossais, mais seulement un peu : Vastra est depuis longtemps habituée aux humains, elle est un peu anglaise, elle fait partie de leur société. Alors mon accent est un peu écossais, et un peu londonien, je garde les deux, pour rester la plus naturelle possible. On me dit parfois que mon accent est « londonish », d’ailleurs : puisque je vis à Londres, j’ai pris l’accent londonien. 
Vous avez joué Vastra bien sûr, mais aussi Alaya, la Silurienne vengeresse dans « La Révolte des Intra-Humains », où celle-ci voulait tuer les humains et reprendre une place qu’elle estimait légitime. Quelle est la différence entre Vastra et Alaya, en terme d’interprétation, et qu’est-ce qui fait que Vastra s’est habituée au monde humain, ce qui n’a pu être le cas pour Alaya ?
Je pense que ses origines ont permis de donner une base à l’établissement de Vastra. Mais beaucoup de membres de la horde de Siluriens à laquelle appartenait Vastra ont été tués, donc au début, c’était une ennemie, pour tous. Mais on peut estimer que bien sûr, le Docteur l’a sauvée, mais aussi Jenny. Jenny l’a sauvée, et elle a réalisé que les humains avaient des bons côtés. Elle pense bien sûr que ce sont des animaux idiots, mais j’aime à penser que Jenny l’a sauvée, comme Vastra a sauvé Jenny, ce qui les rend si proches. Quant à changer d’Alaya à Vastra, c’était agréable : j’avais fait deux Siluriennes avant, j’avais déjà cette mentalité de vouloir tuer tout le monde. Quand ils ont crée Vastra, ce fut une vraie surprise pour moi de pouvoir revenir dans Doctor Who, et c’était agréable de pouvoir continuer de jouer sur cette frontière silurienne : « les humains sont des singes, oui, mais de bons singes ». Et psychologiquement, je dois dire que c’était bien de jouer la gentille, se dire que je pouvais faire le bien, j’étais contente de leur apporter un sourire, ce qui n’est pas vraiment leur style (rires)
Quelle était l’atmosphère entre vous, Dan Starkey (Strax), et Catrin Stewart (Jenny) ? A l’image de votre trio dans la série ?
C’était génial. J’ai vu Dan l’autre jour, d’ailleurs, qui jouait dans une comédie à Londres. Le plus difficile sur le tournage était pour Dan et moi, parce que nous avions tout notre attirail qui nous couvrait les oreilles, et donc quand on faisait une blague, l’autre ne comprenait pas, c’était vraiment marrant. Parfois vous avez juste besoin de vous libérer, de vous relâcher, et de ce point de vue, nous sommes une vraie et sympathique bande d’amis.
Il y eut une rumeur d’un spin-off Vastra/Jenny/Strax. Vous auriez aimé le faire ?
Oh mon Dieu oui ! J’aurais adoré. L’idée est si folle que ca m’aurait plu. Mais ils peuvent toujours en faire un film ! Quand vous voyez ce qui a été fait, notamment avec Sherlock récemment (sorti au cinéma dans les pays anglophones, ndlr)… 2 femmes et une patate, franchement, ca en jette non ? (rires). Je ne sais pas, l’idée peut toujours sortir de nulle part, par exemple dans les prochaines saisons faites par Chris Chibnall. On verra bien (sourire).
Quelle différence y a-t-il entre un Smith et un Capaldi pour Vastra ? Comment on s’adapte à un changement de Docteur ? 
J’adore Peter. J’ai bossé avec lui avant, je le connais, je connais même sa femme. C’était donc un peu bizarre, mais je m’y suis fait très vite. Mais Matt reste mon Docteur. J’ai quand même fait plusieurs saisons avec lui, alors que Peter je n’ai eu qu’un épisode. Donc voilà, à voir sur la durée. Peut être dans la saison 10, peut être avec Chris Chibnall, je ne sais pas. Quant à Vastra elle sait que le Docteur change, elle le connaît depuis très longtemps, et elle est présente sur Terre depuis des milliers d’années. Quand ils récupèrent le Tardis près de la Tamise, elle sait ce qui s’est passé. Mais bien sûr cela fait toujours bizarre et elle doit s’adapter. Avec le recul, j’aurais quand même voulu travailler avec d’autres Docteurs. J’aurais adoré bosser avec Tennant bien sûr, mais avec tous ! Tom Baker était mon Docteur quand j’ai grandi. Et tous m’ont autant fasciné. Ça aurait été bien d’apparaître dans le 50th anniversary, d’ailleurs, on était un peu déçus car on était là en fin de saison 7, je disais « eh on va peut être y être » puis non.
Quel est votre avis sur la saison 9 de Doctor Who ? Avez-vous été déçue de ne pas y apparaître ?
Déçue un peu forcément. Je me disais « allez, un épisode hein ? ». La saison 9, je l’ai bien aimée, vraiment. Gallifrey me fait toujours bizarre, j’avais été choquée quand elle avait été détruite, je me disais zut, plus rien, même plus possible qu’une femme soit le Docteur… Puis Gallifrey est revenue donc ça allait. Mais c’est surtout SPOILER la disparition de Clara, j’ai trouvé ca un peu bizarre vous voyez ? Tout le truc autour de son destin… je ne sais pas, c’était particulier.
Que pouvez-vous nous dire concernant Steven Moffat ? Comment est-il sur un plateau ? 
Moffat est toujours sur le plateau, disponible, et très gentil. Il court partout, vérifie les caméras, le moniteur, les scripts. Je suis très impatiente de voir ce qu’il va faire après, ses futurs travaux et projets.
Vous savez peut-être qu’il a été accusé de sexisme dans les rôles et représentations de la femme dans Doctor Who. Qu’en pensez-vous ? Vous qui jouez une femme forte, déterminée, pensez-vous que Vastra soit un symbole ? Une figure de tolérance ? 
Oui j’ai entendu parler de ce qu’on dit sur Steven… Je pense que Vastra est un symbole en effet, et qu’elle est aussi forte parce qu’elle est elle-même, qu’elle l’assume et qu’elle en est fière (être un lézard dans une société humaine). Je ne pense pas que Steven Moffat soit sexiste. Je pense qu’il y a un problème général dans notre société, où on pourrait presque donner des rôles féminins à des hommes. On ne donne plus assez de rôles principaux aux femmes, on ne les met pas assez en avant, et c’est le vrai problème auquel s’attaquer à mon avis.
Un grand merci aux équipes de Paris Manga pour la chance d’avoir pu faire cette interview, et un grand merci à Neve McIntosh pour sa gentillesse et sa disponibilité.